Monday, 12 October 2020

Vingt leçons de tango : 19ième leçon : Apprendre à se connaître

La piste de danse de tango est l'un 
des rares endroits où je peux 
vraiment lâcher prise.
Traduit par François Camus
Lire la version originale en anglais ici.

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises par l’intermédiaire de cette danse, dont plusieurs sur moi-même.

Leçon n ° 19. Le tango est un voyage de découverte de soi. Tout comme nous en apprenons beaucoup sur les autres grâce à leur façon de danser, nous pouvons aussi en apprendre beaucoup sur nous-mêmes.

Étudier la danse, c'est autant développer une conscience que développer des compétences spécifiques. Nous découvrons nos corps en travaillant avec eux et nous nous découvrons nous-mêmes.

La conscience corporelle est la capacité de comprendre comment nos corps bougent et où ils se trouvent dans l'espace. Des disciplines physiques telles que la danse requièrent et améliorent notre proprioception, qui est le sens qui nous permet de contrôler les parties de notre corps sans les regarder.

La conscience de soi, c'est avoir une perception claire de notre personnalité, y compris nos forces, nos faiblesses, nos pensées, nos croyances, nos motivations et nos émotions, puis d’en prendre le contrôle. Le tango peut également nous aider à développer cette compréhension.

Donc, pour progresser en tango, nous devons savoir non seulement quelles sont nos forces, faiblesses et tendances physiques, mais aussi nos forces psycho-émotionnelles: suis-je réceptif? Réactif? Défensif? Passif? Impatient? Est-il facile pour moi de m'affirmer? De lâcher prise?

Voici quelques-unes des choses que j'ai apprises ou confirmées sur moi-même au fil des ans, avec un peu d'aide du tango :
  • J'aime l'intensité. Je suis convaincue que c'est l'une des principales qualités qui m'attire dans le tango. Pas vraiment une personne du genre tiède, j'aime la nourriture riche, le café fort, le vin corsé, les films d'horreur, la musique forte, les douches chaudes et les entraînements exigeants. J'aime aussi les relations humaines intenses : je ne suis pas passionnée par les petites conversations, j'aime la conversation profonde, ou une tanda profondément connectée. Les danseurs de tango sont un groupe très éclectique et je me suis souvent demandée si l'un des fils communs qui nous lient ensemble est un désir de sensations ou de connexions intenses.
  • Le tango me permet de lâcher prise. C'est l'un des autres principaux intérêts de la danse pour moi. La paix de l’esprit ne me vient pas facilement. Je suis une personne occupée dont le cerveau occupé peut me tenir éveillée la nuit pendant des heures. Je m'inquiète et je stresse … jusqu'à ce que j'arrive sur la piste de danse, où la musique, le mouvement et le contact humain se combinent pour constituer ma grande évasion. Sur la piste, dans les bras d'un danseur, au rythme d'une belle musique, tout disparaît sauf l'ici et maintenant. Non seulement est-ce totalement agréable, mais c'est aussi, je crois, extrêmement thérapeutique.
  • Je vais avec le courant. J'ai toujours aimé les surprises et je suis tout à fait capable de prendre la situation qui m'est donnée et de courir avec. Je roule avec les coups, pour ainsi dire. Cela fait de moi une guidée naturelle, car je ne pense pas trop à ce qui se passe et je suis assez douée pour accepter ce qui vient, aussi inattendu que ce soit. Je pense que tout cela fait de moi un guideur patient, car je ne suis pas trop attachée au passé ou au plan pré-établit.
  • Je peux être un guideur patient, mais il m'a fallu du temps pour prendre confiance. Comme je l'ai mentionné dans mon article de blog sur l'affirmation de soi, il est important d'avoir des intentions claires, dans la vie et dans le tango. Sachez ce que vous voulez, dites ce que vous voulez, poursuivez ce que vous voulez. Aucune de ces compétences ne me vient naturellement, mais le tango et l'enseignement m'ont aidé à les développer. De plus, je suis allée chercher ce que je voulais quand mon partenaire et moi avons ouvert notre école, MonTango, il y a dix ans, et elle est depuis devenue l'un des principaux lieux de tango de la ville. Cela m'a appris que les rêves valent la peine d'être poursuivis.
  •  Je ne m'intègre pas toujours. Je pense que l'une des raisons pour lesquelles j'aime être l'hôte, le professeur, le DJ est que, si je ne suis qu'une participante, je me sens parfois un peu inadaptée. Et j'ai toujours ressenti cela : tout au long de mon parcours scolaire et dans ma carrière précédente, je n'ai jamais fait partie du groupe "in" ou de la clique cool. Je n'ai jamais su faire semblant d'être comme tout le monde, d’agir d'une certaine manière ou de dire les « bonnes » choses pour faire partie du « bon » groupe. Ne vous méprenez pas : j'avais des amis, un petit groupe d’amis très proches, et je m'entendais toujours avec la plupart des gens; bien qu’étant un peu à l’extérieur, je n'ai jamais été une paria. Parfois, je me demande si ce n'est pas un autre fil conducteur du tango, dans ce monde il y a tant de personnages étranges (et merveilleux) qu'il ressemble parfois à une réunion d'inadaptés. Mais là encore, il y a des cliques dans le tango. Je n'en fais tout simplement pas partie et ils ne prospèrent pas dans mes milongas. Je pense que ce que j'ai compris, c'est que dans le tango comme dans la vie, je préfère toujours l'inclusivité à l'exclusivité.
  • Mes limites existent pour être repoussées. Parfois, je pense que j'aimerais vivre une vie plus simple et plus calme. Mais chaque fois que je cherche quelque chose de simple, je finis par aller plus loin que prévu. Cela est évident dans mon parcours dans le tango : non contente de danser, j'ai commencé à enseigner; non contente d'enseigner, j'ai ouvert ma propre école; non contente d'enseigner et de diriger une école, je joue et produit aussi des spectacles, DJ, blog… Et, bien sûr, j'ai continué ma propre formation en danse, en mouvement et en enseignement, prenant des leçons privées chaque fois que possible, apprenant à guider et obtenant une certification d’instructeur de fitness et maintenant d’instructeur de yoga. Je ne sais pas quelle sera ma prochaine grande étape, mais je sais qu'une fois que je serai à l'aise où je suis, je n'y resterai pas longtemps.
  • Je ne croirai jamais que je suis suffisante. Je pense que le désir continu d'apprendre, d'avancer et de grandir est une bonne chose, mais dans mon cas, c'est aussi un signe que dans tout ce que je fais je n'ai jamais l'impression d'en faire assez ou que je suis assez bonne. Par exemple, je ne serai jamais la danseuse que je veux être. C'est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Cela signifie que je suis parfois très abattue, surtout après avoir regardé ma performance. Mais cela signifie aussi que je me pousse plus fort à chaque fois et donc, je peux l'admettre, je m'améliore.
  • J'adore enseigner. Je n'ai peut-être pas l'impression de devenir la danseuse que je m'efforce d'être, mais je sais que je suis un bon professeur, et c'est parce que je suis aussi passionnée par l'enseignement que par la danse. Je pense que je suis un professeur deux fois meilleure (ou plus) que je ne l'étais quand j'ai commencé, et j'ai l'intention de continuer ma croissance. Toutes les leçons que j'ai mentionnées ici, et plus encore, m'ont appris à mieux enseigner aux autres.
Alors, qu'avez-vous appris à travers le tango? Cela vous a-t-il aidé à grandir et à évoluer en tant que personne et en tant que danseur? Cela vous a-t-il ouvert les yeux sur quelque chose que vous ne saviez déjà sur vous-même?

