Friday, 27 March 2020

Vingt leçons de tango : Dixième partie : Affirmez vous

Commencez par vous asseoir, vous tenir debout et marcher
comme le danseur confiant que vous souhaitez devenir.

Traduit par François Camus
Lire le texte originale en anglais ici

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, apprises sur, autour ou à travers le tango au cours de deux décennies à le danser, l’enseigner, donner des spectacles, gérer une école et organiser des événements.

Leçon no 10 : Soyez clair sur ce que vous voulez.

J’étais une enfant gênée et une adolescente manquant de confiance. Ça m’a pris des décennies pour apprendre comment m’affirmer, à dire non, à me défendre et à demander ce que je veux. Le tango, le danser et l’enseigner, est l’une des choses qui m’a à la fois aidé sur le chemin de l’affirmation et à apprendre l’importance de cette qualité – dans la danse et dans la vie.

Sur la piste de danse

Les avantages d’être clair à propos de ce qu’on veut semblent évidents quand il est question de guider, mais les guidées doivent aussi être claires.

Commençons par les guideurs. Si vous ne savez pas ce que vous voulez, votre guidée ne le saura certainement pas. L’hésitation génère de l’hésitation. Si vous attendez continuellement de voir si votre partenaire va vous suivre, elle sera dans un constant état de doute, et ainsi sera la danse. Personne n’a dit que guider était facile : vous devez simultanément attendre votre partenaire et lui laisser savoir où vous voulez qu’elle aille par la suite. Ceci signifie que vous savez toujours où vous voulez aller par la suite. Bien sûr les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu en tango (c’est le sujet de mon prochain article), mais vous devez quand même avoir un plan et l’exprimer clairement (par les gestes, pas les mots bien sûr) sinon la danse sera bordélique plutôt que spontanée.

De plus, si vous ne savez pas où vous voulez que chaque pas touche le sol ou que chaque pivot se termine, que ce soit le vôtre ou celui de votre partenaire, vous aurez peu de contrôle sur votre ligne de danse et l’espace que vous occupez sur la piste. Ceci placera votre partenaire à risque et dérangera les autres danseurs autour de vous.

En ce qui concerne les guidées, si j’ai un conseil à donner c’est celui-ci : ne soyez pas passives. Étreignez votre partenaire comme vous aimeriez l’être, dansez la musique comme vous la ressentez, prenez le temps dont vous avez besoin pour compléter chaque mouvement avant d’aller au suivant. Possédez votre danse et non seulement elle vous satisfera davantage, mais il sera plus satisfaisant de danser avec vous.

Certains penserons que je suis en train de dire aux guidées, « Faites comme bon vous semble, » mais ce n’est pas ça du tout. Tout ce que les guidées font doit demeurer dans le cadre créé par votre partenaire et la musique, et dans ce cadre, il y a énormément d’espace pour vous exprimer et danser. Mais vous devez faire ça : danser.

N’hésitez pas, ne vous demandez pas quoi faire, ne questionnez pas, ne vous inquiétez pas. Acceptez chaque mouvement, chaque réaction et complétez-le de façon décidée. S’il y a eu une mauvaise communication, il est trop tard de toute façon pour la corriger, alors finissez le pas et continuez de là. Croyez que vous savez ce que vous avez à faire et vous suivrez davantage, pas moins, parce vous éliminerez toutes les préoccupations et les hésitations, vous permettant de recevoir les messages du guideur avec moins d’interférence. Non seulement ça, mais si vous dansez de façon plus confiante, votre guideur recevra vos messages plus clairement, écoutera davantage et la tanda deviendra une fascinante conversation plutôt qu’un monologue à sens-unique.

En dehors de la piste de danse

La façon dont vous vous tenez en dit beaucoup. Si vous entrez dans la pièce avec élégance et détermination, vous allez être remarqués, et si vous vous tenez droits lorsque vous êtes assis ou debout, vous aurez l’air de savoir danser avant même d’avoir commencé à le faire. J’ai entendu plus d’un maestro dire qu’il faut être un danseur de tango dès le moment qu’on franchi la portée d’entrée. La posture influence non seulement notre apparence, mais aussi comment on se sent. Le simple fait de soulever et d’ouvrir la poitrine peut alléger des sensations de déprime, par exemple, alors si vous vous tenez bien droit, vous pouvez vous sentir plus confiants. Essentiellement, tenez-vous comme un danseur, vous en aurez l’air et vous vous sentirez comme tel. Et vous en recevrez probablement plus de miradas et de cabeceos.

Je suis devenue une convertie et un promoteur du système d’invitation mirada-cabeceo. « Mirada » signifie « regarder », « cabeceo » signifie « signe de tête ». Ensemble ils constituent le mode d’invitation non-verbal traditionnel. C’est la méthode la plus largement acceptée d’inviter et de se faire inviter à danser le tango. Essentiellement, les guideurs et les guidées regardent directement la personne avec laquelle ils souhaitent danser en espérant que leurs regards se croisent. Ensuite, le guideur fait un signe de tête en guise d’invitation et la guidée fait un signe de tête ou un sourire pour accepter.

Vous trouvez l’idée intimidante? Vous n’êtes pas le seul. Parce que je suis encore fondamentalement une personne timide qui manque de confiance en moi, j’ai moi aussi trouvé difficile de maîtriser cette façon de faire. D’accord, d’accord, j’ai encore parfois de la difficulté.

Une fois sur la piste de danse, je sais comment danser comme si je sais ce que je fais, mais hors de la piste, c’est difficile pour moi de m’affirmer en regardant une personne directement dans les yeux, surtout un étranger. Tout ceci pour dire que je comprends qu’au début ce n’est pas un système nécessairement facile. Le tango non plus. Et si vous pouvez apprendre cette danse complexe, vous pouvez apprendre ce simple échange.

Ça en vaut la peine parce que ça marche. Cela signifie que vous n’êtes pas assises en attendant passivement d’être choisie par quiconque décide de marcher jusqu’à vous pour vous inviter. D’autre part, vous ne rendez pas quelqu’un inconfortable parce que vous tournez autour. Vous ne risquez pas non plus de subir un rejet parce que vous avez fait une demande directe, risquant soit un rejet direct, ou d’obtenir un « oui » réticent de quelqu’un qui ne veut pas vraiment danser avec vous mais qui ne veut pas vous blesser.

Le système mirada-cabeceo fonctionne parce qu’il est affirmatif des deux côtés. Je dois regarder directement la personne avec laquelle je souhaite danser et il ou elle doit me regarder en retour. Ensuite, le signe de tête avec peut-être un sourire ou un haussement de sourcil, et on y va. Nous choisissons tous deux nos danseurs. Cet accord mutuel non-verbal peut être magique une fois qu'on a compris, comme si on avait conclus un accord secret dont personne n’a connaissance jusqu’à ce qu’on soit soudainement sur la piste de danse dans les bras l’un de l’autre, prêts pour une merveilleuse tanda.

En dehors de la milonga

Si vous voulez devenir vraiment bon en tango, vous devez prendre la décision de le devenir. J’ai abordé ce sujet dans mon article précédent, « Franchir le seuil du niveau avancé », quand j’ai nommé la détermination comme l’une des clés du succès. Essentiellement, vous devez le vouloir et foncer, poser des actions concrètes pour atteindre votre but.

