Tuesday, 9 June 2020

Vingt leçons de tango : Quatorzième partie : Soyez gentils

Respectez votre partenaire, 
respectez-vous.
Traduit par François Camus
Lire la version originale en anglais ici

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises au sujet et par l’intermédiaire de cette danse qui est si merveilleuse, mais qui peut être intimidante aux nouveaux arrivants.

Leçon no 14 : Il est aussi important d’être gentil et généreux que de respecter les « códigos ».

Il y a un certain temps, j’ai écrit un article intitulé « C’est agréable d’être important, mais c’est plus important d’être agréable ». Il est intéressant de constater que c’est mon article le plus populaire jusqu’ici. Ce qui indique que les gens ne perçoivent pas nécessairement les autres danseurs de tango comme étant les gens les plus sympathiques.

En relisant cet article cependant, je crois nécessaire de faire la distinction entre ce que je veux dire par être « agréable » et être « gentil ».*

Ceux qui sont exagérément préoccupés d’être agréables sont souvent motivés par le besoin d’approbation ou de validation par les autres. En même temps, ils peuvent ignorer leur propre bien-être pour accommoder les autres.

La motivation pour être gentil, dans le sens d’être « bienveillant » ou de faire preuve de bonté, est plus interne. Les gens qui font preuve de bonté sont moins préoccupés par ce que les autres pourraient penser et plus intéressés à faire ce qui est bon. Mais leur respect pour les autres est équilibré par leur respect pour eux-mêmes.

En tango, les personnes « agréables » acceptent de danser avec tout un chacun parce qu’elles ne veulent pas blesser personne ou être perçues comme impolies ou snobs. Bien que c’est une bonne chose de ne pas vouloir blesser les gens, si une expérience précédente avec une personne a été très désagréable, vous ne devriez pas vous sentir obligé de recommencer à votre propre détriment.

D’autre part, les danseurs gentils peuvent réserver quelques tandas pour les danseurs de niveau inférieur qui travaillent fort ainsi que pour les nouveaux venus solitaires qui n’ont pas dansé de la soirée, mais ils savent encore quand dire non.

Dans ma jeunesse, j’avais l’habitude d’être une personne excessivement « agréable », dans la vie et dans la danse, alors je laissais parfois les gens me marcher dessus et je me sentais coupable à chaque fois que je devais dire non à quelqu’un. Ce type de personnalité ne fonctionne pas très bien comme parent ni en affaires. J’ai appris en grandissant que je peux être une bonne personne sans nécessairement être toujours agréable.

Si vous voulez vraiment être une bonne personne en tango, je crois que vous devez danser occasionnellement avec des débutants. Ceci étant dit, il est important de souligner ce que plusieurs lecteurs ont mentionné dans leurs commentaires sur cet article: Un débutant n’est pas la même chose qu’un mauvais danseur qui n’a pas tenté de s’améliorer depuis une décennie. Alors, si je connais quelqu’un qui prend encore des cours et qui travaille fort, je suis contente de danser avec, sans égard à son niveau. Mais quelqu’un qui se croit vraiment bon simplement parce qu’il danse depuis 15 ans mais qui zigzague partout sur la piste de danse et qui corrige ses partenaires quand elles n’exécutent pas le mouvement qu’il essayait de guider recevra mon refus poli.

Je crois personnellement que l’enseignement devrait se faire par des encouragements et des renforcements positifs. Cela signifie que je m’assure de dire aux étudiants non seulement ce qu’ils font mal, mais aussi ce qu’ils font de bien. Pour moi, c’est la partie facile. Au début, il m’était difficile de pointer aux gens leurs erreurs d’alignement et leurs défauts posturaux, particulièrement lorsqu’ils en étaient tout à fait inconscients et que cela signifiait que je devais crever leur bulle. Mais les étudiants viennent à moi pour apprendre et la plupart d’entre eux apprécient un peu de franchise. De plus, j’ai découvert que la plupart des gens ont la peau plus dure que je ne pensais. De toute façon, un bon professeur peut faire prendre conscience aux étudiants de leurs défauts et de ce qui doit être amélioré sans les diminuer ni les critiquer d’une manière négative ou blessante.

Tel que j’ai déjà mentionné dans mon dernier article, je crois fermement qu’il est important de respecter les códigos de la milonga et que cela améliorera ultimement l’expérience de tout le monde. Je crois aussi qu’injecter une dose de générosité dans notre personnalité de milonguero contribuerait grandement à l’amélioration du bien commun. Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs. Par exemple, j’encourage pleinement l’utilisation du cabeceo, mais je ne rejette pas les invitations verbales juste par principe. Je serai heureuse de danser avec vous, j’accepterai votre invitation visuelle ou verbale, en autant qu’elle soit respectueuse.

Sur la piste de danse, les danseurs avec lesquels il est le plus agréable de danser sont ceux qui mettent leur égo de côté et qui dansent avec générosité. Bien sûr que le niveau d’habileté contribue au plaisir de danser, mais que votre partenaire ait ou non une technique stellaire, s’il vous fait ressentir qu’il prend soin de vous, vous vous sentirez pas mal bien.

Voici comment vous pouvez prendre soin de votre partenaire:
  • Dansez à leur niveau en faisant en sorte qu’ils se sentent bien à propos de leur danse, plutôt que de vous préoccuper de démontrer tous vos meilleurs mouvements et adornos.
  • Faites tout votre possible pour éviter les collisions sur la piste de danse. Si un accident survient, assurez-vous que personne n’est blessé et présentez vos excuses à tous ceux impliqués. Ne tombez pas en mode défensif et ne cherchez pas quelqu’un à blâmer.
  • Ignorez ou riez des erreurs ou des mauvaises communications. Acceptez que les erreurs font partie du tango et, peu importe ce que vous faites, évitez d’enseigner, de corriger ou de commenter la danse de votre partenaire lorsque les choses ne se passent pas comme prévu.
Faites ceci et ceux avec qui vous dansez continueront d’en redemander. Les gens ayant un esprit généreux font passer les autres avant eux-mêmes; les danseurs de tango ayant un esprit généreux font passer le plaisir de leur partenaire en premier, sans sacrifier leur propre bien-être. Si les deux partenaires font cela, alors les deux se sentiront en sécurité, connectés et à l’aise. Ils pourraient même vouloir que la tanda n’ait pas de fin, et ils chercheront certainement à en avoir une autre plus tard.

On retire bien peu à être égoïste, ceci bloque notre empathie autant que notre capacité à apprendre. Soyez gentils et généreux et vous contribuerez en fin de compte à la croissance et à l’amélioration des autres, de vous-même, et de la communauté dans son ensemble.

* La traduction des mots « nice » et « kind » utilisés dans la version anglaise n’était pas évident, car il y a une distinction claire entre les deux termes en anglais, ce qui ne semble pas exister en français. On a choisi « agréable » pour « nice » et « gentil » pour « kind », mais ces mots ne sont pas tout à fait équivalents. En anglais, être « nice », c'est être agréable surtout pour plaire aux autres. Cette qualité serait motivée par la nécessité d'une acceptation et d'une approbation extérieures. Être « kind » signifie avoir une nature véritablement prévenante et attentionnée, motivée par une sincère compassion pour les autres.

Article précédent : Leçon no 13 : Les códigos existent pour une bonne raison.
Prochain article : Leçon no 15: Travailler fort et avoir du plaisir ne sont pas mutuellement exclusifs.

Monday, 18 May 2020

Vingt leçons de tango : Treizième partie : La milonga a des règles et on devrait les suivre

Pour obtenir une ronda qui circule aisément,
il ne faut pas traiter les autres couples sur la piste comme des obstacles à éviter,
mais comme une partie intégrante de notre danse.

Traduit par François Camus
Lire la version originale en anglais ici.

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises au sujet et par l’intermédiaire de cette danse qui est un univers unique en soi, plein de traditions et de coutumes.

Leçon no 13 : Les códigos existent pour une bonne raison.
Chaque jour je crois de plus en plus fermement aux códigos du tango (ses codes de conduite), et j’en fait de plus en plus la promotion dans mon enseignement. La raison d’être de ces règles d’étiquette n’est pas de limiter ou de restreindre la liberté des gens ou leur plaisir, mais au contraire, d’assurer que tout le monde puisse passer un moment agréable.

En plus des règles universelles de courtoisie et de bonnes manières, il y a des règles qui s’appliquent spécifiquement à la danse sociale et même spécifiquement au tango argentin.

J’ai déjà écrit un long article sur ce sujet iI y a quelques années. Ceci est une version mise à jour qui, je l’espère, servira de guide aux débutants allant à leurs premières milongas et de rappel amical à ceux qui dansent depuis un certain temps.