Prochain article : Leçon n° 20. J'ai le meilleur travail du monde.
Article précédent : Leçon no 18. Le tango peut être dur pour les couples.

Wednesday, 26 August 2020

Vingt leçons de tango : 18ième partie : Le couple de tango

Apprendre le tango avec votre bien-aimé prendra 
de la patience, de l'humilité et un sens de l'humour.

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises à travers cette danse qui a déclenché le cliché « Il faut être deux pour danser le tango ».

Leçon no 18. Le tango peut être dur pour les couples. Quand on dit « tango », les gens évoquent des images de roses, de romance et de passion, et les cours de tango semblent être une bonne activité à entreprendre en couple. Donc, vous vous inscrivez à des cours et au lieu de la romance et de la passion attendues, vous trouvez de la maladresse, de la frustration, de la jalousie ou une attitude défensive. Si cela vous semble familier, vous n'êtes pas seul.

Au cours de nos années de tango ensemble, mon partenaire et moi avons vu à peu près tous les problèmes qui peuvent survenir dans un couple, et nous en avons vécu nous-mêmes, surtout au cours de nos premières années. Il existe de nombreux scénarios possibles, chacun présentant ses propres défis. Comprenez tout simplement ceci : Le tango ne cause pas de problèmes relationnels, mais il peut amplifier des problèmes existants.

Quelques amis et moi parlions de ce phénomène il y a quelque temps et nous avons trouvé ce slogan : « Si votre couple peut survivre au tango, votre couple peut survivre à tout! » Bien que je ne fasse pas de cette déclaration la nouvelle campagne de marketing de mon école, elle contient un important élément de vérité.

Voici quelques situations courantes, certaines difficultés qui en découlent et des solutions possibles pour que non seulement vous puissiez augmenter les chances que votre relation survive au tango, mais aussi que le tango survive à votre relation.

•Vous apprenez le tango ensemble.
Les débutants dansent habituellement avec d’autres débutants dans les cours de groupe, mais ce n'est jamais facile. Dans cette situation, certains problèmes relationnels peuvent être facilement amplifiés tels que l'impatience, la jalousie et une attitude défensive.
Pour apprendre le tango, comme pour apprendre quoi que ce soit, il faut être réceptif. Si vous êtes sur la défensive à chaque fois que l'enseignant vient à vous avec une correction ou que votre partenaire ne répond pas comme vous l'espériez, vous aurez tendance à bloquer votre propre capacité à apprendre tout en mettant la majeure partie ou la totalité du blâme sur votre partenaire.
Faites-y face, les deux membres du couple n'apprendront probablement pas exactement au même rythme. L'un ou l'autre des partenaires pourrait apprendre plus rapidement, et si ce partenaire est vous, vous devrez être plus patient avec votre partenaire. Si votre partenaire apprend plus vite, vous devrez être patient avec vous-même.
Nous avons tendance à être moins tolérants envers ceux avec qui nous nous sentons à l'aise, donc lorsque votre partenaire de tango est également votre partenaire de vie, vous pourriez vous laisser aller à le blâmer ouvertement pour tout faux pas plus facilement que vous ne le feriez avec un étranger. 
Les premières étapes de la courbe d'apprentissage sont souvent plus difficiles pour ceux qui guident, c'est pourquoi ils reçoivent le plus gros du blâme de la part des deux parties. Les guidées avec une touche de talent naturel peuvent assez rapidement sentir qu'elles dansent bien lorsqu’elles sont jumelées à un guideur expérimenté. Mais pour les guideurs, il y a beaucoup de choses auxquelles penser et à comprendre dès le début. Ainsi, les deux partenaires peuvent penser, un peu à tort, que la guidée apprend plus vite ou danse mieux que son partenaire. La réalité surgit plus tard pour les guidées, une fois qu'elles (ou ils) se rendent compte que leur rôle est bien plus que de simplement « suivre ». Tout cela est commun et normal. Essayez tout simplement de vous rappeler d'être patient et généreux envers votre partenaire car, quoi qu'il arrive, lui aussi est en train d’apprendre et il fait probablement de son mieux. Et de toute façon, il est improductif de passer beaucoup de temps à essayer de déterminer qui est à blâmer. Travaillez en équipe et, avec l'aide de vos professeurs, vous verrez que vous possédez tous les deux des solutions.

Ensuite, il y a l'insécurité de voir soudainement votre être cher dans les bras de quelqu'un d'autre. Les changements de partenaire sont un excellent outil et, à mon avis, nécessaire pour améliorer vos compétences en danse, mais ils peuvent rendre les novices extrêmement inconfortables. C'est normal. Dans nos cours, nous n'insistons pas que les gens changent de partenaire s'ils sont vraiment contre l'idée. Mais si vous restez à jamais réticent à danser avec quelqu'un d'autre ou à permettre à votre partenaire de le faire, je pense que ce n'est pas un bon signe pour votre avenir ensemble dans le tango.