J’ai visionné une intéressante vidéo « TED talk » portant sur ce qui mène au succès des gens qui ont du succès. Il a été découvert que le facteur commun toujours présent est la persévérance ou la détermination que j’ai mentionnée. Je regardais cette vidéo en ayant à l’esprit l’éducation et le futur de mes enfants, mais lorsque je regarde les meilleurs danseurs autour de moi, au-delà de leur talent et des années de travail investit, je vois ce quelque chose de plus profond, cette ambition et cette détermination qui amplifient le talent, alimentent le travail ardu et leur donne cette profonde conviction que parce qu’ils veulent y arriver, ils vont y arriver. Et ils le font. Vous le pouvez aussi.

Le tango m’a beaucoup appris à ce sujet et je crois qu’à cause de cela je suis meilleure danseuse, professeur et femme d’affaire. Comme j’ai déjà mentionné, il y a encore en moi une personne qui manque de confiance, mais à ses côtés il y a maintenant une personne beaucoup plus confiante qui sait ce qu’elle veut, qui part souvent à sa poursuite et vit une vie beaucoup plus satisfaisante en conséquence.

Article précédent : Leçon no 9: Franchir le seuil du niveau avancé.

Prochain article : Leçon no 11: Acceptez que les choses n'aillent pas toujours tel que planifié.

Wednesday, 18 March 2020

Un message de remerciement à la communauté

Merci pour votre abrazo de soutien collectif.

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En ces temps difficiles, la communauté du tango s'est révélée être exactement cela: une véritable communauté.

Ici à Montréal, les activités de tango, ainsi que toutes les autres activités sociales, ont été fermées au cours des derniers jours conformément aux ordres et recommandations de distanciation sociale de notre gouvernement pour aider à ralentir la propagation du coronavirus COVID-19 qui bouleverse et prend le contrôle de nos vies. Nous ne sommes bien sûr pas seuls. D'innombrables villes du monde nous ont précédées et d'autres suivront.

Cela a eu comme résultat de mettre tous les professeurs de tango au chômage et nous sommes assez nerveux quant à notre survie financière, sans parler de nos craintes face au virus lui-même. La plupart d'entre nous ne font pas beaucoup d'argent pour commencer, donc nous ne sommes pas assis sur des mois ou même des semaines d'économies. Pour les propriétaires d'écoles de tango (comme mon partenaire et moi) qui ont un espace permanent, la situation est encore plus effrayante, car, en plus de nos dépenses personnelles de vie et de logement, nous devons continuer à payer notre loyer et nos dépenses commercials chaque mois.

Il y a des gens qui pensent que notre travail n'est qu'un passe-temps amusant pour nous. En effet, nous avons la chance de nous consacrer à plein temps à notre grande passion et notre travail est souvent très amusant. Je peux danser et socialiser tous les jours et j'adore enseigner, faire DJ et organiser des milongas. Mais je travaille tous les week-ends et la plupart des soirs, le travail physique constant signifie que je lutte toujours contre une blessure ou une autre et puis il y a toutes les parties du travail qui sont moins séduisantes et amusantes: les finances, la saisie de données, la constante marketing et publicité, vérification continue et réponse aux e-mails et messages téléphoniques, planification d'horaires, gestion de l'équilibre (et la compatibilité!) des partenaires dans les classes, maintien de l'espace propre, stocké et en bon état et la liste continue. C'est un travail après tout et même le meilleur travail au monde est plus que du plaisir et des jeux. Il y a des moments où mon partenaire et moi pensons que les gens ne savent pas à quel point nous travaillons dur, combien d'heures non rémunérées nous consacrons et à quel point il est financièrement difficile de gérer une école. Mais, en fait, beaucoup de gens ont une idée. Certains étudiants nous remercient et expriment régulièrement leur appréciation ou leur reconnaissance et certains le disent simplement en faisant un effort conscient et continu pour soutenir et assister à nos cours et activités.

Et maintenant, quand nous avons le plus besoin de leur soutien, quand nous n'avons aucune idée du nombre de semaines ou de mois que nous aurons à endurer, nous sommes époustouflés par combien la communauté montre qu'elle s'inquiète pour nous, nous apprécie et veut nous soutenir. Le « nous » auquel je fais référence s'étend maintenant au-delà de moi, mon partenaire et mon école, à tous les professeurs et écoles de tango, parce que nous sommes unis dans notre lutte et nous nous sommes en fait tendus la main pour obtenir un soutien moral et des conseils.

Les danseurs ont envoyé tellement de messages de soutien, ont pris des leçons prépayées à suivre « après l'apocalypse », ont fait des dons et se sont rassemblés pour encourager les autres à faire des dons aux écoles afin que nous puissions survivre à cette période de chômage et de fermeture d'entreprises. Qu'il soit petit ou grand, chaque don a propulsé MonTango, notre école, vers une période de survie plus longue, mais plus que cela, chacun nous a laissé sentir aimé, soutenu et incroyablement reconnaissant.

Il y a six jours (cela semble déjà beaucoup plus long), alors qu'il n'y avait encore que quelques cas de COVID-19 dans notre ville et que le gouvernement n'avait pas encore adopté de mesures d'urgence, nous avons lancé un message disant que nous n'étions pas prêts à suspendre nos activités mais suivrions de près les directives du gouvernement et apporterait les modifications nécessaires. Le lendemain, alors que le nombre de cas augmentait et que de grands événements étaient annulés un par un, nous envoyions un nouveau message annonçant que nous fermions nos portes après tout, avec effet immédiat. Dans l'intervalle, de nombreux danseurs et étudiants ont envoyé des messages de soutien, d'encouragement et de compréhension, indiquant clairement qu'ils pouvaient voir notre dilemme et respectaient notre décision de rester ouvert, mais il y avait aussi quelques-uns qui n'étaient pas si gentils, qui nous ont publiquement condamnés et d'autres comme nous pour être si égoïstes au point de s'inquiéter de banalités comme la faillite ou de nourrir nos familles. Lorsque nous avons lu ces messages, nous nous sommes sentis blessés et insultés et avons cessé de ressentir l'amour pendant une courte période, mais comme toujours, nous avons vite vu à quel point les gens gentils et généreux étaient plus nombreux que ceux qui portent des jugements. Quoi qu'il en soit, dans les 24 heures, nous avions décidé de fermer de toutes façons et, dans encore 24 heures, des entreprises comme la nôtre n'avaient plus le choix que de fermer leurs portes.

À travers tout cela, dans l'ensemble, les danseurs de tango qui nous entourent se sont montrés chaleureux, attentionnés et pleins d'esprit communautaire, nous laissant humbles et remplis d'espoir. Et tout cela pendant que vous vivez vos propres peurs et défis à cause de cette épidémie.

Je vous remercie, ma merveilleuse communauté de tango, pour le câlin énorme que vous avez collectivement offert à vos professeurs et organisateurs et j'espère qu'il ne faudra pas trop de temps avant que je puisse à nouveau partager de vrais abrazos avec vous.

Restez en bonne santé en attendant.

Wednesday, 11 March 2020

(Plus de) tango au temps du coronavirus

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Mis à jour le jeudi 12 mars 2020

Hier, nous avons promis d'évoluer avec la situation du coronavirus, et il ne nous a pas fallu longtemps pour le faire.

MonTango a décidé de suspendre tous les cours de groupe, les pratiques et les milongas à partir d'aujourd'hui, le jeudi 12 mars. Nous réévaluerons dans une semaine et tiendrons tout le monde informé.

Certains d'entre vous se réjouiront, certains diront que nous agissons précipitamment. Même nous pensons que cette décision est peut être prématurée, mais nous préférons pécher par excès de prudence.