TRAVERSER LA PISTE DE DANSE
Quand vous entrez dans une milonga ou que vous devez traverser d’un côté à l’autre de la salle, faites toujours le tour de la piste de danse, ne passez pas à travers.

LE SYSTÈME D’INVITATION PAR MIRADA-CABECEO
Je suis de plus en plus un ferme supporteur du système d’invitation par mirada-cabeceo. « Mirada » signifie « regard », « cabeceo » signifie « hochement de tête » et ensemble ils constituent le mode d’invitation non-verbal et traditionnel. C’est la méthode la plus largement acceptée d’inviter et de se faire inviter à danser le tango. Essentiellement, les guideurs et les guidées regardent directement la personne avec laquelle ils souhaitent danser en espérant que leurs regards se croisent. Ensuite, le guideur fait un hochement de tête en guise d’invitation et la guidée fait un signe de tête ou un sourire pour accepter.

Ça vaut la peine de l’utiliser parce que ça marche.

En tant que guidée, cela signifie que vous n’êtes pas assises en attendant passivement d’être choisie par quiconque décide de marcher jusqu’à vous pour vous inviter. Et accepter ou non n’est plus un problème parce que c’est à vous d’établir un contact visuel afin d’inviter ou d’être invitée, et si vous n’avez pas envie de danser avec quelqu’un, vous n’établissez tout simplement pas de contact visuel. Pas besoin de refuser directement ou d’inventer des excuses. Je crois qu’en fait, cette technique donne du pouvoir aux femmes. Il y a encore des gens qui désapprouvent que les femmes fassent les invitations, mais avec le cabeceo, la ligne entre inviteur et invitée est brouillée. Après tout, si je veux danser avec lui, c’est à moi de le regarder dans les yeux… alors il fait un signe de tête et je souris, ou est-ce moi qui ai souris et lui qui a ensuite fait un signe de tête?

En tant que guideur, vous ne faites pas une demande directe en risquant un rejet direct ou le « oui » réticent de quelqu’un qui ne veut pas vraiment danser avec vous mais qui ne veut pas vous blesser.

Ce système signifie que chaque danse est un accord mutuel. Cela prend une subtile affirmation de soi qui n’est pas toujours facile pour les personnes timides, mais si vous maîtrisez cette technique, qui sait ce qu’il pourrait advenir? Par la même occasion vous pourriez surmonter un peu de votre timidité. Et le système mirada-cabeceo est affirmatif pour les deux parties. Vous devez regarder directement la personne avec laquelle vous souhaitez danser et il ou elle doit vous regarder directement. Ensuite, le signe de tête et on y va, nous ayant choisis l’un et l’autre.

Bien sûr que rien n’est infaillible. L’un des inconvénients est le risque de confusion. Lorsque la salle est grande, sombre ou bondée, il peut être difficile de savoir qui regarde qui. Lorsque quelqu’un fait un signe de tête en direction de votre table, il peut être difficile de discerner la cible. Si vous faites un signe de tête à quelqu’un et que la mauvaise personne accepte, la chose gentille et polie à faire est de danser la tanda avec votre partenaire imprévu/e, et espérer que la prochaine fois vous viserez mieux la cible.

Dans tous les cas, tout cet échange devrait se produire après le début de la tanda et non pendant la cortina (quoique vous pouvez vous sentir libre de planifier à l’avance et être prêt). Pourquoi? Parce que vous êtes censés choisir vos danseurs et la musique l’un en fonction de l’autre. Dans mon cas, j’aime bien danser le tango avec certains danseurs, mais pas les milongas rapides. Je réserve la plupart des valses pour quelques danseurs spécifiques et les Pugliese dramatiques à d’autres. Bien sûr qu’il y a des danseurs avec lesquels je danserais n’importe quoi avec plaisir, mon propre partenaire est l’un d’eux, mais ils sont des exceptions. La connexion est autant une question de musique que de la personne qui est dans vos bras, et lorsque les deux vont bien ensemble, ça peut être magique.

L’invitation verbale : Tout en encourageant l’utilisation du cabeceo, il y a des cas où il est tout à fait correct d’inviter quelqu’un verbalement. Si vous vous adonnez à être près de quelqu’un et souhaitez danser avec, il est tout à fait sensé d’utiliser des mots. Si vous êtes en conversation avec quelqu’un et une belle tanda se présente, bien sûr que vous lui demanderez verbalement.

Avec qui danser : En général, je n’évite pas ou ne refuse pas les gens en fonction de leur niveau d’habileté mais plutôt en fonction de leur attitude et de leur étiquette sur la piste de danse. Les guideurs que j’évite sont ceux qui me poussent, me tirent et me malmènent de telle sorte que je dois lutter à chaque seconde pour maintenir mon équilibre. J’essaie aussi de me tenir à l’écart de ceux qui font preuve d’un mépris total envers les autres danseurs sur la piste de danse. Les guideurs qui utilisent leur partenaire comme un bouclier ou une arme sur la piste de danse sont vraiment stressants parce que les guidées portent toute leur attention au-dessus de leur épaule tentant de faire le travail d’éviter les collisions. Aussi, les danseurs qui corrigent ou enseignent à leurs partenaires sur la piste de danse sont placés bien hauts sur ma liste de danseurs à éviter.

Comme danseurs avancés, si nous acceptons de danser avec quelques danseurs sans égard à leur niveau d’habileté, nous aiderons des débutants à améliorer leur danse. D’autre part, si nous rejetons sur la base des mauvais comportements, nous pourrions aider certains danseurs à se corriger.

Au plan de mon plaisir comme guidée, les qualités qui me feront chercher ou accepter des invitations sont : une connexion à moi, une attention aux déplacements et à la sécurité sur la piste de danse, et la musicalité. Les figures créatives et les mouvements amusants sont sur la liste, mais pas s’ils font obstacle aux éléments précédents.

Interrompre la danse d’un autre couple pour inviter : Non! Pas pendant une chanson, pas entre les chansons. C’est même mal vu d’attraper quelqu’un pendant la cortina alors qu’ils n’ont pas encore quitté la piste de danse après la tanda précédente. Vous n’êtes tout simplement pas supposé inviter quelqu’un qui est déjà sur la piste de danse.

Entrer sur la piste de danse : S’il-vous-plait, n’oubliez pas ce deuxième usage tout aussi important du cabeceo. Quand vous voulez entrer sur la piste de danse avec votre partenaire, vous devez avoir de la considération pour la circulation et éviter de couper devant le couple qui approche. À moins que vous ne puissiez entrer facilement sur la piste en disposant de plusieurs pas devant le couple qui approche, prenez le temps d’établir un contact visuel avec le guideur avant d’entrer sur la piste et attendez qu’il vous fasse signe que vous pouvez entrer. Quand vous dansez, soyez conscient des points d’entrée sur la piste de danse et permettez aux autres couples d’entrer.

SUR LA PISTE DE DANSE
Les tandas : Les tandas sont des séries de trois ou quatre chansons du même orchestre ou d’un style similaire. Les tandas sont séparées par des cortinas, de courts-extraits de musique qui ne sont pas de la musique de tango. Normalement, il est convenu que l’on danse une tanda complète avec le même partenaire. Être quitté avant la fin d’une tanda n’est pas agréable. Alors, à moins de circonstances exceptionnelles, rappelez-vous qu’une tanda ne dure que 9 à 12 minutes de votre vie. Même si c’est désagréable, vous pouvez probablement sourire et le supporter. Toutefois, il y a trois situations dans lesquelles il est acceptable d’arrêter de danser pendant une tanda :
  1. Les deux partenaires s’étaient entendus avant de commencer à danser.
  2. Une blessure ou une autre urgence est survenue pendant la danse. 
  3. Le partenaire est suffisamment impoli ou irrespectueux pour mériter d’être offensé ou embarrassé en étant abandonné au milieu d’une tanda.
Respecter la ronda : Guideurs, suivez la ronda, ou ligne de danse. Ceci signifie qu’on ne devrait pas louvoyer aléatoirement d’une ligne de danse à l’autre et qu’on ne devrait pas circuler vite afin d’aller couper devant les autres couples. Idéalement, chaque couple devrait terminer chaque chanson en étant positionné devant et derrière les mêmes couples que lorsqu’elle a commencé. De plus, regardez toujours devant vous plutôt que vers le bas afin d’éviter les collisions, et reculez le moins souvent possible et avec précaution. Ceci est probablement la partie la plus difficile d’apprendre à guider, mais je crois que c’est un peu moins difficile quand vous ne considérez pas les autres couples sur la piste simplement comme des obstacles à éviter, mais comme une partie intégrante de votre danse. Nous devrions danser avec les autres couples, pas contre ou malgré eux. Imaginez tous les couples sur la piste bougeant comme un tout, chaque couple unique, mais ensemble. Quelle fluidité il y aurait.