N'oubliez pas qu'il ne s'agit que de tango (plus à ce sujet ci-dessous). Que les choses se passent bien ou mal avec un autre partenaire, vous rapporterez une part de ce que vous avez appris à votre partenariat régulier.

Apprendre le tango avec votre bien-aimé demandera de part et d’autre de la patience, de la compréhension, de l'humilité et, n'oublions pas, un sens de l'humour.

 

• L'un de vous danse déjà et initie l'autre au tango.
De même que lorsque des débutants guident des débutants il y a des difficultés, lorsque l'expérience est associée à l'inexpérience, toutes sortes de déséquilibres se présentent. Les problèmes qui surviennent fréquemment dans cette situation sont, encore une fois, l'impatience et la jalousie, ainsi que les complexes d'infériorité-supériorité.

 

Si vous avez moins d'expérience que votre partenaire : Ne mettez pas votre partenaire sur un piédestal. Je vois ceci tout le temps, et ça me rend un peu folle. Bien sûr, si votre partenaire danse depuis un an et que vous venez de commencer hier, il vous semblera être un grand danseur. Mais il en sera de même pour presque tout le monde. Et ce que vous devez savoir, c'est qu'une année n'est rien en tango. Votre partenaire a sûrement encore beaucoup de travail à faire au plan de la technique. Concentrez-vous donc à apprendre à votre rythme sans vous comparer à votre partenaire ni vous impatienter avec vous-même. Plus facile à dire qu'à faire, je sais, mais idolâtrer votre partenaire en tant que danseur ne vous mènera nulle part.
Ensuite, il y a ce monstre aux yeux verts appelé jalousie. Surtout si vous êtes nouveau au tango, il peut être déconcertant de voir l'amour de votre vie dans les bras de quelqu'un d'autre, et d'en avoir du plaisir. J'ai eu plus d'un étudiant venir me voir et dire qu'ils ne pouvaient tout simplement pas supporter de regarder leur bien-aimé avoir clairement le plaisir de sa vie dans les bras d'une autre personne. Cela peut prendre du temps pour devenir suffisamment imprégné du tango pour comprendre que pour la plupart des danseurs il ne s’agit que de la danse et rien de plus. L'intensité, la connexion et l'abandon ne quittent pas la piste de danse. Si quelqu'un cherche plus que de la danse, cela n'a rien à voir avec le tango, le tango est simplement la voie qu'il choisit pour le trouver. Si votre partenariat de vie est solide et que vous faites confiance à votre partenaire, le tango ne sera pas un problème. Si votre relation est fragile et que vous ne faites pas confiance à votre partenaire, le tango peut être un jeu dangereux à jouer, mais il n'est pas à blâmer.

 

Si vous avez plus d'expérience que votre partenaire : Ne soyez pas condescendant. Aucun partenariat n'est vraiment égal (bien que les meilleurs finissent par se rapprocher). Amplifier les inégalités en trouvant constamment des moyens de les signaler est contre-productif et ne servira qu'à mettre votre partenaire sur la défensive. Rappelez-vous que vous aussi, vous avez encore beaucoup à apprendre, vous êtes simplement à un endroit différent sur la courbe. En tant qu'enseignant, je vois la condescendance se manifester sous deux formes principales : les attitudes trop encourageantes et le comportement d’enseignant.
Trop encourageant? Oh oui. Être encourageant est, en principe, une bonne chose, mais il y a une ligne fine entre le super-soutien et la super-condescendance. Tapoter figurativement la tête de votre partenaire chaque fois qu'il accomplit la moindre chose est presque aussi fatiguant que de le critiquer chaque petite imperfection. Alors, félicitez-le lorsque vous avez une bonne danse ou que vous constatez une réelle amélioration, mais assurez-vous que le compliment est sincère et ne vient pas d'un endroit trop hautain.
Je l'ai déjà dit, et je le redis : Ne Pas, Corriger, Votre, Partenaire. Ce n'est pas parce que vous avez plus d'expérience que vous êtes un enseignant qualifié. Soyez donc le partenaire de danse compétent que vous savez être, mais laissez l'enseignement aux professeurs, laissez votre partenaire apprendre à son rythme et évitez la tentation de montrer constamment que vous en savez plus. Personne n'aime un je-sais-tout, les conseils non sollicités deviennent rapidement irritants et se mettre constamment au-dessus de votre humble partenaire ne fera probablement pas grand-chose pour le mettre à l'aise.
De plus, si vous êtes trop à l'aise dans votre position supérieure, faites attention : la supériorité relative de vos compétences de danse n’est probablement pas un état d'être permanent. Il y a de bonnes chances que dans un an ou deux, les compétences de votre partenaire aient rattrapé ou même dépassé les vôtres, surtout si lui ou elle continue à travailler dur pendant que vous restez dans votre zone de confort hautaine.

 

• Vous dansez déjà le tango tous les deux lorsque vous entamez votre relation.
Vous avez essentiellement deux choix ici : accepter de rendre votre danse exclusive ou accepter de continuer à danser avec d'autres personnes. Le mot clé dans les deux cas est « accepter ». Quoi que vous décidiez, vous devez tous les deux être d’accord, vous y tenir et accorder à votre partenaire les mêmes libertés que vous accordez.
Personnellement, j'aurais du mal à passer de l’habitude de danser avec différents partenaires et amis à celle de tous les éviter pour danser chaque tango avec le même partenaire, même si ce partenaire était la personne que j'aime. Ce choix ne fonctionnerait pas pour moi.
Cependant, peu importe depuis combien de temps vous dansez et à quel point vous savez tous les deux que le tango se limite à la danse, il y aura des moments où vous sentirez que votre partenaire a eu une tanda de trop avec une personne en particulier ou avait l'air un peu trop heureux dans les bras d’un certain quelqu'un d'autre. Je le sais parce que je l'ai vécu aussi. Dans notre cas, le tango est notre travail à temps plein, nous n'avions donc pas d'autre choix que d'apprendre tôt à surmonter les insécurités émotionnelles qui se présentaient. Et nous comprenons pleinement et apprécions les avantages que le changement de partenaire apporte à notre danse.
Les meilleures suggestions que je puisse faire pour trouver une solution mutuellement acceptable sont de garder les voies de communication ouvertes et, si nécessaire, d’établir des règles de base. Par exemple, je connais des couples qui gardent toujours la première ou la dernière tanda l'un pour l'autre. Cela leur donne quelque chose de spécial qui n'appartient qu'à eux, mais leur permet de continuer à explorer le plaisir des autres partenaires, d'élargir leurs compétences et de ramener de nouvelles expériences qui finiront probablement par nourrir leur relation.