Les facteurs qui nous ont amenés à cette décision, bien différente de celle que nous avons annoncée hier, incluent:
  • L'augmentation de près de 50% des cas dans la province de Québec depuis hier, de 9 à 13 du jour au lendemain.
  • L'annulation de notre défilé local de la Saint-Patrick, sans parler des événements sportifs et des concerts annulés partout en Amérique du Nord.
  • Les mesures d'urgence annoncées aujourd'hui par le premier ministre du Québec, François Legault, notamment d'ordonner à tous les voyageurs et aux malades de se mettre en quarantaine pendant deux semaines et d'annuler tout événement impliquant plus de 250 personnes.
  • Le fait que notre premier ministre Canadien, Justin Trudeau, soit en quarantaine, parce que sa femme est rentrée chez elle malade d'un voyage à l'étranger. (Nous ne savons pas encore si l'un d'eux a le COVID-19.)
  • L'annulation hier de toutes les milongas à Buenos Aires pour deux semaines. Cette ville a un nombre comparable de cas de COVID-19 au nôtre.
  • La décision de l'une des autres écoles de tango à temps plein de Montréal d'annuler leurs événements pour deux semaines. (Nous sommes en discussion ensemble depuis hier et nous pensons que nous devrions être unis dans cette décision.)

Nous réévaluerons la situation de semaine en semaine et tiendrons nos étudiants et membres informés des dates de début de la session de printemps et du redémarrage des activités du week-end.

C'était une décision extrêmement difficile à prendre, mais nous pensons que c'est la bonne.

Encore une fois, restez en bonne santé, tout le monde.

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Post original:

Tango au temps du coronavirus

Aujourd'hui, le 11 mars 2020, l'Organisation mondiale de la santé a officiellement classé le nouveau coronavirus COVID-19 comme pandémie mondiale.

La communauté de tango (en fait toute communauté de danse sociale) est un terreau idéal pour un tel virus contagieux. Les danseurs de tango passent énormément de temps enveloppés dans les bras d'une personne à l'autre, se tenant la main, se frottant les joues et échangeant de la sueur et probablement même des particules de salive. Sans parler de toutes les surfaces des milongas qui ont été touchées par tant de personnes, des poignées de porte aux tables, chaises et robinets.

Tout le monde parle de ce virus et beaucoup nous demandent ce que nous faisons en tant qu'organisateurs. Je ne suis pas le premier organisateur de tango à publier mes réflexions et recommandations sur l'épidémie, mais en tant qu'enseignante et organisatrice de milongas qui facilite de grands rassemblements de personnes avec beaucoup de contacts physiques, je pense qu'il est de mon devoir de parler et de partager à la fois ce que je sais, ce que je recommande et quelles mesures mon partenaire et moi en tant que propriétaires de studio de tango prendrons pour protéger les gens.

Premièrement: qu'est-ce que cela signifie que COVID-19 est maintenant considéré comme une pandémie?

L'épidémie fait référence à une augmentation soudaine du nombre de cas de maladie qui se propage activement, affectant une proportion exceptionnellement élevée de la population.

La pandémie fait référence à la propagation géographique d'une maladie. Une pandémie est une épidémie qui a traversé les frontières, s'étendant sur plusieurs pays ou continents, affectant également généralement un nombre particulièrement élevé de personnes.

Voici les recommandations de l'OMS pour ralentir la propagation de la maladie (l'arrêter n'est plus considéré comme possible):
  • Lavez-vous les mains fréquemment avec du savon et de l'eau ou, s'il n'est pas disponible, utilisez un désinfectant pour les mains à base d'alcool.
  • Si vous éternuez ou toussez, couvrez votre bouche avec un mouchoir jetable. S'il n'est pas disponible, utilisez votre coude.
  • Évitez tout contact avec des personnes présentant des symptômes de fièvre ou de toux.
  • Évitez de toucher votre visage avec des mains non lavées.
  • Si vous avez de la fièvre, de la toux et des difficultés respiratoires, consultez un médecin, mais appelez avant de vous rendre à une clinique ou à l'urgence. (Le numéro à appeler au Québec est Info-Santé au 8-1-1.)
Dans le contexte de la communauté du tango, ces recommandations se traduiraient par:
  • Lavez-vous ou désinfectez-vous soigneusement les mains avant et après chaque leçon et chaque tanda.
  • Si vous éprouvez des symptômes de rhume ou de grippe, ne tentez pas avec la santé des autres: restez à la maison.
  • Si vous avez récemment voyagé dans des régions très touchées comme la Chine, l'Iran, l'Italie ou la Corée du Sud, restez à l'écart des cours et des milongas pendant deux semaines complètes.
Ce que nous à MonTango en tant qu'organisateurs de milonga ferons:
  • Fournir du savon et un désinfectant pour les mains. Ce n'est pas nouveau! Nous avons toujours gardé nos salles de bain propres et fourni du savon pour les mains ainsi que du désinfectant. (Plusieurs personnes ont écrit pour me demander si j'avais "envisagé" de fournir un désinfectant pour les mains, mais pendant des années, nous en avons gardé une bouteille juste à côté de notre station d'eau. Nous ajouterons probablement quelques bouteilles de plus maintenant, comme à la table d'accueil et autour de la piste de danse.)
  • Nous vous demandons, nos danseurs, de rester à la maison si vous êtes malade et nous ferons de même. Cela peut éventuellement entraîner l'annulation de cours ou des cours enseignés par un instructeur plutôt que par deux, mais la réduction de tout risque de transmission doit, bien entendu, être notre priorité.
  • Annuler les événements si cela devient nécessaire. Ici au Québec, à ce jour, il n'y a que 8 cas connus de COVID-19 et, à notre connaissance, il n'y en a pas eu dans notre milieu du tango. En ce moment, nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'annuler nos cours ou nos milongas, mais si des recommandations officielles contraires sortent, si nous pensons soudain que ce serait la bonne ligne de conduite, nous le ferons absolument.
Heureusement pour nous, nous vivons une réalité très différente de celle de nombreux danseurs en Europe, en Asie et même aux États-Unis. Le virus n'a pas encore frappé notre communauté de tango et a en fait à peine touché notre ville.

Aujourd'hui, nous nous considérons chanceux et, encore une fois, mon partenaire et moi ne pensons pas encore que des mesures drastiques soient nécessaires. Mais avec ce virus, les choses pourraient changer d'ici la semaine prochaine… ou peut-être même demain. Nous nous tiendrons au courant et au fur et à mesure que les recommandations officielles changent, notre réponse changera aussi. Si les écoles et les rassemblements publics étaient fermés, notre milonga fermerait également.

C'est une période effrayante pour des entreprises comme la nôtre. Avec un loyer cher à payer chaque mois, quelques semaines sans activités de tango pourraient avoir des conséquences désastreuses pour nous et les autres écoles comme la nôtre. Mais la santé de la communauté passe avant tout, bien sûr.

Il est difficile de savoir quoi faire et qui croire avec autant d'informations différentes et autant de personnes qui partagent leurs opinions et leurs conseils. La paranoïa, l'alarmisme et des théories du complot abondent, distraient et m'énervent, mais cette maladie est une menace très réelle et nous vous assurons que nous la prenons au sérieux.

Je vous souhaite à tous une bonne santé et je vous tiendrai au courant des changements.

Lectures complémentaires:

Parmi les autres professionnels du tango que j'ai lus sur le sujet, citons Carol Horowitz, une collègue propriétaire d'école de tango à Montréal dont vous pouvez lire les recommandations très sensées ici et Alex Apetrei, un danseur de Zurich, en Suisse, qui a publié un appel à arrêter toutes les milongas dans le monde (bien que bien documenté, j'ai considéré sa recommandation quelque peu alarmiste, même si j'ai certes une perspective différente de ce côté de l'étang).

Voici un lien vers des informations à jour sur le nouveau coronavirus du gouvernement du Québec.