Guidées, restez dans l’espace que votre partenaire vous crée et évitez de lever les pieds du sol à moins d’être certaine qu’il est sécuritaire de le faire. Ceci signifie que si vous dansez les yeux fermés, vous ne devriez pas lever les pieds derrière vous. D’autre part, si vos yeux sont ouverts, vous pouvez arrêter votre partenaire de faire un pas à reculons afin de prévenir une collision.

Moins de bavardage et plus de danse : Quiconque a lu mes articles sur le sujet sait que ceci est important pour moi : de grâce, évitez d’enseigner ou de corriger votre partenaire. Dansez au niveau de votre partenaire, et lorsque quelque chose ne fonctionne pas, essayez d’améliorer votre propre technique. Corriger est le travail des professeurs et devrait être limité aux heures de cours. En général, réservez la conversation aux moments où la musique est arrêtée. S’excuser à chaque faux-pas est presqu’aussi distrayant que les corrections. Et si vous voulez parler de la température ou de votre journée, allez vous asseoir au bar.

De la qualité, pas de la quantité : C’est la connexion qui compte. Limitez les grands mouvements, surtout lorsque la piste de danse est bondée. Et, une fois de plus, ne guidez pas ou n’exécutez pas de boleos aériens avant de vous être assuré qu’il y a amplement d’espace pour le faire.

 Il a été dit que le tanguero qui danse trois heures de suite sans arrêt n’aime pas vraiment le tango, qu’il a juste besoin de bouger, alors qu’un « vrai » danseur choisit ses musiques et ses partenaires avec discernement, et comme mentionné précédemment, souvent en fonction l’un de l’autre. Je pense qu’il y a certainement place pour les deux types de danseurs dans toutes les milongas, mais essayez de ne pas devenir découragé ou amer si vous n’avez pas obtenu autant de tandas que vous espériez. Certaines soirées sont comme ça, et une seule merveilleuse tanda suffit parfois à faire votre soirée.

Pas de délits de fuite! Des accidents surviennent. Peu importe à qui la faute; il est tout simplement poli de s’excuser, de s’assurer que l’autre personne n’est pas blessée et d’être plus prudent la prochaine fois.

À PROPOS DE L'HYGIÈNE
J'ai ajouté cette section en mai 2020 lors du confinement global dû au COVID-19. J'étais en train de réviser cette traduction de mon article et j'ai décidé que c'était le moment opportun d'ajouter quelques paragraphes sur l'hygiène, car les choses comme le lavage des mains sont devenues plus importantes que jamais ces derniers mois.

Je déteste que j’ai besoin de dire aux gens qu'il est important de faire des choses comme prendre une douche, se brosser les dents et porter du déodorant avant de se rendre au cours de tango ou à la milonga. Mais il y a encore des gens qui ne savent pas ou ne se préoccupent pas du fait que la mauvaise haleine et d’autres odeurs corporelles sont désagréables pour les partenaires de danse et pourraient très bien faire la différence entre une mirada et un regard détourné. Je déteste encore plus le fait que je doive dire aux gens de se laver les mains après être allé aux toilettes, mais je sais qu'il y a des femmes et des hommes qui ne le font pas; je l'ai vu de mes propres yeux.

À l'heure actuelle, alors qu'une pandémie fait rage sur la planète, le lavage et la désinfection des mains sont à la mode et pour une bonne raison. Des mains propres empêchent la propagation de toutes sortes d'infections et de maladies, pas seulement des coronavirus. Lorsqu'un jour, dans un avenir qui j’espère ne soit pas trop éloigné, nous pouvons à nouveau organiser des événements de tango social en direct, nous vous rappellerons non seulement de vous laver ou de vous désinfecter les mains après avoir utilisé les salles de bain, mais aussi lorsque vous entrez et sortez des locaux et entre chaque tanda. Et nous insisterons pour que vous restiez à la maison si vous avez des symptômes de rhume ou de grippe. Qui sait? Nous pourrions tous aussi porter des masques pour les premiers mois. Mais même un jour tant attendu où cette crise devient une chose du passé, j'espère que nous nous souviendrons tous de nous laver les mains souvent pour la sécurité de tous… et de nous rafraîchir régulièrement pour le confort de tous.

Si penser à tout ceci semble être beaucoup, ça l’est au début. Mais en pratique, ces codes et coutumes deviennent une part intégrante de votre danse, comme la marche, enlacer votre partenaire et suivre le rythme. Après tout, quand vous apprenez à conduire une voiture, opérer le véhicule est une petite part de l’ensemble. Sur la route, vous avez à suivre le flot de la circulation, être conscient et respectueux de tous les autres autour de vous et éviter les collisions. Ne devrait-il pas en être de même sur la piste de danse?

Article précédent : Leçon no 12: Traitez bien vos pieds.
Prochain article : Leçon no 14: Il est aussi important d’être gentil et généreux que de suivre les códigos.

Tuesday, 5 May 2020

Vingt leçons de tango : Douzième partie : Un bon soin des pieds est un pas dans la bonne direction

Traduit par François Camus
Lire la version originale en anglais ici

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons. Mes pieds ont subi le poids de ces deux décennies de tango, donc cette leçon a été en partie apprise à la dure.

Leçon no 12 : Traitez bien vos pieds.
Nos pieds soutiennent tout notre corps. Ils portent notre poids et ils nous permettent de nous tenir debout, de marcher, courir, sauter et, bien sûr, danser.

Nous devrions être reconnaissants envers nos pieds et nous devrions les traiter avec soin pour tout ce qu’ils font pour nous. Il y a peu de mouvements qui n’impliquent pas ces petits choux travailleurs au bout de nos jambes.

Le tango est particulièrement dur sur nos pieds. Si vous utilisez efficacement vos pieds en dansant le tango, lors de la marche avant vous exagérez le roulement du pied, du talon jusqu’aux orteils afin de mieux contrôler l’atterrissage et obtenir le maximum de propulsion. Vous avez sans doute entendu au moins un professeur dire de « pousser dans le plancher ». Lors de la marche, des transferts de poids et des pivots vous devez pousser sur les métatarses et à travers les orteils pour générer de puissants mouvements que votre partenaire pourra ressentir. C’est un aspect essentiel d’une bonne technique de tango et ça exerce beaucoup de pression sur la plante des pieds. Et si, comme la plupart des gens, vous avez passé une grande partie de votre vie à sous-utiliser vos pieds, vous pourriez vous retrouvez avec des pieds fatigués, douloureux, et même blessés.

Sous-utilisés vous me dites? Mais je viens tout juste de dire que nous utilisons nos pieds dans presque chaque mouvement que nous faisons. Curieusement, bien que nous chargeons constamment nos pieds de poids et de mouvements, nous sous-utilisons généralement les muscles intrinsèques des pieds parce qu’on porte habituellement des chaussures et on marche sur des surfaces dures et plates. Nous ne travaillons pas profondément la force, la flexibilité, ni même la mobilité de nos pieds alors nos muscles s’atrophient et nos pieds deviennent faibles ainsi que sujets à la douleur et aux blessures.

Les jeunes enfants ont généralement des pieds larges et des orteils évasés. Leurs pieds ont aussi une meilleure dextérité que ceux des adultes et ils peuvent faire des choses telles que remuer leurs orteils séparément. Nous perdons cette habileté à l’âge adulte, mais dans les cultures où les gens sont surtout pieds nus, les gens peuvent conserver cette dextérité pédestre jusqu’à un âge avancé.

D’autre part, plusieurs sinon la plupart des problèmes de genou, de hanche et de dos commencent avec les pieds.

La bonne nouvelle est que puisque la plupart des problèmes de pied sont de nature biomécanique, c’est-à-dire qu’ils sont causés par la façon dont nous nous tenons debout et que nous bougeons, ainsi que par les chaussures que nous portons, plusieurs sont évitables et aussi soignables par la biomécanique.

Des choses que vous pouvez faire pour prendre soin de vos pieds :

Quand vous vous tenez debout, vos pieds devraient
être parallèles, avec une pression égale sur les côtés
intérieur et extérieur.