• Vous dansez mais pas votre compagnon.
Vous savez aussi bien que moi que le tango n'est pas simplement une autre activité sociale. Mais là encore, ça l'est. Si vous allez continuer à danser et que votre partenaire ne le fait pas, votre partenaire doit accepter que vous ayez un intérêt et un passe-temps important qui ne l'implique pas. Mais cela serait vrai pour toute activité qui vous passionne et à laquelle vous consacrez beaucoup de temps, que ce soit pour s'entraîner au gymnase, chanter dans une chorale ou jouer au golf. Même si vous ne jouez pas au golf joue contre joue et poitrine contre poitrine avec vos collègues golfeurs.
Pour un novice, cela peut sembler une rationalisation, mais ce n'est pas le cas. Lorsque vous dansez avec quelqu'un, vous ne dansez pas vraiment avec la personne, vous dansez avec le danseur. Vous pouvez vous connecter intensément, profondément, passionnément avec un étranger, car la plupart des choses chez cette personne n'ont pas d'importance sur la piste de danse : quelle langue il parle, ce qu'il fait dans la vie, si elle a des enfants, ce qu'elle a de planifié pour demain. Ce qui compte, c'est la sensation de leur étreinte, leur lien avec la musique, leur capacité à exprimer, à écouter, à suivre. Ce qui compte dans l'ensemble, c’est tout simplement ce qui se passe au moment présent. Le tango est un moment partagé, ou plutôt 10 minutes partagées, et rien d'autre n'existe pendant ce moment, que vous dansiez avec votre partenaire de vie ou avec un inconnu. Ensuite, la tanda est terminée et vous passez à la connexion suivante. Ces relations ne sont pas sexuelles, mais à leur meilleur, elles sont assez intimes et profondes. Vous vous connectez avec quelque chose qui va au-delà de l'homme ou de la femme dans vos bras. C'est pourquoi beaucoup d'entre nous peuvent tirer autant de plaisir de danser avec l'un ou l'autre sexe, quelle que soit notre orientation sexuelle.
Bien sûr qu’il est possible de confondre ces choses et de les poursuivre, ou de vouloir les poursuivre au-delà de la piste de danse. Mais en général, cela n'arrive pas. Et si vous avez quelqu'un qui vous attend à la maison, c'est à vous de ne pas le laisser se produire. Si votre relation est solide et que vous la valorisez, vous devriez être en mesure de vivre pleinement à la fois votre passion pour le tango et celle pour votre être cher qui ne danse pas.


Quelle que soit votre situation avec votre partenaire dans le tango, vous le dansez pour vous amuser et pour ajouter quelque chose de positif à votre vie. Pour continuer à faire ces deux choses, rappelez-vous ceci :
• recherchez des solutions, pas des blâmes,
• riez des erreurs,
• il s’agit de quelque chose qui se passe sur la piste de danse, pas au-delà.

En fin de compte, les enjeux relationnels peuvent être ce qui vous fait décider que le tango n'est pas pour vous. Vous pourriez même blâmer le tango pour les problèmes apparemment nouveaux qui ont surgit dans votre relation. Ou vous pourriez finir par utiliser le tango pour résoudre certains de vos problèmes et votre relation en sera plus forte.

Comme toujours, j'aimerais recevoir vos commentaires sur ce sujet. Avez-vous vécu des défis similaires? Comment les avez-vous résolus?


Révision de texte: François Camus.

Article suivant : Leçon no 19 : Le tango est un voyage de découverte de soi.
Article précédent : Leçon no 17 : Le tango n’est pas pour tout le monde.

 

Thursday, 20 August 2020

Vingt leçons de tango : 17ième partie : Le tango est-il pour vous?

Le tango : ce n'est pas aussi facile qu'il n'y paraît.

Traduit par François Camus

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises par l’intermédiaire de cette danse qui peut être aussi frustrante que satisfaisante.

Leçon no 17. Le tango n’est pas pour tout le monde.

En deux décennies de danse, plus de 15 ans d’enseignement et plus de 10 ans à la tête de mon propre studio, j’ai vu plus de gens abandonner le tango qu’y rester.

Sur le site web de mon école, je déclare que le tango est pour tout le monde et que « Si vous pouvez marcher, vous pouvez danser. » Je maintiens ces déclarations: Vous pouvez apprendre le tango si vous avez 25 ou 65 ans, si vous êtes homme ou femme, célibataire ou en couple, timide ou extraverti et la liste continue. Mais bien entendu, ce n’est pas juste parce que vous pouvez marcher que vous allez danser le tango comme un pro et cela ne signifie pas non plus que vous allez l’adorer. Et pour continuer à danser le tango, il faut l’adorer. Parce que si le concept est simple, la danse n’est pas si facile. 

En tant qu’amateur de tango et professeur de tango, je pense que ce serait génial si tout le monde pouvait essayer le tango. Vous pourriez l’aimer, l’adorer, persévérer et devenir vraiment bon. Ou peut-être pas.