Monday, 21 October 2019

Vingt leçons de tango : Neuvième partie : Franchir le seuil du niveau avancé


La plupart des danseurs de tango sont de niveau intermédiaire. Que peuvent-ils faire pour parvenir au niveau suivant?

Traduit par François Camus 

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, apprises sur, autour ou à travers le tango, un long processus plein de frustrations et de récompenses.

Leçon no 9 : Le niveau intermédiaire est le plus dur, le plus long et le plus difficile à percer pour parvenir au niveau suivant. Vraiment, me dites-vous? Le niveau débutant ne serait-il pas plus difficile que le niveau intermédiaire? Pas selon moi. Il y a des raisons pour lesquelles la plupart des danseurs sont de niveau intermédiaire.

La phase de débutant. Comme débutants, nous sommes dans une phase de pure découverte. On pourrait l’appeler l’innocence du tango. Le monde du tango est tout nouveau et un peu magique. Bien sûr il y a des frustrations à ce niveau, mais au début, la plupart des danseurs avancent assez rapidement le long de la courbe d’apprentissage, allant de rien à quelque chose en très peu de temps.
Je dirais que la phase de débutant dure de six à douze mois pour l’étudiant de tango moyen. Comme j’ai dit, ceci est une moyenne; il y a toujours des exceptions. De temps en temps, un étudiant particulièrement doué passe en flèche de débutant à avancé en un an, et de temps en temps il y a des étudiants qui recommencent Tango 1 une demi-douzaine de fois sans vraiment comprendre. Mais pour la plupart, en un an les étudiants acquièrent suffisamment d’habiletés et de connaissances pour poursuivre à:

La phase intermédiaire. À ce niveau, le tango a perdu un peu de son mystère initial. Nous l’aimons toujours, nous sommes toujours impressionnés par ceux qui le maîtrisent plus que nous, mais ce n’est plus nouveau ou inatteignable comme ça l’a déjà été.

Ce stade est jonché de plateaux dans la courbe d’apprentissage et juste comme on a l’impression qu’on va y arriver, on a une soirée merdique et on conclut qu’en fin de compte on ne sait rien. Alors il y a de la frustration, beaucoup de frustration.

À ce stade, les guideurs ont tendance à se sentir stressés de ne pas connaître plus de mouvements et ils se trouvent ennuyeux s’ils ne peuvent en faire assez pendant une tanda. Les guidées aussi deviennent frustrées, envers leur partenaire si elles ont l’impression qu’il ne parvient pas à suivre, et envers elles-mêmes lorsqu’elles commencent à comprendre que leur rôle est plus que suivre. Éventuellement, elles commencent à réaliser que les erreurs ne sont pas toutes la faute du guideur et que leur côté du partenariat est plus difficile qu’elles n’anticipaient. Bien que cette prise de conscience soit un bon signe, c’est tout de même frustrant.

Entretemps, les professeurs ne cessent de dire de porter plus attention à la posture, à la connexion, à la musicalité et à la gestion du plancher, mais la plupart des danseurs de niveau intermédiaire ne le saisissent pas encore tout à fait. À ce stade, guideurs et guidées peuvent se sentir dans un creux de vague alors qu’ils réalisent combien de temps et d’efforts ardus sont encore à venir. Plusieurs danseurs cessent d’aller de l’avant. Ils ont acquis suffisamment de mouvements et de partenaires pour s’amuser aux milongas. Alors, pourquoi investir du temps, de l’effort et de l’argent dans des cours? Si le but est de socialiser et de danser, il a été atteint. Plusieurs danseurs sont contents à ce niveau et ne ressentent pas le besoin d’aller plus loin.

Certains toutefois veulent aller plus loin, percer le seuil suivant et devenir vraiment « avancés ». La plupart des danseurs rendus au niveau intermédiaire-avancé ont plusieurs fois approché le seuil quand, par chance ou à dessein, tout s’est mis en place avec facilité : les pas, l’équilibre, l’étreinte et la musicalité. Ils ont ressenti ce que ça devrait être, ce que ça pourrait être, et ils en veulent plus. Ces danseurs doivent trouver le moyen d’y parvenir ou ils vont finir par abandonner par frustration.

Pour la plupart, sauf les rares danseurs vraiment exceptionnels, la phase intermédiaire dure le plus longtemps. En moyenne, elle commence après environ un an, mais pour certains elle ne se termine jamais. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’améliorations pendant tout ce temps. Il y en aura, peut-être même beaucoup. Le niveau intermédiaire est très vaste et la plupart des danseurs s’améliorent et avancent au moins quelque peu. Mais vraiment franchir l’insaisissable seuil « avancé » ne se produira pas pour tout le monde, peu importe le temps que vous passerez à danser dans les milongas.

La phase avancée : Une fois qu’on devient vraiment avancé, il y a une nouvelle magie. Il y a toutes ces choses dont on a déjà entendu parler mais qu’on n’avait pas vraiment saisies, et maintenant, ça y est. C’est comme si on était finalement admis dans une société secrète et qu’on avait déchiffré les codes pour accéder à un nouveau niveau de compréhension et d’éveil. Nous dansons avec abandon, incarnons la musique, devenons « un » avec nos partenaires. Il y a encore et toujours de nouvelles découvertes à venir, mais elles sont à un tout autre niveau.

Ces années de dur labeur rapportent enfin et c’est si satisfaisant. C’est ici que les lumières s’allument et qu’on comprend par soi-même ce que nos professeurs ne cessaient de nous dire : que la technique est reine et nous libère pour apprécier la danse à un tout autre niveau. On réalise que les séquences et les mouvements sont secondaires non seulement à la technique mais aussi à la musicalité, à la connexion et à la gestion de la piste de danse. À ce point, on comprend vraiment que les habiletés et le plaisir sont une question du comment et non du quoi.

Il est rare qu’un danseur devienne vraiment avancé en moins de cinq ans, et comme je l’ai déjà dit, plusieurs ne le deviennent jamais.

J’aimerais avoir une solution magique universelle pour parvenir à cette percée mais je ne l’ai pas. En fin de compte, le travail ardu et chaque réalisation qu’on en retire est propre à chaque danseur. Comme professeur, je peux seulement guider et entraîner, je ne peux faire le travail pour vous. Je peux vous diriger dans la bonne direction et même vous guider le long du bon chemin, mais que vous atteigniez votre destination ou non dépend de vous. Comme écrivain et professeur, je vous suggère la recette suivante, mais c’est à vous de la faire.