•Observez la position de vos pieds. Comment placez-vous vos pieds lorsque vous vous tenez debout et lorsque vous marchez? Si vous êtes debout, vos pieds devraient être parallèles l’un avec l’autre, avec les orteils pointant vers l’avant plutôt que de pointer vers l’extérieur ou vers l’intérieur. De plus, la pression devrait être égale, sur les côtés intérieur et extérieur des pieds, de sorte que vous n’êtes ni en pronation (pieds roulés vers l’intérieur) ni en supination (pieds roulés vers l’extérieur) lorsque vous vous tenez debout ou que vous marchez. Lorsque vous êtes en mouvement, il est important de mobiliser vos pieds et vos chevilles, et de porter attention au mouvement de roulement à chaque pas vers l’avant et l’arrière. En tango, on recommande habituellement de maintenir les pieds en « V », de sorte que vos talons sont ensembles et le devant des pieds sont légèrement tournés vers l’extérieur. L’ouverture devrait être très petite. Ceci vous stabilise sans compromettre l’alignement des articulations. Vos orteils ne devraient pas être écrasés dans le plancher quand vous êtes debout. Votre centre de gravité devrait être suffisamment déplacé vers l’arrière pour que vous puissiez les lever et les bouger, le centre de gravité devrait rester vers l’arrière même lorsque vous êtes en mouvement. Ceci m’emmène au point suivant.

• Maintenez un bon alignement postural. Ceci réfère à la façon dont la tête, les épaules, la colonne
La ligne qui passe par les points 
d'alignement devrait être verticale.
vertébrale, les hanches, les genoux et les chevilles s’enlignent les uns par rapport aux autres. Un bon alignement du corps vous aide à établir et à maintenir une bonne posture et améliorera votre danse. Un mauvais alignement met du stress sur la colonne vertébrale et les autres articulations. Cela peut aussi provoquer une détérioration des articulations.

Quatre points principaux devraient être alignés quand on se tient debout. Si on traçait une ligne qui passe par chacun d’eux, on obtiendrait une ligne complètement verticale, pas une diagonale. Partant du sol et allant vers le haut, ce sont :
  • la malléole latérale, ou le petit os que l’on a sur le côté extérieur de la cheville
  • le grand trochanter, ou le côté extérieur de la tête supérieure du fémur (l’os de la cuisse), la bosse située du côté extérieur du bassin
  • l’acromion, ou le petit os situé sur le dessus de l’épaule
  • le méat auditif, ou trou de l’oreille
Pour en savoir plus sur la posture et l’alignement, vous pouvez lire mon article sur le sujet, mais je vais conclure cette section en parlant un peu de mon expérience personnelle :

Il y a environ sept ans, c’est par le yoga plus que toute autre chose que j’ai commencé à vraiment comprendre le bon alignement et à me tenir correctement. Quand j’étais plus jeune, je n’ai jamais pu comprendre pourquoi je pouvais courir 10 kilomètres ou danser toute la nuit avec une aisance relative, mais que je ne pouvais me tenir debout plus de 20 minutes sans ressentir une extrême fatigue et une douleur dans mes pieds. Éventuellement, j’ai appris que mon centre de gravité était trop vers l’avant, ce qui mettait beaucoup de stress sur mes métatarses (et beaucoup de poids sur mes partenaires de tango). Que l’on soit debout, en marche ou à danser le tango, notre axe devrait être situé sur nos talons. L’os du talon est le plus large du pied et conçu pour soutenir le poids du corps. Maintenant que je sais comment m’aligner correctement, je peux me tenir debout beaucoup plus longtemps sans ressentir de fatigue ou de douleur. Même mes talons hauts me fatiguent moins. Mais cela ne signifie pas que je les porte davantage...

Bien qu'on puisse adorer nos jolies
chaussures à talons hauts, elles ne
sont pas très bonnes pour notre corps.
•Choisissez vos chaussures avec soin.


Pour les tangueros, la question principale est : Pourquoi des chaussures de danse plutôt que des chaussures de ville confortables? Les chaussures de danse offrent un bon mélange de soutien et de flexibilité. De plus, elles épousent bien la forme de vos pieds et les semelles sont ni trop épaisses, ni plus larges que la partie supérieure de la chaussure, alors vous pouvez bien sentir le plancher, les pieds de votre partenaire et les mouvements de vos propres pieds. Assurez-vous d’avoir un bon ajustement et assez d’espace pour vos orteils.

Pour les tangueras, c’est une toute autre histoire. La plupart des chaussures de tango ont des talons hauts. Des talons très hauts. De très hauts talons-aiguilles. D’autre part, je pense que tout le monde sait que les talons hauts ne sont pas bons pour nous. D’innombrables livres et articles ont été écrits sur le sujet et les études montrent encore et encore le mal fait au corps des femmes par le port à long-terme de talons hauts. Cela affecte nos pieds, nos genoux, nos hanches, notre dos et même les muscles de nos jambes.

Il semble avoir peu de consensus à savoir quelle serait la hauteur idéale des talons pour des pieds sains. Certains experts disent que la hauteur optimale est de 1-1.5 pouces (2.5-4 centimètres); d’autres disent que ce serait des talons plats. D’autres encore disent que ça varie d’une personne à l’autre selon la forme de leurs pieds. Mais personne ne semble recommander des talons aiguilles de 3.5-pouces (9-centimètres) comme chaussures optimales.

Depuis 20 ans je porte des talons hauts pour danser le tango. Pendant les 10 premières années je n’ai pas ressenti de conséquences néfastes autres que des pieds endoloris à la fin d’une longue soirée de danse et des callosités permanentes (le soi-disant coussinet du danseur) au milieu de la plante de mes pieds. Mais depuis que j’ai ouvert mon école de danse et fait du tango mon emploi à temps-plein – je danse cinq ou six jours par semaine et certains jours je peux passer jusqu’à neuf heures à enseigner, pratiquer et danser – mes pieds l’ont ressenti. Bien sûr que ce n’est pas seulement à cause des chaussures. C’est simplement dû en partie au nombre d’heures passées sur mes pieds. Et je ne porte pas des talons tout le temps; peut-être même pas la moitié du temps, particulièrement ces jours-ci. Plus je vieillis et plus j’étudie la posture, l’alignement et la biomécanique, moins je porte des talons hauts.

Alors, que dois faire une tanguera qui aime la mode? Danser avec des chaussures plates ou même de jolies chaussures de pratique à talon bas n’a tout simplement pas la même apparence ni la même sensation que de danser avec des talons hauts sexy. Le choix le plus éclairé que vous pouvez faire, et le plus sûr pour la santé à long terme de vos pieds et de vos articulations, c’est d’abandonner les talons hauts et de simplement danser avec des chaussures plates ou à talons bas. Mais si, comme moi, vous n’êtes pas prêtes à délaisser complètement vos chaussures sexy, je vous suggère ce qui suit :
  1. Variez vos chaussures de danse et la hauteur de vos talons. Changez souvent vos chaussures, environ toutes les deux heures si vous allez rester sur vos pieds plus longtemps que ça. Assurez-vous d’avoir au moins une paire de chaussures de pratique à talon bas dans votre collection. 
  2. Autant que possible, gardez vos chaussures à talons hauts pour les milongas. Passez le gros de votre temps de cours et de pratique dans des chaussures à talons bas, et ne portez pas du tout de talons hauts en dehors du tango afin de donner à votre corps autant de repos que possible. Dans la vie, tout est une question d’équilibre. Quelques heures par semaine ne vous causera probablement pas de tort si vous portez des chaussures raisonnables le reste du temps. (De plus, évitez de passer beaucoup de temps à porter des gougounes. Elles sont terribles pour vos pieds.)
  3. Assurez-vous que les chaussures à talons hauts que vous portez sont bien ajustées à vos pieds et sont suffisamment larges. Heureusement, les chaussures pointues à bout fermé ne sont plus à la mode. Les chaussures de type sandale que toutes les tangueras portent de nos jours donnent au moins de l’espace aux orteils pour bouger et s’écarter un peu.
  4. Assurez-vous d’entraîner votre corps à rester bien aligné, même dans vos chaussures de tango. Les hanches toujours au-dessus des talons. Pour faciliter ceci, les talons de vos chaussures devraient être juste en-dessous du talon de votre pied (pas trop en arrière) et devraient être stables. 
  5. Compensez le port de talons hauts en faisant régulièrement des exercices et des étirements pour vos jambes, particulièrement vos mollets, lesquels raccourcissent avec le port répété de talons hauts. Continuez à lire...
•Faites des exercices pour vos pieds afin d’améliorer leur force, leur flexibilité et leur mobilité.
Votre routine d'entraînement devrait inclure des exercices
pour étirer et renforcer les pieds.
  1. Faites des exercices pour les orteils, incluant lever les orteils pendant que vous êtes debout, écarter vos orteils et bouger chaque orteil séparément. Plusieurs personnes ne peuvent vraiment faire le dernier, mais avec de la pratique vous pouvez rééduquer les petits muscles requis et vous obtiendrez éventuellement des résultats. (Je travail régulièrement l’agilité de mes orteils et j’ai fait de bon progrès.) Mon professeur de yoga m’a même montré un exercice conçu pour réaligner le gros orteil avec la ligne centrale du pied, afin de prévenir ou corriger les débuts d’oignons.
  2. Faites des exercices pour renforcer et étirer la plante et l’arche des pieds. Les exercices de renforcement incluent chiffonner une serviette en utilisant vos orteils ou ramasser des billes ou d’autres petits objets en utilisant vos orteils. Vous pouvez aussi simplement replier vos orteils sans utiliser d’accessoire. Une bonne façon d’étirer vos pieds (voir l’image) est de vous agenouiller sur le sol et de vous asseoir sur vos talons (placez une serviette sous vos genoux) avec les orteils relevés en-dessous. Tenir 30 secondes ou aussi longtemps que vous pouvez le supporter. 
  3. Étirez régulièrement l’arrière de vos cuisses et vos mollets. Qui veut faire du Yoga?
  4. Masser la plante de vos pieds avec une balle de tennis. Il est préférable de le faire debout, ce qui permet de mettre une bonne pression sur diverses parties du pied. Si vos pieds sont trop sensibles au début, vous pouvez le faire assis sur une chaise. Ce massage fini par être agréable et imite un peu marcher pieds nus sur des surfaces inégales. Ce que faisaient nos ancêtres il y a bien longtemps mais que bien peu d’entre nous faisons.
  5. Dorlotez ces petits choux qui travaillent si fort. Trempez vos pieds douloureux dans de l’eau froide. Massez-les avec une lotion relaxante pour les pieds avant d’aller au lit. Offrez-vous un massage de pieds ou une pédicure.
  6. Marchez pieds-nus sur la plage. C’est excellent pour la plante des pieds … et pour l’âme.
La douleur ne s'en va pas?
Voyez un spécialiste.
•Si vous avez une douleur aigüe ou persistante, voyez un professionnel. Mon spécialiste de choix est un excellent physiothérapeute qui m’a aidé au cours des ans pour plusieurs blessures mineures. Vous pourriez préférer un podiatre, un ostéopathe ou autre spécialiste, mais si vous avez de la douleur, faites-la examiner. Savez-vous que 25% de nos os sont situés dans les pieds et les chevilles? Sans mentionner les 33 articulations, plus de 100 muscles, tendons et ligaments des pieds. C’est beaucoup de petits éléments qui peuvent se blesser.