Le tango pourrait ne pas être pour vous si :

• Vous ne vous en tenez qu’aux choses qui sont faciles pour vous. 
Les débutants se rendent vite compte que s’ils veulent danser le tango, ils devront y consacrer beaucoup de temps. Un cours par semaine ne suffit pas et vous n’aurez probablement pas l’impression de danser vraiment en moins d’un an.
Vous ne resterez pas au tango au-delà de quelques semaines de cours si vous ne développez pas un désir de vraiment travailler sur votre danse, ce qui signifie travailler sur vous-même.
Le tango, comme tous les danseurs expérimentés le savent, est beaucoup plus que la mémorisation de quelques pas ou de quelques séquences. Il s’agit de connexion et de communication, de posture et d’une marche en douceur, de musicalité et d’improvisation. Et il faut des mois, non, des années, pour développer et peut-être, juste peut-être, maîtriser ces choses.
Si tout cela vous semble désagréablement intimidant, peut-être que vous êtes sur la mauvaise voie. Si cela vous semble être un défi passionnant, continuez.

• Vous vous attendez à ce que le tango soit juste une autre série de pas de danse.
Tout d’abord, si vous venez au tango après avoir fait d’autres types de danses sociales ou de danses latines, ne vous attendez pas à sauter les niveaux de débutant en raison de votre expérience passée. Chaque style de danse est différent, le tango argentin est unique, et vous n’allez pas l’apprendre dans un format de type 10-danses-en-10-semaines.
Votre expérience de danse passée pourrait vous aider à apprendre plus rapidement, vous avez peut-être développé votre conscience corporelle, le sens du rythme et les habiletés de guider ou de suivre, mais vous avez encore besoin d’apprendre les bases. Vous pourriez aussi avoir à désapprendre une partie de vos autres techniques de danse tel que les genoux tournés vers l’extérieur, le déhanchement ou les coudes levés.
Apprendre le tango, c’est comme apprendre une nouvelle langue. Si vous parlez déjà deux langues ou plus, vous apprendrez probablement d’autres langues avec plus de facilité, mais cela ne signifie pas que vous sauterez directement au russe de niveau avancé parce que vous parlez déjà anglais et italien.
Encore une fois, apprendre le tango est une question de développer une technique au fur et à mesure que vous intégrez un tout nouveau vocabulaire dans votre corps. C’est la découverte d’un monde qui lui est propre et ne ressemble à aucun autre. Les pas et les séquences ne sont qu’une petite partie de ce dont il s’agit. Si vous êtes prêt et décidé à découvrir cela, vous vous dirigez sur le bon chemin.

•Vous avez une estime de soi très fragile. 
J’ai récemment écrit un blogue entier à l’effet que vous avez besoin d’avoir la peau dure pour danser le tango. Si votre estime de soi est dans un état fragile, le tango peut ne pas être la stimulation dont vous avez besoin en ce moment.
Si vous vous lancez dans le tango, vous découvrirez que vous devez réapprendre à marcher, que votre posture a besoin d’ajustement et que vous ne savez pas vraiment comment enlacer quelqu’un. Donc, il va probablement vous briser avant de vous construire.
Et puis il y a l’aspect social. Tout le monde vit de mauvaises soirées quand nous n’obtenons pas le nombre de danses que nous espérions avoir, et ça peut prendre tout un effort pour ne pas laisser une telle soirée nous laisser avec le sentiment d’être défait, indésirable ou aigri.
Certains d’entre nous sont défaits par ce genre de défis, mais d’autres en sont inspirés et sont motivés à les surmonter. 

• Le tango est votre idée romantique d’une activité en amoureux avec votre bien-aimée. 
Bien sûr, une session de leçons de tango semble être une excellente idée pour injecter un peu de passion supplémentaire dans votre relation. Et je ne dis pas que ce n’est pas le cas. Mais les gens ont des clichés à l’eau de roses sur le tango, que c’est plein de passion et de romantisme, et que cela se transposera comme par magie dans leur vie et leur relation.
D'accord. Éventuellement, cela pourrait se produire. Mais pas de la façon que vous imaginez, et non sans investir beaucoup de temps, d’engagement et de travail acharné dans le processus.
De plus, je déteste l’admettre, mais le tango peut être effectivement assez dur sur un couple, ce dont je vais discuter en détail dans mon prochain blogue. La vie de couple peut être compliquée à bien des égards, que vous vous engagiez dans le tango seul ou avec votre être cher.
Pour être bref, apprendre le tango ensemble prendra de la patience, de la compréhension, un sens de l’humour et une bonne dose d’humilité des deux côtés. Du côté positif, si vous êtes en mesure de travailler sur toutes ces choses, ça ne sera pas seulement amusant et romantique, ça pourrait même rendre votre relation plus forte.

• Vous vous inscrivez à des cours de tango dans l’espoir de trouver une relation. 
Bien sûr que ça peut arriver. J’ai rencontré mon partenaire à travers le tango et mon propre frère a rencontré sa femme dans un cours de tango, mais dans les deux cas, cela a pris des années.
Si vous pensez rester au tango assez longtemps pour devenir bon, vous avez besoin de l’aimer assez pour investir beaucoup de temps et d’efforts à le travailler. Le tango n’est pas une session de « Speed dating ».
Bien sûr que vous pourriez rencontrer quelqu’un de spécial à travers le tango. Acceptez-le si cela se produit, mais ne vous attendez pas à ce que cela se produise.
Lorsque mon école offre des leçons d’essai gratuites pour les nouveaux venus, nous pouvons immédiatement repérer ceux qui sont là avec un motif ultérieur bien défini, et ils restent rarement longtemps. La danse va juste exiger trop de travail si le véritable objectif est de trouver une relation.
Bien sûr, il faut toutes sortes de personnes pour faire un monde (de tango). Dans chaque communauté il y a donc quelques danseurs de longue date qui aiment la danse elle-même et qui l’utilisent en même temps comme moyen de se rapprocher de ceux qu’ils voient comme des compagnons potentiels.
Tout cela étant dit, si vous vous inscrivez à des cours de tango comme moyen de rencontrer des gens, ça pourrait être parmi les meilleures choses que vous pouvez faire. Dans les cours de tango et lors des événements de tango, vous rencontrerez toutes sortes de gens fascinants, qui ont tous un intérêt commun significatif. Plus qu’une activité de couple, le tango est une activité sociale, donc vous allez très certainement vous faire des amis et faire partie d’un tout nouveau cercle.