Les quatre ingrédients essentiels pour atteindre cette percée au niveau avancé :
  1. Le talent. Certaines personnes franchissent la porte et les professeurs savent tout de suite qu’elles ont quelque chose de spécial. Elles se déplacent bien, intègrent les corrections presque instantanément et semblent comprendre dès le début comment l’ensemble fonctionne. Peut-être qu’elles ont pratiqué la danse toute leur vie et que très tôt elles ont développé leur force, leur axe et une conscience de leur corps; ou peut-être qu’elles l’ont tout simplement dans le sang. Ils ne sont pas musicien ni danseur (pas encore), mais ils ont le rythme dans leur corps et ils bougent comme s’ils étaient nés sur la piste de danse. Si vous avez ce talent, le reste sera plus facile. Mais encore, plusieurs personnes prennent ce talent pour acquis et elles sont des étudiants paresseux. Le talent aide certainement, mais en lui-même, ce n’est pas une garantie de génialité, en tango ou ailleurs.
  2. Le dur labeur. Ceci signifie que vous vous entrainerez régulièrement en dehors des milongas. D’abord, vous continuerez à prendre des cours, particulièrement des cours privés. Je dirais qu’à un moment donné ou à un autre, chaque personne qui a atteint le niveau avancé a pris des cours privés avec un bon professeur. Vous incorporerez aussi des entraînements autres que le tango pour améliorer des choses telles que votre posture, votre équilibre et votre force. Ceci peut vouloir dire que vous prendrez des cours de yoga, travaillerez avec un entraîneur personnel ou autre chose. La conscience du corps, un bon alignement, une bonne posture et des jambes fortes sont essentiels pour maîtriser le tango. Et vous demeurerez suffisamment humbles pour reconnaître que vous n’avez jamais fini d’apprendre. Peu importe à quel point vous êtes bon, vous pouvez toujours faire mieux. Alors n’arrêtez pas trop tôt de prendre des cours. En danses sociales, les gens arrêtent habituellement très tôt de prendre des cours, souvent après un an ou deux. Ce n’est pas le cas dans des disciplines telles que le ballet ou le yoga par exemple, où même les praticiens avancés continuent de suivre des cours pendant des années. Entretemps, la vaste majorité des danseurs de tango suivent quelques sessions de cours réguliers puis lèvent le nez aux offres de cours de leur studio local, optant d’aller seulement aux cours donnés dans les festivals par des maestros de passage, s’ils prennent encore des cours. Ne me méprenez pas, je profite aussi de ces occasions, mais elles coûtent cher et n’offrent aucun suivi. Il y a donc de fortes chances qu’elles soient un outil d’apprentissage moins profitable pour le danseur moyen que des cours réguliers avec un professeur de qualité. Tout ceci étant dit, le truc génial est qu’une fois qu’on a enfin franchi le seuil du niveau avancé, on peut commencer à apprendre par soi-même. À ce niveau vous avez une compréhension intégrale de votre propre corps et de ce qui constitue une bonne technique de tango, vous pouvez vous entraîner seul ou avec un/e partenaire et vous améliorer de façon autodidacte. Vous pouvez pratiquer sans être constamment observé par un professeur parce que vous pratiquez bien. Mais, comme tout danseur avancé le sait, des cours et du coaching périodiques par un maestro ou un collègue sont une nécessité. Même les meilleurs danseurs ont de mauvaises habitudes et ont parfois besoin d’un tiers pour leur faire remarquer. 
  3. La détermination. Vous devez le vouloir et être disposé à y travailler. Ceci ne peut venir de personne d’autre que de vous-même. Par contre, certaines personnes ne ressentent pas cette détermination dès le début, mais un jour, pour une raison quelconque, ils se réveillent soudainement en ayant pris la ferme décision de « se rendre là », et feront le dur travail requis, stimulés par ses récompenses plutôt que d’être découragés par ses exigences. Cette action décisive est essentielle.
  4. Le temps. Des années d’expérience ne suffisent pas à faire de vous un danseur avancé. Nous connaissons tous des gens qui dansent depuis 15 ans dont la technique n’a pas bougé depuis 10 ans. Mais vous ne pouvez pas précipiter le processus non plus. Votre esprit et votre corps ont besoin de temps pour intégrer et absorber le travail que vous faites. Bien que pratiquer le tango trois fois par semaine sera certainement plus efficace qu’une seule fois par semaine, suivre 10 cours par semaine et danser chaque soir n’accélèrera pas nécessairement votre rythme d’apprentissage de façon exponentielle. Alors passez du temps sur la piste de danse, mais acceptez aussi que ça va tout simplement prendre du temps.

Vous devez trouver la bonne dose de travail, de temps et de détermination. Ajoutez une pincée de talent, et vous êtes en affaire.

Article précédent : Leçon no 8: Guider et suivre ne sont pas si différents.

Prochain article : Leçon no 10: Soyez clair sur ce que vous voulez.

Thursday, 29 August 2019

Je voudrais apprendre au monde à danser en parfaite harmonie

Photo @Blanche
Entrez dans une milonga et vous savez que vous partagez une passion avec tout le monde présent.
Dansez une tanda et partagez une partie de vous-même.

Traduit par François Camus

Lire le texte originale en anglais ici.

Le monde pourrait être un meilleur endroit si nous dansions tous le tango.

Récemment, j'enseignais une leçon privée à un guideur débutant et, après une explication sur l’échange guideur-guidée, il s'est exclamé : « C'est comme une thérapie anti-égoïsme! »

J'ai ri aux éclats, parce que c'était une chose rare et surprenante à entendre d’un débutant, mais aussi parce que c'était tellement perspicace et vrai.

Dans le passé, j'ai écrit des articles sur l'importance d'être agréable, gentil et généreux. Outre les éléments essentiels comme une bonne posture, une technique solide et un bon sens du rythme, apprendre à se soucier d’abord de son/sa partenaire est un élément essentiel pour devenir un bon danseur.

Une personne égoïste se préoccupe excessivement d’elle-même et ignore le bien-être des autres. Les danseurs égoïstes sont donc ceux qui sont plus intéressés à impressionner leurs partenaires et les autres danseurs présents dans la salle avec leurs grands mouvements et leurs jeux de jambes sophistiqués que de s'assurer que leurs partenaires peuvent les suivre, le tout sans considérer l’espace qu'ils occupent sur la piste de danse. Bien qu’au début ils puissent sembler cool aux non-initiés, il n’est pas si agréable de danser avec eux et ils ont tendance à irriter les autres danseurs sur la piste.

Cherchez dans le dictionnaire des antonymes aux mots « égoïste » et « égoïsme » et vous trouverez des mots tels que « attentionné », « généreux » et « partage ». Les danseurs attentionnés et généreux sont ceux qui mettent leurs partenaires en premier, dansant à leur niveau avec une étreinte bienveillante et portant une attention respectueuse au trafic et à la circulation. Ce sont eux avec lesquels il est un vrai plaisir de danser parce qu'ils se soucient de faire passer un bon moment à leurs partenaires plutôt que de simplement se faire valoir. Et c'est assez difficile de danser le tango sans partager. Entrez dans n'importe quelle milonga et vous savez déjà que vous partagez une passion avec tous les danseurs présents dans la salle. Dansez une tanda avec quelqu'un et vous partagez inévitablement une partie de vous-même.

Je pense régulièrement que le monde pourrait bénéficier d’une injection de gentillesse. Dans l'actualité et sur les médias sociaux, je constate le comportement méprisable de chefs vantards et grossiers qui semblent entrer en fonction partout où je regarde, alors que les sentiments anti-immigrés, anti-"autres" sont à nouveau en hausse.

Entretemps, sur la piste de tango, je continue à rencontrer un merveilleux mélange de gens intéressants et de danseurs amusants. En général, lorsque nous nous enlaçons l'un à l'autre sur la piste, nous ne savons pas et ne nous soucions pas d'où vient la personne, ni quelle est sa religion ou ses positions politiques. Le tango nous relie à quelque chose d’autre qui est plus profond que nos pensées ou nos croyances, les rendant sans importance, au moins pour la durée de notre abrazo, partageant notre passion et une partie de nous-mêmes.

Je réalise à quel point je suis chanceuse que chaque fois qu'un bulletin de nouvelles ou mon flux Facebook me déçoivent de l'état de l'humanité et du monde d'aujourd'hui, une leçon de tango ou une milonga sont mon antidote quotidien.

Le tango nous fait nous analyser et nous découvrir nous-mêmes tout en nous rendant hyper conscients de l'expérience en cours avec la personne qui se trouve juste devant nous et de la façon dont chacune de nos actions, aussi petite soit-elle maintenant, a un effet sur elle. Et si nous voulons être de "bons" danseurs de tango, nous devons essayer de rendre cet effet aussi positif et agréable que possible.