Mon partenaire et moi avons eu notre part de maux de pieds avec des noms tels que hallux valgus, métatarsalgie, fasciite plantaire, fractures de stress et enchondrome. J’ai présentement une douleur et une raideur dans mes chevilles, alors la semaine prochaine je vais retourner chez le physiothérapeute. J’ai aussi des mollets tendus et très développés, ce qui limite ma flexibilité et ma mobilité. Je ne sais si c’est le résultat de tout le ballet que j’ai fait dans mon adolescence, le port de talons hauts au cours des années de tango, simplement la génétique ou une combinaison de tout cela, mais maintenant je me fais un devoir d’étirer mes mollets presqu’à tous les jours.

Pour ma part, j’ai maltraité mes pieds par mon style de vie, mais je m’assure de plus en plus de prendre un peu de temps chaque jour pour en prendre soin, afin qu’ils puissent prendre soin de moi et de ma danse au cours des années à venir.

Article précédent : Leçon no 11: Acceptez que les choses n’aillent pas toujours tel que planifié.
Prochain article : Leçon no 13: Les « códigos » existent pour une bonne raison.

Thursday, 30 April 2020

À la recherche du souffle et de l'équilibre

Depuis que la pandémie nous a rejoint,
respirer facilement semble appartenir au passé.


Traduit par André Valiquette
Lire la version originale en anglais ici
Cette traduction a été publiée le 30 avril, deux semaines après la version originale. La situation (confinement, incertitude etc.) n’a pas beaucoup changé depuis, mais ma respiration va beaucoup mieux. Je suppose que je me suis ajustée au « nouveau normal » et qu'avoir recommencé à écrire a vraiment aidé!

Jusqu’à présent, les publications de mon blogue qui s'appelle « La vie est un tango » ont proposé des réflexions sur le tango qui touchent aussi la vie.

Cet article est une réflexion sur la vie qui peut aussi s’appliquer au tango.

Une des choses les plus difficiles pour moi durant cette épisode de distanciation sociale a été de retrouver un nouvel équilibre dans mon quotidien et dans ma vie. Mes difficultés sont légères, comparées à ceux qui ont perdu un être cher ou que la quarantaine a isolé complètement, mais elles ont tout de même eu un impact sur moi.

Tout d’abord, depuis le début de ces événements, dès le jour - il y a un peu plus d’un mois - où nous avons décidé de fermer les portes de notre école de tango, je n’ai pas été capable de respirer vraiment à l’aise. J’ai tendance à être anxieuse et je suis habituée, de temps à autre, d’avoir des journées où j’ai le souffle court ou comprimé au niveau de la poitrine - comme si je n’arrivais pas à remplir mes poumons - mais je ne m’en fais pas car c’est clairement relié à des changements hormonaux mensuels et je sais par expérience que je vais retrouver une respiration normale après un jour ou deux. Une fois l’an dernier, cela a persisté pendant cinq jours et, comme c’est le cas présentement, la relaxation et les exercices de respiration et d’expiration yoga n’ont rien pu y faire, mais finalement je me suis replacée après cinq jours.

Une fois, il y a six ou sept ans, j’ai eu carrément une attaque d’anxiété, quelque chose d’un peu effrayant. Je pense que j'avais eu une grosse dispute avec mon fils et mon conjoint et j'étais juste hors de moi avec colère. J’ai décidé de relâcher la tension en allant courir, ce que je faisais régulièrement, mais après avoir parcouru trois coins de rue, j’ai senti soudainement mes poumons se refermer complètement. Je n’arrivais pas à respirer au-delà d’un mince filet d’air, j’étais paniquée. Je me suis immobilisée, j’ai posé mes mains sur ma poitrine et je me suis penchée vers l’avant, et quelqu’un qui venait juste de sortir de chez lui m’a demandé si ça allait. Je suis arrivé à lui dire en haletant que je ne pouvais respirer et il m’a invitée à m’assoir sur le muret de son allée et m’a demandé s’il devait appeler une ambulance. Une fois assise, ça n‘a pas pris beaucoup de temps pour que je sente la tension se relâcher dans ma poitrine et j’ai progressivement senti que je pouvais respirer à nouveau, un peu plus à chaque contraction, alors je lui ai répondu de ne pas appeler à l’aide, que je n’habitais pas loin et que je pouvais retourner à la maison. Tout cela a probablement duré cinq minutes, mais ça m’a paru une éternité et j’espère que ça ne se reproduira jamais.

Je reviens à la période actuelle : je lutte avec cette tension constante dans la poitrine, à des degrés divers mais à peu près tous les jours depuis le 13 mars et je passe une bonne part de mon énergie mentale et émotionnelle à essayer d’en éclaircir les causes et les solutions.

J’ai arrêté de boire des breuvages caféinés (laissez-moi vous dire que la tisane à la menthe le matin n’arrive pas à la cheville d’un bon expresso!), j’ai essayé tour à tour de faire moins ou davantage d’exercice (j’ai recommencé à courir - de courtes distances - il y a deux semaines et ça semble aider ou en tout cas ça ne nuit pas) et je consacre moins de temps aux réseaux sociaux. Je fais aussi attention de me réserver à chaque jour assez de temps pour me délasser.

Je sais que pour une partie des gens, le défi avec l’isolement est de trouver des choses à faire. Mais dans mon cas, je suis loin d’être seule : je ne suis pas en quarantaine, je sors pour courir ou marcher chaque jour, je vis avec les trois autres membres de ma famille et quelques animaux de compagnie, alors il y a plein de vie et d’interactions dans mes journées. On fait l’épicerie pour mes parents et mon oncle, ce qui prend déjà une journée par semaine et on prend le temps de les voir - brièvement et à une distance de deux mètres, bien sûr - et je parle à des amis au téléphone, par courriel et en visioconférence. Wolf, mon partenaire, et moi-même donnons des cours en ligne, ce qui nous permet d’être en contact avec une partie de la communauté qui nous manque, même si ce n’est pas en présentiel.

Je ne manque pas de projets. Comme je le disais, nous faisons un peu d’enseignement, et ça inclut un bon temps de préparation, et nous organisons et enseignons avec de nouveaux moyens (je préfère sans aucun doute l’enseignement en présentiel plutôt que sur un écran!). Je suis aussi DJ en ligne une fois par semaine, ce qui implique d’installer, d’ajuster et de préparer chaque fois un nouveau contenu de programme musical. Et à la maison, il y a beaucoup de nettoyage à faire et de bouches à nourrir, sans oublier les chambres qu’on aimerait repeindre et autres projets amusants comme les rapports d’impôt.