• Vous n’avez vraiment pas de place dans votre vie pour une activité dévorante. 
Si vous voulez danser le tango, vous devez laisser entrer le tango dans votre vie. Une fois par semaine ne suffit pas. Deux fois par semaine, ce n’est même pas suffisant. Et si vous en venez à aimer cette danse, trois, quatre, cinq fois par semaine pourrait ne pas sembler assez. Le tango a tendance à envahir la vie des gens, du moins pour un temps, et il doit presque le faire, du moins pour un temps, si vous voulez devenir un bon danseur. Le tango est souvent appelé une obsession, une dépendance, une drogue, parce que les danseurs de tango vivent, respirent et consomment leur passion. Si vous vous engagez dans cette danse d’une manière sérieuse, vous la laissez entrer dans votre vie. Ce qui affectera votre calendrier, votre solde bancaire, votre vie sociale et votre âme.

Donc, le tango peut être totalement pour vous si vous n’avez pas peur de quelques années de dur labeur et de vivre occasionnellement une leçon d’humilité, si vous voulez vous faire de nouveaux amis et découvrir quelque chose de stimulant, profond et potentiellement révélateur sur vous-même ou votre relation. Peut-être aussi que le tango n’est pas pour vous. Vous ne le saurez pas avec certitude tant que vous n’en ferez pas l’essai pour voir où il vous mènera.

Article suivant : Leçon no 18. Le tango peut être dur pour les couples.
Article précédent : Leçon no 16. L’industrie du tango et la communauté du tango ne coexistent pas toujours sans heurt.

Monday, 17 August 2020

Vingt leçons de tango : Seizième partie : Quand les affaires rencontrent la communauté

N'est-ce pas plus amusant lorsqu’un plus grand nombre danseurs se réunissent?

Traduit par François Camus

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises en dansant cette danse, en enseignant cet art et en gérant cette entreprise.

Quand j’ai écrit cet article, la situation du tango à Montréal était bien différente que ce qu’elle est maintenant, en 2020. Présentement on est en pleine pandémie COVID-19 et le tango social n’existe presque pas depuis cinq mois. Il y a seulement 3 ou 4 écoles de tango qui ont pu rouvrir leurs portes – de façon très limitée – jusqu’à date et il ne peut toujours pas avoir de milongas. D’ici six mois ou un an, en aura t-il? Espérons que oui, et espérons que les organisateurs et la communauté se respecteront et se soutiendront mutuellement pour que le tango survivra à cette période difficile et devienne un jour le monde vibrant qu'il était autrefois.

Leçon n ° 16. L’industrie du tango et la communauté du tango ne coexistent pas toujours sans heurt.

En tant que propriétaire d'entreprise depuis maintenant 12 ans, j'ai beaucoup de réflexions et d’émotions à ce sujet, lesquelles ne sont évidemment pas complètement impartiaux. Je voulais aborder cette question parce que je pensais que la communauté en général pouvait bénéficier d’en prendre conscience.

Comme je l'ai mentionné dans le premier article de cette série, il y a une vingtaine d’années, lorsque je débutais en tango, on pouvait déjà danser sept soirs par semaine à Montréal. La plupart des soirs, il n'y avait qu'un seul endroit où danser, donc les gens savaient où allaient être leurs amis et une grande part de la communauté se retrouvait dans la plupart des milongas.

De plus, toutes les milongas étaient gérées par des écoles de tango. Ce qui signifiait entre autres, que les propriétaires d'écoles qui travaillaient dur pouvaient compter sur un supplément décent à leurs revenus d'enseignement pour aider à payer leur loyer.

Tout cela a commencé à changer il y a une douzaine d'années. Tout d'abord, c'est à cette époque que la scène du tango de Montréal a commencé à s'étendre au-delà du centre-ville. Alors que toutes les milongas se trouvaient autrefois dans le secteur allant du Plateau au centre-ville, de nouvelles écoles, dont la mienne, ont commencé à germer dans les quartiers périphériques et les banlieues. Cela signifiait que les danseurs qui vivaient en dehors du centre-ville avaient soudainement plus de choix. Nous pensions que nous n'aurions pas beaucoup d'effet sur les écoles et les milongas existantes parce que nous étions géographiquement éloignés d'eux, mais la réalité était que, bien sûr, nous avions un effet sur eux. En même temps, puisque nous offrions des cours de tango dans de nouveaux quartiers, nous suscitions également un nouvel intérêt pour le tango et attirions de nouveaux danseurs dans la communauté, l'aidant ainsi à se développer.

Ensuite ont commencé les événements « neutres », des milongas qui n'étaient liées à aucune école en particulier. De nombreux danseurs ont adoré ce nouveau concept, car il signifiait que les gens provenant des différentes écoles et milongas pouvaient se réunir au même endroit, rencontrer de nouvelles personnes et découvrir de nouveaux danseurs. Mais au plan commercial, ce n'était pas aussi positif pour les écoles. Étant donné que toutes les soirées étaient déjà occupées par des milongas organisées par les écoles, les nouveaux événements organisés par des organisateurs indépendants ont eu un impact significatif sur les événements réguliers qui avaient lieu les mêmes soirs.

Ensuite il y a eu la propagation des festivals et des marathons, ce qui n'est nullement un phénomène propre à Montréal. Il y a quelques années, il y avait trois grands festivals à Montréal ainsi qu'une poignée de plus petits, en plus d’au moins trois marathons. C'est beaucoup de compétition pour les événements réguliers et c’est attendre beaucoup de grosses dépenses de la part de la communauté. C'était clairement plus que ce que notre ville pouvait soutenir, car de nombreux événements ont cessé leurs activités dans les années suivantes. L’année passée il n'y avait que deux festivals majeurs et un seul marathon d’une durée d’un week-end complet.

De nombreux organisateurs indépendants ne sont pas des enseignants et ne gèrent pas d'écoles. Ils ne contribuent donc pas à augmenter la population de danseurs de tango comme le font les écoles. Et pour ceux d'entre nous dont les milongas soutiennent nos écoles, à la fois socialement et financièrement, il est frustrant de travailler pendant des années à enseigner et à former des danseurs qui augmentent la communauté du tango pour voir quelqu'un lancer une milonga le même soir que la nôtre et faire tout ce qu’ils peuvent pour inciter nos étudiants et nos clients à se rendre à leur événement.