Alors, effectivement, une leçon de tango peut très bien être considérée comme une séance thérapeutique de désintéressement, tandis que chaque rencontre de tango sur ou hors de la piste de danse est un rappel du plaisir et de l'importance du contact humain en chair et en os.

Wednesday, 22 May 2019

Vingt leçons de tango : Huitième partie : Tous les danseurs devraient apprendre à guider et à suivre

Il y a un mythe chez certains guideurs masculins à l'effet que les femmes
qui apprennent à guider gâtent leur habileté à suivre. Je n'y crois pas.

Traduit par François Camus 

Lire le texte originale en anglais ici 

Pour souligner ma 20e année à danser le tango, j’ai retenu 20 leçons que j’ai apprises par l’intermédiaire de ce jeu de donner et recevoir, exprimer et écouter, guider et suivre.

Leçon no 8 : Guider et suivre ne sont pas si différents.

Une des meilleures choses que vous pouvez faire pour améliorer votre danse est d’apprendre les deux rôles. Les danseurs qui le font parviennent à mieux exprimer et écouter, donner et recevoir, sans égard à leur rôle initial ou préféré. Conséquemment, ils connectent de manière plus complète avec leur partenaire.

La technique est la technique, et la connexion est la connexion. Au plan physique, il y a peu ou pas de différence. Par contre, au plan des processus mentaux des deux rôles il y a certaines différences. Les guideurs doivent planifier et naviguer. Ils doivent aussi avoir une forme de compréhension des pas de leur partenaire que les guidées n’ont pas à avoir.

J’aimerais donner un conseil à ceux qui veulent apprendre l’autre rôle : n’essayez pas de changer votre technique quand vous changez de rôle. Améliorez votre posture, votre étreinte, votre musicalité et toute autre chose que vous avez à travailler. Toute amélioration s’appliquera à n’importe quel rôle que vous danserez.

Certaines personnes craignent de nuire à leur danse en explorant l’autre rôle. Je pense que c’est rare, et lorsque cela se produit, c’est probablement parce qu’elles sont trop accrochées à la terminologie « guideur » et « guidée ». Je pense que ces termes sont limitant, problématiques, même préjudiciables. Je crois que ces simples mots sont l’une des principales raisons pour lesquelles certains danseurs sont hésitants à apprendre l’autre rôle. Ces mots ne communiquent pas adéquatement ce que sont vraiment les deux rôles ni combien ils ont en commun. Pour en savoir plus sur ce sujet, vous pouvez lire mon article sur la terminologie problématique (en anglais). En bref, guider et suivre contiennent chacun une bonne dose de l’autre, et les meilleurs danseurs utilisent les deux à leur avantage. Les meilleurs guideurs sont réceptifs et les meilleures guidées sont expressives. Travailler ces deux qualités ajoutera certainement une autre grande qualité à votre danse : un esprit joueur.

Une solution possible est que les professeurs enseignent les deux rôles à tout le monde dès le début. Il y a des professeurs qui le font et je pense que c’est une approche intéressante. Ce n’est pas mon approche pour plusieurs raisons, incluant le fait que la plupart des étudiants qui franchissent la porte ne veulent pas apprendre les deux rôles. Pas encore! Cela nécessiterait aussi une réorganisation de toute ma structure d’enseignement dans une mesure que je ne suis pas encore prête à investir. Finalement, je ne suis pas convaincue que d’enseigner les deux rôles dès le début est nécessairement mieux que le système traditionnel d’un seul rôle. Chaque méthode a certainement ses points forts et, comme pour toutes les méthodes, aucune n’est idéale pour tout le monde.

Dans tous les cas, je pense qu’il est généralement accepté que d’apprendre à suivre améliore les habiletés de guidage. Comment cela pourrait-il ne pas l’être? Puisque les guideurs ont besoin de comprendre les pas et les mouvements de leurs partenaires, il est tout à fait logique qu’ils les apprennent. Pour paraphraser une expression très connue, la meilleure façon de faire l’expérience de la réalité d’une autre personne est de marcher un mille dans ses chaussures.

À l’inverse, que les guidées vont s’améliorer en apprenant à guider est moins accepté. Un mythe cours parmi certains guideurs masculins à l’effet que les femmes qui apprennent à guider gâtent leurs habiletés à suivre. Les hommes qui croient cela proclament même avoir des preuves anecdotiques pour appuyer leurs croyances. Désolé les gars, je n’achète pas ça. D’abord, les professeurs sont parmi les danseurs les plus habiles, guideurs ou guidées, et la plupart, sinon tous, dansent les deux rôles. Je sais que d’avoir appris à guider a grandement contribué à l’ensemble de mes habiletés de danse, et conséquemment à mes habiletés de guidée. Toutefois, apprendre un nouveau rôle, comme apprendre n’importe quelle nouvelle technique en danse, requiert du travail et un effort mental. Pendant que nous sommes dans le processus d’apprendre et de perfectionner quelque chose de nouveau, une grande part de notre attention est absorbée par cette nouvelle habileté. Il se peut alors que notre connexion en souffre mais ce n’est que temporaire. C’est exactement ce que tous les nouveaux guideurs éprouvent. Ils sont trop occupés à comprendre les pas et à naviguer la piste de danse pour être bien connectés ou danser vraiment. Une fois les bases du rôle bien acquises et, peut-être le plus important, une fois que le danseur développe la conviction qu’il ou elle sait ce qu’il ou elle fait, il/elle peut alors lâcher prise et penser à son/sa partenaire.

Les guideurs féminins sont aussi critiquées pour leurs habiletés à naviguer. Certains guideurs masculins disent que les femmes sont des « pilotes dangereux ». Encore une fois, cela dépend en partie de l’endroit où elles se trouvent sur la courbe d’apprentissage en tant que guideurs. Bien sûr, il y a des guideurs féminins qui sont dangereuses et qui ne respectent pas la « ronda », mais il y a beaucoup de « pilotes » masculins imprévisibles aussi mais ils passent inaperçus parce qu’ils se fondent avec la majorité. Je suppose que c’est un bon moment de rappeler à tous que l’art de gérer la piste et la ligne de danse ne devrait pas être quelque chose auquel on pense après-coup. C’est tout aussi important que les mouvements de danse et la musicalité. Quand on apprend à conduire une voiture, apprendre à suivre le trafic, faire des virages ainsi que des changements de voie en toute sécurité sont aussi importants qu’apprendre comment le véhicule lui-même fonctionne. Ça devrait être la même chose sur la piste de danse. Peu importe votre genre, je dis à tous les guideurs : développez vos habiletés à naviguer et dansez en respectant les autres autour de vous.

Tout ceci étant dit, certaines personnes aiment danser les deux rôles alors que d’autres ont une forte préférence pour l’un des rôles. Personnellement, j’aime guider et j’ai travaillé fort au cours des ans pour développer de bonnes habiletés à guider, mais je n’éprouve toujours pas le même bonheur en guidant que lorsque je suis guidée. Je savoure la sensation d’abandon dans mon rôle premier. Quand je guide, je suis beaucoup plus dans ma tête, et je crois que le suis déjà bien assez dans ma vie quotidienne!

Je ne dis pas que tout le monde devrait maîtriser les deux rôles ou les danser à parts égales, mais je pense que nous devrions tous en faire l’expérience à un certain moment afin de développer une compréhension minimale de ce que notre partenaire ressent et de ce dont il a besoin. Et qui sait, si vous l’essayez, vous pourriez être surpris de découvrir à quel point vous aimez ça.