J’avais prévu utiliser ce nouveau « temps libre » pour commencer à écrire sérieusement, mais ce texte un peu décousu est ma première vraie tentative. Mon cerveau s'est senti plein et embrouillé ces dernières semaines, si bien que ça été difficile de trouver le temps de rassembler mes idées et d’en faire quelque chose. Alors, souvent, je regarde Netflix quand je n’ai pas l’énergie de faire autre chose. Tout ça pour dire que l’ennui et le confinement ne sont probablement pas à la source de mes problèmes respiratoires.

Ce matin, en promenant le chien, je me suis dit que c’est peut-être mon incapacité à trouver un équilibre qui fait problème. À titre de propriétaire d’une petite entreprise, la répartition de mon temps va toujours davantage du côté du travail, mais ce débalancement est compensé par le fait que je suis passionnée par ce que je fais et que je tire beaucoup de plaisir de bien des aspects de mon travail.

En fait, je suis tellement habituée d’être dix fois plus occupée que je ne le suis actuellement, de savoir que je vais finir mes journées avec une liste encore plus longue de choses à faire et d’avoir un sens ultra-aiguisé des priorités quotidiennes, que je pense ne pas savoir combiner un ralentissement de mon rythme avec les priorités habituelles. Je me donne le droit de relâcher la tension les dimanches : pas de projets, pas de médias. Mais le lundi, la tension dans ma poitrine est aussi forte qu’elle était.

Bien sûr, la persistance de cette respiration laborieuse m’amène elle-même à être anxieuse. Au début, je ne pouvais pas m’empêcher de penser : « Peut-être que j’ai le COVID-19! ». C’est idiot, bien sûr, et je le sais - je n’ai pas de symptômes apparentés, j’ai déjà éprouvé ces problèmes auparavant et ça a duré trop longtemps - mais est-ce qu’on peut raisonner tranquillement quand on est réveillée dans le lit à 3 h du matin? Et surtout, c’est simplement difficile de relaxer et de profiter de mon temps libre retrouvé quand je fais continuellement un effort pour respirer normalement ou pour ignorer le fait que je ne peux pas.

Je sais que l’incertitude du futur me pèse lourdement (je suppose que c’est une des définitions de l’anxiété). Je me demande quand et comment une activité comme le tango pourra reprendre. Notre genre de commerce sera certainement parmi les derniers à réouvrir et, à partir de ce moment-là, est-ce que tout recommencera comme avant? Les danseurs s'embrasseront-ils comme avant ou auront-ils peur des abrazos qui leur manquent tant? Est-ce que la société sortira de cette pandémie plus réticente à se rapprocher des étrangers? Est-ce qu’un ralentissement économique fera que les gens auront moins d’argent pour des leçons de tango et des milongas?

Et même si je comprends que la situation est inédite et compliquée pour nos dirigeants comme pour nous (et de façon générale ils font un bon travail), je me suis sentie frustrée devant des informations vagues ou contradictoires qu’ils nous transmettent. La semaine dernière, nos leaders aux niveaux provincial et fédéral ont prononcé des discours sur l’après-confinement qui, à mon avis, étaient remplis de contradictions : l’un d’entre eux nous dit que la vie normale ne va pas reprendre avant Noël (c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il y ait un vaccin), mais qu’un certain nombre d’activités vont revenir à la normale! OK, merci, c’est très clair. L’autre nous dit qu’ici au Québec, on va bientôt atteindre le pic de la pandémie. C’est reçu comme une bonne nouvelle, et bientôt on pourra réouvrir les commerces - en autant qu’on respecte la distanciation de deux mètres. Alors, quels commerces? Certainement pas le tango. Ou les gyms. Ou les salons de coiffure. Ou les bars. Et comment pourrions-nous penser à rouvrir un commerce bientôt quand le nombre de cas confirmés dans cette province est 700 fois plus élevé que lorsque nous avons fermé nos portes? Et que dire des écoles? Ma fille adolescente est à la maison plutôt qu’à l’école, supposément jusqu’au 1er mai. Je ne peux pas imaginer que nos écoles vont rouvrir dans deux semaines, surtout qu’on n’a pas eu le moindre compte-rendu à ce sujet ni de nos gouvernements ni des établissements scolaires depuis qu’ils sont fermés. Est-ce que les classes reprendront cette année ou non? Si les enfants ne peuvent aller à l’école, les tangueros ne peuvent pas aller à l'école de tango.

Alors oui, le futur apparaît très incertain et oui, ça m’embête. Mais sur le plan intellectuel, je ne suis pas tant préoccupée que ça. J’ai confiance que nous - ma famille, mon entreprise et mon pays - allons passer à travers, même si nous ne savons pas exactement quand et comment à ce moment-ci. Alors je ne sais pas si vivre dans l’incertitude est la chose qui m’empêche de bien respirer.

Qu’est-ce que tout cela nous apprend - ou m’apprend - sur le tango? Bon, d’abord, ça me rappelle les vertus thérapeutiques du tango. J’ai parlé de quelques-unes d’entre elles auparavant, particulièrement dans mon texte à propos du tango et de la méditation, et j’ai donné une fois une conférence sur le tango et la réduction du stress. Pour faire court, une des choses qui m’a amenée au tango est le fait que c’est l’une des rares activités où je peux vraiment lâcher prise. Quand la musique et la connexion sont à leur meilleur, je trouve ça facile de m’abandonner et d’oublier mes préoccupations. C’est merveilleux - et merveilleusement thérapeutique.

Ces derniers jours, peu importe à quel degré j’arrive à relaxer, je suis toujours consciente du fait que je ne peux respirer à l’aise. Le yoga peut aider, et j’en fais à tous les jours, mais le problème c'est qu'en yoga on met continuellement l’attention sur notre respiration, alors, même si je travaille sur mon souffle de différentes façons, je ne peux faire abstraction du problème. Quelques distractions peuvent être mises à contribution : un épisode prenant de « La Casa de Papel », une séance d'enseignement de tango satisfaisante ou une bonne nuit de sommeil apportent tous un soulagement temporaire, mais rien autant qu’une belle tanda ne me retire complètement des réalités quotidiennes et des facteurs de stress.

Pour revenir sur l’idée de l’équilibre - et ma difficulté actuelle avec ça - je pourrais dire que si l’équilibre est un ingrédient essentiel du tango, le tango est clairement un ingrédient essentiel pour l'équilibre dans ma vie.

P.-S. - Maintenant que j’ai publié ce texte, je me souviens des bienfaits thérapeutiques de l’écriture : j’ai travaillé sur cette publication pendant trois jours et depuis le deuxième je respire mieux. Est-ce qu’il y aurait un lien?

Articles reliés :
Apprendre à abandonner le plan
Meditango (en anglais; traduction à venir)

Friday, 24 April 2020

Vingt leçons de tango : Onzième partie : Apprendre à abandonner le plan

La beauté du tango réside dans son imprévisibilité.

Traduit par François Camus
Lire le texte originale en anglais ici

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, apprises par cet art d’improvisation qui n’est jamais le même d’une danse à l’autre.

Leçon no 11 : Acceptez que les choses n’aillent pas toujours tel que planifié.
Quand vous vous sentez déçus et frustrés dans la vie, c’est souvent parce qu’il est arrivé quelque chose non seulement de déplaisant mais aussi d’inattendu. Par exemple, vous aviez à coeur d’aller à votre restaurant italien préféré mais à votre arrivée il était fermé. Alors vous trouvez un plan B, et l’une de deux choses se produit :
  1. Vous ne vous installez jamais tout à fait, parce que c’est plus bruyant que l’autre resto, ou le menu n’est pas ce que vous aviez anticipé toute la journée. Non seulement vous avez de la difficulté à apprécier votre repas, l’ambiance ou même la compagnie, mais vous ressentez un agaçant ressentiment envers l’autre restaurant parce que c’est stupide qu’il soit fermé ce soir-là, et ils devraient mieux annoncer leurs heures d’ouverture pour éviter de faire vivre une telle situation aux gens. Vos plans sont contrecarrés et votre soirée est plus ou moins ruinée.
  2. Vous absorbez l’énergie de ce resto occupé et décidez d‘essayer un met que vous n’avez jamais goûté auparavant. Cela s’avère intéressant, sinon être la meilleure chose que vous ayez jamais goûtée. Entretemps, les entrées et le vin sont délicieux, vous et vos amis avez du plaisir à écouter les conversations bizarres à la table voisine. Vous planifiez toujours une visite à votre petit resto intime dans un avenir rapproché, mais vous avez ajouté un nouveau resto à votre liste. De plus, vous prenez note mentalement d’appeler à l’avance la prochaine fois, ce qui vous évitera de vous buter à une porte fermée ainsi que le temps d’attente quand vous arrivez sans réservation.
C’est un exemple de deux façons complètement différentes de vivre le même événement selon votre façon de percevoir et de réagir. Permettez au ressentiment de peser lourdement sur des changements inattendus et il sera très difficile d’avoir du bon temps peu importe ce qu’il adviendra, mais lâchez prise du plan initial et qui sait ce qui pourrait advenir?