Sans oublier le fait que les loyers commerciaux sont exorbitants et que Montréal a récemment été déclarée la pire ville au Canada où diriger une petite entreprise. 

En 2017, juste avant que je publie la version originale de cet article, une école de tango bien connue avait fermé ses portes après une décennie d'activité. Bien qu'il y ait eu toutes sortes de spéculations sur ce qui avait précisément causé sa chute, la multiplication exponentielle des milongas et des événements en a sans aucun doute été un facteur majeur. Les milongas et les événements spéciaux peuvent aller et venir, mais si cela fait que les écoles sont obligées de fermer leurs portes, ce ne sera pas une bonne chose pour la communauté. Je crois que l'une des plus grandes forces de Montréal est la qualité et l'expérience de ses enseignants. Comme mon partenaire me l'a dit récemment, les événements de danse sociale répondent au plaisir des danseurs présentement disponibles sur le marché, ce qui est important, mais les écoles forment les danseurs du futur, assurant la survie à long terme de la danse et de la communauté.

Avec la multiplication des événements supplémentaires, la fréquentation des milongas hebdomadaires régulières des écoles a souffert, devenant au mieux irrégulière. Alors de nombreuses écoles ont commencé à offrir des prácticas et des milongas supplémentaires en soirée et en après-midi, certaines accueillant jusqu'à cinq activités de danse par semaine. Cela signifie qu'elles rivalisent de plus en plus les unes avec les autres et diluent encore plus la communauté. Mon école organise une milonga hebdomadaire le vendredi depuis plus d’une décennie maintenant. Il y a habituellement un ou deux autres événements réguliers les vendredis soirs, ce qui n'est pas fou un soir de week-end dans une ville de tango. Mais dernièrement, j'ai parfois compté jusqu'à cinq événements se produisant le même vendredi. Bien sûr, cela me touche personnellement et financièrement. De mon point de vue, c'est trop, mais la partie de moi qui s'efforce d'être objective et de voir les choses du point de vue du public y voit un problème aussi. Est-il vraiment avantageux d’avoir à choisir parmi tant d'options et que nos amis et partenaires de danse soient aussi confrontés à de tels choix? Ne serait-il pas plus amusant de réunir plus de danseurs au même endroit?

De toute évidence, une société capitaliste et un marché libre signifient le droit et la liberté de faire tout cela. La situation se résume ensuite à la survie des plus forts, et beaucoup haussent les épaules et disent : « Qu'il en soit ainsi » ou « Vous avez juste à le prendre ». Mais est-ce que cela rend les choses justes ou même bonnes pour la communauté qui est, encore une fois, de plus en plus diluée?

Un organisateur m'a justifié l'ouverture de sa nouvelle milonga un soir déjà saturé en disant qu'il s'adressait à une « clientèle différente ». Un autre organisateur a astucieusement souligné qu'il s'agissait là d'un euphémisme pour désigner les danseurs avancés et plus jeunes qu'il cherche à attirer. Encore une fois, n'importe qui a le droit de créer un nouvel événement et de cibler un public spécifique, mais le tango n'est-il pas censé être la danse du peuple? Ce qui signifie pour moi tous les danseurs, nouveaux et expérimentés, de niveau moyen et très avancé, jeunes et vieux.

Personnellement, j'aimerais voir plus de jeunes dans le tango et attirer les plus jeunes est un défi que beaucoup d'entre nous tentent de relever depuis des années, mais je ne veux pas d'une communauté ségréguée où les « jeunes » danseurs se tiennent ensemble et tout ceux de plus de 40 ou 50 ans sont considérés comme trop vieux ou indésirables. Bien que j’étais encore dans la vingtaine quand j'ai commencé à danser le tango, une des choses qui m'attiraient déjà à l'époque était le fait que c'était une danse pour tous les âges et que je ne me sentirais pas trop vieille une fois que j’aurais atteint 40, 50 ou bien au-delà.

Une part de cette situation relève de la taille de la ville et, bien sûr, de la taille de la communauté de tango elle-même. Dans une très petite ville avec une très petite population de tango, le sens de la communauté a tendance à être très fort et à peu près tout le monde travaille ensemble d'une manière ou d'une autre. Dans une très grande ville avec une très grande population de tango, comme Buenos Aires ou Paris par exemple, il y a tellement de danseurs que de proposer plusieurs événements est inévitable, voire nécessaire, et a probablement peu d'impact sur la compétition. Montréal se situe quelque part entre les deux. Nous sommes d’une certaine grosseur, et le tango est assez populaire, mais nous ne sommes pas une grande ville européenne ayant d'autres villes et pays tout autour avec lesquels échanger des danseurs, et nous ne sommes certainement pas Buenos Aires. Quoi qu'il en soit, j'ai entendu dire que la prolifération des marathons et des encuentros en Europe a forcé certains des plus connus à cesser leurs activités et que même à Buenos Aires, les organisateurs tentent de trouver de nouvelles façons de s'entraider en ces temps difficiles.

Une solution apparemment évidente, bien sûr, est que les écoles d'ici se réunissent et parviennent à une sorte d'accord ou même à une sorte d'association. Ce sujet a déjà été soulevé dans le passé. Il y a quelques années, un groupe d'entre nous a essayé de former une sorte d'alliance, mais cela n'a pas fonctionné à long terme, pour toutes sortes de raisons.

Personnellement, je considère la situation récente des milongas à Montréal comme du chacun pour soi, et je ne crois pas qu’il y ait de solution facile. Là encore, c'est peut-être un problème plus important de mon point de vue personnel que du point de vue du public. Je suis mal à l'aise avec l'idée que la communauté du tango devienne un monde férocement concurrentiel, car je pense que le sens de la communauté sera alors perdu et aussi, je dois l'admettre, car cela rend ma précieuse entreprise plus vulnérable. Là encore, les affaires sont les affaires, diraient certains, et c'est à chacun de nous de lutter pour sa propre survie.