Prochain article : Leçon no 9 : Le niveau intermédiaire est le plus difficile à surpasser.

Thursday, 15 November 2018

Vingt leçons de tango : Septième partie : Le tango versus l’ego

Une milonga ne s'agit pas seulement de danser le plus de tandas possible.
C'est aussi pour rencontrer des amis, écouter de la belle musique et regarder les autres danseurs.

Traduit par François Camus 

Lire le texte originale en anglais ici

Pour souligner ma 20e année à danser le tango, j’ai retenu 20 leçons que j’ai apprises au cours des 20 dernières années dans, à travers, ou au sujet de cette danse, quelques une plus difficiles que d'autres.


Leçon no 7 : Vous avez besoin d’avoir la peau dure pour danser le tango. Si vous lisez ceci, vous aimez probablement le tango. Vous devez aussi savoir que ce n’est pas aussi facile que vous pensiez et que ça peut malmener votre ego.

Il y a des danseurs avec de gros ego, mais cet article ne porte pas sur ce sujet. Cet article est au sujet de la manière dont le tango peut malmener votre ego et votre estime personnelle à plusieurs niveaux.

Comme apprenti du tango

Le tango est une danse sociale et l’on dit que c’est une danse pour tous. Vous avez certainement entendu dire « si vous pouvez marcher, vous pouvez danser le tango ». C’est la devise de ma propre école et, bien que je la maintien, je dois avouer que ce n’est pas parce que vous pouvez marcher que vous pouvez bien danser le tango. C’est un fait auquel tous les danseurs doivent faire face s’ils veulent s’améliorer et aller de l’avant.

Après quelques leçons, nous commençons à réaliser que la simplicité même du tango est ce qui le rend difficile. Le tango est un équilibre délicat, plein de paradoxes et de contradictions. Il faut de la clarté et de la subtilité, une étreinte à la fois douce et ferme, des jambes à la fois puissantes et libres, des genoux en extension et mobiles. Bien que le tango social ne requiert pas une grande flexibilité et n’est pas une activité de grande intensité cardiovasculaire, il requiert de la force, de l’équilibre et une bonne posture. Il requiert aussi beaucoup de conscience corporelle. Le fait est que ceux qui ont peu de conscience corporelle sont souvent ceux qui ignorent ce fait. Prendre conscience du peu qu’on connaît de son propre corps peut porter un dur coup à l’ego. Il faut aussi être conscient de notre partenaire et de ceux autour de nous, et donc avoir de bonnes habiletés de communication et d’écoute.

Le tango est l’ultime exercice multitâche. Vous devez coordonner en même temps chacun de vos mouvements avec la musique, votre partenaire et les couples évoluant autour de vous sur la piste de danse, planifier le prochain mouvement tout en étant constamment prêt à réagir et à modifier ce plan, et tout ça en donnant l’impression et la sensation que c’est fait sans effort. Cela semble beaucoup et ça l’est.

Tout ceci constitue la beauté du tango et la raison pour laquelle il est si satisfaisant quand on commence enfin à comprendre et chaque fois qu’on saisit quelque chose de nouveau. C’est aussi la raison pour laquelle on peut danser le tango pendant des années sans jamais s’ennuyer. Il y a toujours place à amélioration : une meilleure étreinte, une posture plus droite, des pas et des pivots plus solides. Puis il y a la musique. Elle est composée de nombreuses couches et offre tant de possibilités aux danseurs. Comme débutants, même si on aime la musique de tango, souvent on n’entend pas ou on n’apprécie pas les subtilités des différents orchestres, mais plus on danse et plus on écoute, plus on peut jouer avec les subtilités de la musique. C’est pourquoi les danseurs les plus avancés qui maîtrisent la musicalité ne se lassent jamais des classiques de l’Âge d’or, parce qu’il y a toujours une nouvelle couche avec laquelle jouer et à redécouvrir.

Je crois que la clé pour ne pas devenir frustré et ne pas abandonner quand on réalise à quel point le tango est difficile et que l’apprentissage est un processus sans fin, c’est d’apprécier chaque étape du cheminement. Récoltez les bénéfices de votre dur labeur et notez-les. Peut-être que vous vous tenez plus droit dans votre vie quotidienne, ou vous marchez sur la rue avec plus de confiance en vous, ou vous avez développé une meilleure écoute envers les autres. Regardez occasionnellement en arrière et constatez tout le chemin que vous avez parcouru. Quand vous vous surprenez à regarder devant et que vous vous sentez dépassés par tout ce qu’il reste à apprendre, voyez-le comme un cadeau que vous continuez à vous offrir, parce que cela signifie que les récompenses aussi sont sans fin.

Comme danseur « social » 

Socialement, le tango est une question d’interactions et de connexions humaines. Si vous aimez le tango, vous recherchez probablement ces interactions et les appréciez dans leur ensemble. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont toutes positives. Il faut toutes sortes de personnes pour créer le monde du tango et bien que chaque rencontre soit merveilleusement différente, chaque rencontre n’est pas nécessairement merveilleuse. Voici quelques expériences déplaisantes que vous avez probablement déjà vécues et que vous vivrez encore.

Le partenaire professeur. Malheureusement, on rencontre souvent ce type sur la piste de danse et dans mon blogue. Si vous me connaissez ou connaissez mes écrits, vous savez déjà qu’enseigner sur la piste de danse est l’une des choses qui m’agacent le plus. Le comportement professoral inclus n’importe quel type de commentaire ou de rétroaction sur votre danse allant de votre étreinte à votre marche, à la guide pour un mouvement que vous ne comprenez pas. Cela inclus aussi les ajustements non-verbaux à l’étreinte ou à la posture de votre partenaire, placer leur main différemment ou abaisser leurs épaules par exemple. Conseils, rétroactions, corrections tombent tous dans la même catégorie.

Les comportements professoraux sont une question d’ego de part et d’autre. Ils en disent beaucoup au sujet de l’ego de l’auteur parce que l’auteur suppose automatiquement que l’autre personne est le problème. Surmonter ce comportement signifie reconnaître que vous êtes au moins 50% du problème, ce qui est difficile à admettre pour votre ego.

Évidemment, être le récipiendaire d’enseignement sur la piste de danse est aussi difficile pour l’ego. Vous pouvez vous sentir en colère ou blessé, défensif, inférieur, insécurisé ou simplement agacé, et cela se comprend. Sans mentionner le fait que d’interrompre le flux de la danse pour vous corriger brise tout le plaisir du moment présent et de la connexion qu’il pouvait y avoir.

Dans mon livre à moi, enseigner, corriger ou ajuster votre partenaire pendant une milonga est totalement inacceptable. Toutefois, vous y serez tous confrontés à un certain moment. Que pouvez-vous faire lorsque confronté à ce comportement? Je suggère de garder le silence et de maintenir une attitude neutre lors du premier commentaire ou ajustement. Si les corrections continuent, dites quelque chose. Habituellement, les phrases au « je » sans confrontation fonctionnent le mieux comme par exemple « je préfère ne pas parler lorsqu’on danse ». Si le comportement persiste, sentez-vous libre de dire « merci! » à la fin de la chanson et de terminer la tanda prématurément. Si votre partenaire est offensé ou demande pourquoi, soyez direct. Je ne peux vous dire combien de personnes ont claqué la porte ou sont venues à moi en larmes après avoir été corrigées ou avoir reçu des remarques condescendantes sur le plancher de danse. Les coupables doivent être informés/sensibilisés que leur comportement est blessant et inacceptable.