Danser dans une milonga est une question de mettre de côté le plan initial et de s’adapter à de nouvelles situations inattendues, constamment en évolution.

Les guideurs apprennent cela très tôt, ou du moins devraient l’apprendre. Essentiellement, un guideur habile a toujours un plan, mais il est expert à s’adapter aux situations inattendues et à changer le plan à tout moment. Oui, la piste de danse est parfois bondée; parfois elle est absolument chaotique. C’est la réalité du tango. Si vous ne pouvez accepter qu’une large part de pratiquer une danse totalement improvisée est d’apprendre à réagir et à vous adapter à ce qui se passe autour de vous, il sera difficile d’avoir du plaisir lorsqu’il y a d’autres couples sur la piste de danse.

Avec votre partenaire, des erreurs surviendront, et le plus vite vous pouvez accepter cela, le plus vite vous apprécierez le tango. Trouver des façons créatives de se sortir d’une situation embêtante peut même être un défi amusant. Je suis certaine que la moitié des nouveaux mouvements qui ont été inventés se sont d’abord produits accidentellement, et une grande part de mes adornos se produisent lorsque je tente de masquer des faux pas.

Si vous me connaissez ou avez déjà lu mon blogue, vous savez que je n’aime vraiment, mais vraiment pas lorsque les danseurs corrigent ou enseignent à leurs partenaires. Les guideurs qui corrigent leurs guidées, qui font des commentaires au sujet de ce qu’elles étaient « supposées » faire sont trop attachés à leur plan initial et sont incapables de simplement s’adapter et poursuivre. C’est tellement plus agréable de danser avec quelqu’un qui rit des erreurs inévitables et des effets bizarres qui en résultent. La même chose s’applique aux guideurs qui sont constamment agacés par tous les danseurs autour d’eux. La réalité est que le tango est imprévisible, alors pourquoi s’encombrer de la frustration? En fait, la beauté du tango réside dans son imprévisibilité. C’est ce qui le garde frais et nouveau, malgré le fait que l’on tourne et tourne autour de la même piste de danse, sur la même musique encore et encore.

J’ai dansé une fois avec un danseur qui a littéralement critiqué tous les danseurs autour de nous sur la piste de danse pendant toute la tanda. Celui-ci n’avançait pas assez, celui-là était trop près derrière nous, les gens en général n’avançaient pas assez vite. Il était tellement désagréable de danser avec lui par ses critiques incessantes que, des années plus tard, je m’en souviens encore. Imaginez passer sa vie comme ça, constamment agacé et frustré par tout ce qui se passe autour de vous? Je pense qu’il serait difficile d’éprouver du plaisir de quoi que ce soit.

Souvent, les guidées s’accrochent trop à leurs doutes et à leurs insécurités à savoir quelle était l’intention de leur guideur : « Est-ce que c’était bien? », « Est-ce ce qu’il voulait faire? » La réponse est : « Ça n’a pas d’importance. » Ce qui est fait, est fait, et c’est aux deux partenaires de simplement poursuivre à partir de là.

Ça, c’est sur la piste de danse, mais en dehors de la piste, l’inattendu peut aussi se produire. Tout comme dans l’exemple du restaurant donné ci haut, vous pouvez ne pas avoir la soirée que vous aviez anticipée, mais si vous êtes ouverts à ce qui se présente, vous pouvez toujours avoir du bon temps. Vous n’avez pas dansé autant de tandas que vous aviez espéré? Peut-être que cette soirée était plus une question de savourer l’ambiance que de remplir votre carnet de danse. Vous n’avez pas reçu de cabeceo de la personne avec laquelle vous souhaitiez le plus danser? Peut-être que vous avez fait la soirée d’une autre personne lorsqu’elle a intercepté le vôtre.

Le tango (et aussi le yoga, mais ça c’est le sujet d’un autre article) m’a vraiment aidé à prendre conscience que plusieurs des moments frustrants de la vie se résument à la capacité de laisser aller le plan. Cette habileté est directement liée à la capacité de vivre pleinement dans l’ici et maintenant, sujet que j’ai couvert en détail dans mon article intitulé Profitez de chaque moment.

Si vous vivez déjà dans l’instant et suivez l’air d’aller, cet aspect du tango peut vous venir assez facilement, comme ça m’est venu lorsque j’ai commencé. Mais si lâcher prise et rouler sous les coups vous est difficile, peut-être que ce seront des leçons de vie que le tango vous apprendra.

Article précédent : Leçon no 10: Soyez clairs sur ce que vous voulez.
Prochain article : Leçon no 12: Traitez bien vos pieds.

Thursday, 16 April 2020

Professeur ou danseur

Il est important de distinguer entre ces deux « chapeaux » ou rôles.

Lire la version originale en anglais ici.

Récemment, j'ai eu un échange intéressant avec un étudiant dans un cours que j'enseignais. C'est quelqu'un avec qui je danse socialement assez souvent; comme il n'est pas un de mes étudiants réguliers, j'avais rarement dansé auparavant avec lui dans une relation pédagogique.

Il m'avait posé une question sur la raison pour laquelle le mouvement qu'il apprenait ne fonctionnait pas à sa satisfaction, alors nous l’avons essayé ensemble. À un moment donné, j'ai ressenti que son guide avait besoin d'être amélioré, alors j'ai résisté un peu, l'ai arrêté et lui ai demandé de réessayer, en suggérant une correction ou deux. Il m'a regardé un peu décontenancé et a dit: « Mais tu es normalement beaucoup plus facile à guider que ça! Ce n'est pas ce que je ressens habituellement quand je danse avec toi. »

« C'est parce que je ne porte généralement pas mon chapeau de professeur quand je danse avec toi », lui ai-je répondu.

Comme il m'arrive souvent, l'échange est resté avec moi et m'a fait réfléchir.

Ce que je lui ai dit était très vrai : lorsque je porte mon chapeau de professeur, je me concentre sur l'amélioration de la qualité de la danse de mon vis-à-vis. Quand je porte mon chapeau de danseuse, je me concentre sur la qualité de ma propre danse. Je pense qu'il est vraiment important de respecter cette ligne de démarcation.

Par exemple, lorsque j'enseigne une leçon privée, je fais de mon mieux pour ne pas compenser les défauts de mon leader ou de ma guidée, mais pour les remarquer et trouver des moyens de les corriger. Mais quand je danse dans une milonga, je fais exactement le contraire. En fait, je prête peu d'attention aux lacunes de mon partenaire, en ignorant délibérément les plus flagrantes et en ne remarquant même pas les plus petites, car je me concentre plutôt sur le fait d'être la meilleure guidée (ou leader, selon le cas) possible, en profitant des qualités de mon partenaire, de la musique et du moment présent.

Pourquoi est-ce que je pense qu'il est important de faire la distinction entre les deux « chapeaux »? Parce que les principaux objectifs de la danse sociale sont le plaisir et la connexion. Si je commençais à me concentrer sur les défauts de mes partenaires, je diminuerais nécessairement mon propre plaisir ainsi que celui de mon partenaire. Et je romprais également le lien entre nous chaque fois que je commencerais à parler. Le partenaire dans mes bras dans une milonga n'est pas là pour recevoir des instructions, que ce soit mon élève ou qu'il sache si je suis enseignante ou non.

Dans une classe, il peut y avoir des moments où je me laisse aller quelques minutes et je danse et j'apprécie – généralement un bon signe pour l'élève avec qui je danse – mais « se détendre et s'amuser » ne sont pas mes principaux objectifs dans cette situation. Mon but, et la raison pour laquelle l'autre personne me paie, est d'identifier ses erreurs et de l’aider à trouver des moyens de les corriger. C'est mon boulot. Il faut beaucoup de concentration, d'attention et d'énergie, à la fois mentale et physique, pour enseigner, en particulier des leçons privées. Bien que ce soit un travail incroyablement gratifiant, pourquoi voudrais-je faire ce travail pendant mes loisirs, pendant les moments où j'ai le droit de me laisser aller et de m'amuser?

C'est pourquoi ça peut sembler différent de danser avec moi dans le cadre d’une milonga plutôt que lorsque j'enseigne et c'est aussi pourquoi seuls les professeurs devraient enseigner – mais jamais dans une milonga.

Révision de texte: André Valiquette.
Article relié:
Pas de leçons sur la piste de danse SVP 

Friday, 27 March 2020

Vingt leçons de tango : Dixième partie : Affirmez vous

Commencez par vous asseoir, vous tenir debout et marcher
comme le danseur confiant que vous souhaitez devenir.

Traduit par François Camus
Lire le texte originale en anglais ici

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, apprises sur, autour ou à travers le tango au cours de deux décennies à le danser, l’enseigner, donner des spectacles, gérer une école et organiser des événements.

Leçon no 10 : Soyez clair sur ce que vous voulez.

J’étais une enfant gênée et une adolescente manquant de confiance. Ça m’a pris des décennies pour apprendre comment m’affirmer, à dire non, à me défendre et à demander ce que je veux. Le tango, le danser et l’enseigner, est l’une des choses qui m’a à la fois aidé sur le chemin de l’affirmation et à apprendre l’importance de cette qualité – dans la danse et dans la vie.

Sur la piste de danse

Les avantages d’être clair à propos de ce qu’on veut semblent évidents quand il est question de guider, mais les guidées doivent aussi être claires.

Commençons par les guideurs. Si vous ne savez pas ce que vous voulez, votre guidée ne le saura certainement pas. L’hésitation génère de l’hésitation. Si vous attendez continuellement de voir si votre partenaire va vous suivre, elle sera dans un constant état de doute, et ainsi sera la danse. Personne n’a dit que guider était facile : vous devez simultanément attendre votre partenaire et lui laisser savoir où vous voulez qu’elle aille par la suite. Ceci signifie que vous savez toujours où vous voulez aller par la suite. Bien sûr les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu en tango (c’est le sujet de mon prochain article), mais vous devez quand même avoir un plan et l’exprimer clairement (par les gestes, pas les mots bien sûr) sinon la danse sera bordélique plutôt que spontanée.

De plus, si vous ne savez pas où vous voulez que chaque pas touche le sol ou que chaque pivot se termine, que ce soit le vôtre ou celui de votre partenaire, vous aurez peu de contrôle sur votre ligne de danse et l’espace que vous occupez sur la piste. Ceci placera votre partenaire à risque et dérangera les autres danseurs autour de vous.

En ce qui concerne les guidées, si j’ai un conseil à donner c’est celui-ci : ne soyez pas passives. Étreignez votre partenaire comme vous aimeriez l’être, dansez la musique comme vous la ressentez, prenez le temps dont vous avez besoin pour compléter chaque mouvement avant d’aller au suivant. Possédez votre danse et non seulement elle vous satisfera davantage, mais il sera plus satisfaisant de danser avec vous.

Certains penserons que je suis en train de dire aux guidées, « Faites comme bon vous semble, » mais ce n’est pas ça du tout. Tout ce que les guidées font doit demeurer dans le cadre créé par votre partenaire et la musique, et dans ce cadre, il y a énormément d’espace pour vous exprimer et danser. Mais vous devez faire ça : danser.

N’hésitez pas, ne vous demandez pas quoi faire, ne questionnez pas, ne vous inquiétez pas. Acceptez chaque mouvement, chaque réaction et complétez-le de façon décidée. S’il y a eu une mauvaise communication, il est trop tard de toute façon pour la corriger, alors finissez le pas et continuez de là. Croyez que vous savez ce que vous avez à faire et vous suivrez davantage, pas moins, parce vous éliminerez toutes les préoccupations et les hésitations, vous permettant de recevoir les messages du guideur avec moins d’interférence. Non seulement ça, mais si vous dansez de façon plus confiante, votre guideur recevra vos messages plus clairement, écoutera davantage et la tanda deviendra une fascinante conversation plutôt qu’un monologue à sens-unique.

En dehors de la piste de danse

La façon dont vous vous tenez en dit beaucoup. Si vous entrez dans la pièce avec élégance et détermination, vous allez être remarqués, et si vous vous tenez droits lorsque vous êtes assis ou debout, vous aurez l’air de savoir danser avant même d’avoir commencé à le faire. J’ai entendu plus d’un maestro dire qu’il faut être un danseur de tango dès le moment qu’on franchi la portée d’entrée. La posture influence non seulement notre apparence, mais aussi comment on se sent. Le simple fait de soulever et d’ouvrir la poitrine peut alléger des sensations de déprime, par exemple, alors si vous vous tenez bien droit, vous pouvez vous sentir plus confiants. Essentiellement, tenez-vous comme un danseur, vous en aurez l’air et vous vous sentirez comme tel. Et vous en recevrez probablement plus de miradas et de cabeceos.

Je suis devenue une convertie et un promoteur du système d’invitation mirada-cabeceo. « Mirada » signifie « regarder », « cabeceo » signifie « signe de tête ». Ensemble ils constituent le mode d’invitation non-verbal traditionnel. C’est la méthode la plus largement acceptée d’inviter et de se faire inviter à danser le tango. Essentiellement, les guideurs et les guidées regardent directement la personne avec laquelle ils souhaitent danser en espérant que leurs regards se croisent. Ensuite, le guideur fait un signe de tête en guise d’invitation et la guidée fait un signe de tête ou un sourire pour accepter.

Vous trouvez l’idée intimidante? Vous n’êtes pas le seul. Parce que je suis encore fondamentalement une personne timide qui manque de confiance en moi, j’ai moi aussi trouvé difficile de maîtriser cette façon de faire. D’accord, d’accord, j’ai encore parfois de la difficulté.

Une fois sur la piste de danse, je sais comment danser comme si je sais ce que je fais, mais hors de la piste, c’est difficile pour moi de m’affirmer en regardant une personne directement dans les yeux, surtout un étranger. Tout ceci pour dire que je comprends qu’au début ce n’est pas un système nécessairement facile. Le tango non plus. Et si vous pouvez apprendre cette danse complexe, vous pouvez apprendre ce simple échange.

Ça en vaut la peine parce que ça marche. Cela signifie que vous n’êtes pas assises en attendant passivement d’être choisie par quiconque décide de marcher jusqu’à vous pour vous inviter. D’autre part, vous ne rendez pas quelqu’un inconfortable parce que vous tournez autour. Vous ne risquez pas non plus de subir un rejet parce que vous avez fait une demande directe, risquant soit un rejet direct, ou d’obtenir un « oui » réticent de quelqu’un qui ne veut pas vraiment danser avec vous mais qui ne veut pas vous blesser.

Le système mirada-cabeceo fonctionne parce qu’il est affirmatif des deux côtés. Je dois regarder directement la personne avec laquelle je souhaite danser et il ou elle doit me regarder en retour. Ensuite, le signe de tête avec peut-être un sourire ou un haussement de sourcil, et on y va. Nous choisissons tous deux nos danseurs. Cet accord mutuel non-verbal peut être magique une fois qu'on a compris, comme si on avait conclus un accord secret dont personne n’a connaissance jusqu’à ce qu’on soit soudainement sur la piste de danse dans les bras l’un de l’autre, prêts pour une merveilleuse tanda.

En dehors de la milonga

Si vous voulez devenir vraiment bon en tango, vous devez prendre la décision de le devenir. J’ai abordé ce sujet dans mon article précédent, « Franchir le seuil du niveau avancé », quand j’ai nommé la détermination comme l’une des clés du succès. Essentiellement, vous devez le vouloir et foncer, poser des actions concrètes pour atteindre votre but.

J’ai visionné une intéressante vidéo « TED talk » portant sur ce qui mène au succès des gens qui ont du succès. Il a été découvert que le facteur commun toujours présent est la persévérance ou la détermination que j’ai mentionnée. Je regardais cette vidéo en ayant à l’esprit l’éducation et le futur de mes enfants, mais lorsque je regarde les meilleurs danseurs autour de moi, au-delà de leur talent et des années de travail investit, je vois ce quelque chose de plus profond, cette ambition et cette détermination qui amplifient le talent, alimentent le travail ardu et leur donne cette profonde conviction que parce qu’ils veulent y arriver, ils vont y arriver. Et ils le font. Vous le pouvez aussi.

Le tango m’a beaucoup appris à ce sujet et je crois qu’à cause de cela je suis meilleure danseuse, professeur et femme d’affaire. Comme j’ai déjà mentionné, il y a encore en moi une personne qui manque de confiance, mais à ses côtés il y a maintenant une personne beaucoup plus confiante qui sait ce qu’elle veut, qui part souvent à sa poursuite et vit une vie beaucoup plus satisfaisante en conséquence.

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