En même temps, rappelez-vous que le constant besoin d’enseigner ou de corriger votre partenaire en dit plus sur le « professeur » que sur « l’apprenant ». En tango, comme dans la vie, quand les choses ne vont pas comme prévu, on devrait d’abord regarder comment on peut s’ajuster pour améliorer la situation. Dansez tout simplement, acceptez la personne qui est dans vos bras comme il ou elle est dans le moment présent, tirez avantage de leurs forces et ne vous attardez pas à leurs faiblesses. Après tout, vous en avez-vous aussi.

De plus, même si vous êtes un/e débutant/e et que votre partenaire est avancé/e, n’encouragez pas ce type de comportement en lui demandant de la rétroaction sur le plancher de danse. Acceptez-vous au niveau que vous êtes et prenez conscience que vous avez le droit de simplement relaxer et savourer le moment, même si vous n’êtes pas encore « avancé/e ». Si vous pensez que votre partenaire est vraiment qualifié/e pour offrir une rétroaction utile, vous pouvez en demander lors d’une práctica ou lors d’une conversation hors de la piste de danse. Mais même là, à moins de parler avec un véritable professeur, prenez tout conseil avec un grain de sel.

Se sentir rejeté. Parfois vous ne dansez pas beaucoup et parfois vous n’avez pas l’occasion de danser avec les personnes avec lesquelles vous espériez danser.

C’est décevant quand vous vous habillez en beauté, que vous vous enthousiasmez pour la soirée à venir et qu’elle n’est pas à la hauteur de vos attentes. Peu importe qui vous êtes et votre niveau, ça va vous arriver à l’occasion. Moi aussi j’ai eu des mauvaises soirées au cours desquelles je me suis sentie ignorée et rejetée, où je me suis demandée pourquoi aucune de mes « miradas » n’avait fonctionné, et que je suis rentrée à la maison décontenancée et de mauvaise humeur, me demandant si je devenais trop vieille et peu attirante ou si j’étais simplement mauvaise et que je ne le savais pas.

Heureusement, il y a toujours de bonnes soirées pour contrebalancer les mauvaises. J’ai acquis assez d’expérience de vie et de perspective pour savoir que les mauvaises soirées relèvent plus de ma perception que de la réalité. Les mauvaises soirées ça arrive, et pour toutes sortes de raisons. Y avait-il plus de femmes que d’hommes? Étais-je cachée dans un coin ou étais-je souvent absorbée dans une conversation?

Ceci étant dit, si vous avez souvent l’impression de ne pas danser avec les danseurs avec lesquels vous aimeriez danser, il faut peut-être reconnaître qu’il est temps d’améliorer certaines de vos habiletés de danse. Oui, je crois que les danseurs avancés devraient parfois être plus généreux, mais je crois aussi qu’il est normal de vouloir danser avec des gens avec lesquels on prend plaisir à danser. Alors, si vous voulez recevoir plus de « miradas » et de « cabeceos » (les invitations traditionnelles non-verbales), travaillez à devenir un plaisir avec qui danser. Je pense que si chacun de nous dansait en gardant à l’esprit le plaisir de nos partenaires plutôt que le nôtre, nous aurions tous plus de plaisir en bout de ligne.

Finalement, souvenez-vous que de participer à une milonga ne se limite pas à danser le plus de tandas possible. C’est aussi rencontrer des amis, écouter de la belle musique et admirer les autres danseurs. Si vous vous ouvrez à toute l’atmosphère d’une soirée plutôt que de vous concentrer sur chaque tanda où vous restez assis, vous pourriez passer une très belle soirée même si vous ne dansez pas beaucoup. Vous pourriez aussi dégager une énergie plus positive, sembler plus approchable, et finalement danser davantage.

Comme couple 

Ce sujet mérite probablement un article en lui-même parce que le tango peut être très difficile pour les couples. Pour l’instant, disons que beaucoup de difficultés éprouvées par les couples se résument à deux principaux enjeux : la jalousie et la différence des rythmes d’apprentissage.

Je ne crois pas que le tango crée des difficultés de couple, mais il peut certainement amplifier les difficultés existantes.

C’est certainement le cas lorsqu’il est question de jalousie. Si vous êtes nouveaux au tango, il peut être déconcertant de voir l’amour de votre vie dans les bras d’une autre personne… et y prendre plaisir. Mais une fois que vous vous êtes vraiment intégré au tango, vous comprenez que pour la plupart des danseurs c’est une question de danse et rien de plus. L’intensité, la connexion et l’abandon ne quittent pas le plancher de danse. Si on cherche plus que la danse, ça n’a rien à voir avec le tango. Le tango peut tout simplement être le moyen choisit pour trouver ce qu’on cherche. Si votre relation est forte et que vous faites confiance à votre partenaire, le tango ne sera pas un problème. Si votre relation est fragile et que vous ne faites pas confiance à votre partenaire, le tango peut être un jeu dangereux, mais il n’est pas à blâmer.

Puis vient la frustration qui nait lorsqu’on apprend le tango ensemble mais qu’on n’évolue pas au même rythme, ce qui est presque toujours le cas. L’un ou l’autre des partenaires peut apprendre plus rapidement, mais souvent c’est le guideur qui porte le gros du blâme, de l’impatience et de la frustration des deux parties. Il est généralement accepté que les premiers stades d’apprentissage sont plus difficiles pour les guideurs. Les guidées qui possèdent une habileté naturelle à suivre peuvent avoir rapidement l’impression qu’elles dansent plutôt bien lorsqu’elles sont jumelées avec un guideur plus avancé. Mais pour les guideurs, il y a beaucoup de choses auxquelles penser et à comprendre dès le début, ce qui peut mener très tôt à de la confusion et à de la frustration. Les deux partenaires ont l’impression erronée que la guidée apprend plus vite ou danse mieux que son partenaire, alors les deux s’impatientent envers le rythme d’apprentissage du guideur. C’est plus tard que la réalité s’impose pour les guidées, lorsqu’elles réalisent que leur rôle devrait être tellement plus que de « juste suivre ». Tout ceci est fréquent et normal. Rappelez-vous simplement d’essayer d’être patient et généreux envers votre partenaire, parce que quoiqu’il arrive il ou elle est aussi en train d’apprendre et essaie certainement de faire de son mieux.

Récemment, je discutais avec des amis des effets du tango sur le couple et nous avons convenu à la blague que : « Si votre couple peut survivre au tango, votre couple peut survive à n’importe quoi! ». Ce n’est pas une grande campagne de marketing pour notre école de tango, mais ça reflète une certaine vérité.

Si la vie imite le tango et vice-versa, rappelez-vous que dans les deux cas, peu importe combien vous aimez quelque chose, ça ne peut jamais être positif tout le temps. Les moments difficiles sont là pour nous enseigner quelque chose et les grands moments sont là pour nous récompenser. Le tango, comme la vie, requiert un équilibre. Les moments difficiles contrebalancent les bons moments et nous aident à les savourer encore plus.

Maintenez le cap et travaillez fort. Vous vous améliorerez et peut-être même qu’un jour vous briserez le seuil de l’insaisissable niveau « avancé ». En cours de route il y aura des creux et des plateaux dans le processus d’apprentissage, de la frustration, des refus, de l’insécurité, de la jalousie, des moments gênants et des mauvaises soirées.

Tout ceci m’arrive encore et j’ai encore des journées où je me demande si je ne devrais pas tout abandonner. Évidemment je ne le fais pas parce que le tango apporte tant de chose dans ma vie… incluant m’endurcir la couenne avec un peu d’amour ferme à l’occasion.

Article précédent : Leçon no 6: La vérité du tango est… insaisissable.

Prochain article :
Leçon no 8: Guider et être guidé ne sont pas si différent.