Maintenant, en 2020, les écoles luttent pour leur survie à cause d'une toute nouvelle raison au delà de notre contrôle. On ne sait pas ce qu’aurait l’air le tango à Montréal ou dans le reste du monde dans une année ou deux, mais pour terminer, je voulais mentionner que la communauté du tango s'est vraiment mobilisée pour nous offrir son soutien, financier ou autre. Nous sommes reconnaissants et grâce à notre communauté, ça se peut bien que nos entreprises en sortent de l'autre côté.

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Wednesday, 15 July 2020

Que signifie le tango pour chacun de nous

Pendant combien de temps les cours de technique et les prácticas masquées peuvent-ils remplacer
le tango qui était autrefois?

Traduit par François Camus
Lire la version originale en anglais ici

De toutes les activités qui ont été affectées par la pandémie actuelle de COVID, les activités sociales ont été les plus durement touchées, y compris le tango.

Pour ceux d'entre nous qui travaillent dans le tango, particulièrement ceux qui en vivent, cela signifie que nous avons été privés de nos moyens de subsistance et que notre avenir financier immédiat est sombre. De nombreux professionnels du tango repensent leur carrière. Des écoles et des milongas du monde entier ont fermé et certains enseignants cherchent une formation professionnelle dans d'autres domaines.

Les danseurs sociaux, ont eux aussi passé leur temps à l’écart du tango à réévaluer leur relation avec la danse. Pour plusieurs, l’arrêt du tango signifie qu’ils n’ont plus de vie sociale. Pour nous tous, cela a réduit ou éliminé l'activité qui nous passionne le plus. Certains danseurs restent en attente jusqu'à ce que les choses reviennent à leur état pré-COVID. D'autres utilisent leur temps pour apprendre et pratiquer comme ils le peuvent, espérant être de meilleurs danseurs lorsque les activités publiques reprendront. D'autres encore, ceux qui ont eu maille à partir avec le côté social complexe du tango, ont décidé de rendre cette pause permanente.

Pendant le confinement, lorsque nous ne pouvions sortir que pour faire l'épicerie ou pour promener le chien (si nous avions cette chance), les seules options disponibles dans le tango, à peu près à l'échelle planétaire, étaient les activités en ligne. De nombreux enseignants, moi y compris, ont sauté sur le train Zoom, offrant des cours virtuels pour les célibataires et les couples. Sur les réseaux sociaux, certaines personnes ont rejeté de telles offres. « Ce n'est pas du tango », ont déploré certains. « Je préfère ne pas danser plutôt que danser sans une véritable étreinte », ont insisté les autres. Qui peut leur en vouloir? Surtout pour ceux qui ne vivent pas avec un.e partenaire de tango, une leçon sur un écran d'ordinateur ne remplace pas des abrazos chaleureux dans une milonga animée.

Mais pour mon partenaire et moi, dont la vocation n'est pas seulement d’offrir des événements de tango amusants mais aussi de donner aux gens des outils pour bien danser afin qu’ils dansent toujours mieux et s'amusent encore plus lorsqu’ils vont aux événements, nous avons vu cette situation comme une occasion d'amener les gens à prendre le temps de travailler leur technique et d'améliorer leurs compétences.

Bien sûr, en tant que professeurs à temps plein et propriétaires de studio, nous avons une perspective différente de celle du danseur moyen qui va aux milongas. Mais là encore, nous enseignons parce que nous croyons à l'apprentissage. Et nous pensons que l'apprentissage n'est pas seulement le moyen de parvenir à une fin, c'est aussi la capacité de bien faire dans une milonga. Nous croyons aussi que de travailler dur et d’améliorer vos compétences en danse est enrichissant en soi. (Vous pouvez lire mon billet sur le sujet en cliquant ici.) Après tout, mon partenaire et moi sommes tellement passionnés par le tango que nous en avons fait l’œuvre de notre vie, bien que nous passions beaucoup plus de temps à apprendre, à pratiquer et à enseigner que nous n’en passons à danser socialement. 

Dans tous les cas, des étudiants ont joint nos cours en ligne, nous accompagnant au cours de notre propre courbe d'apprentissage de l'enseignement en ligne, dans certains cas jusqu'à ce jour. Quelques-uns, prenant les cours en solo ou avec partenaire, ont trouvé les cours extrêmement utiles, ils étaient motivés à pratiquer entre les leçons et ils ont fait des progrès notables. Bien sûr, les commentaires que nous pouvons donner aux étudiants sur un petit écran sont limités et l'aide pratique est inexistante, mais il y a encore beaucoup à gagner d'une pratique diligente... avec un coach pour vous guider.

Une autre chose que j'ai faite pendant le confinement a été de joindre une communauté de DJ néotango qui ont mis en place des « milongas » en ligne diffusées en direct. Ce n'était pas vraiment des milongas, c'était plutôt une émission de radio Internet. Est-ce la même chose d’être DJ pour un public invisible que pour les danseurs qui évoluent devant nous? Bien sûr que non. Mais c'était assez cool de savoir que les gens écoutaient ma musique en direct de partout dans le monde, de l'Amérique du Nord à l'Europe en passant par l'Australie. Et je pouvais discuter avec eux pendant qu'ils écoutaient, ce qui était amusant et différent tout en nous permettant de nous connecter avec des gens de tango d'autres communautés. Étonnamment, j'ai vu des échanges agressifs sur Facebook entre certains qui étaient impliqués dans le projet et dévoués à garder le tango vivant - en particulier le néotango - et ceux qui n’en veulent rien savoir. Bien sûr, ceux qui ont été DJ lors d’événements en ligne étaient heureux de partager leur musique et d'en discuter, tout en partageant un certain plaisir. Mais encore une fois, pour certains, cela constituait un mauvais substitut, point final. Pourquoi écouter des tandas si vous ne pouvez pas les danser? Les deux perspectives sont compréhensibles, c'est sûr. Ce qui m’était moins compréhensible, c'était qu'il y ait des bagarres d’opinions sur cette question. Pourquoi critiquer quelqu'un d’offrir un service simplement parce que vous n’êtes pas intéressés de l'utiliser? Et pourquoi critiquer quelqu'un parce qu’il ne désire pas le service que vous proposez?

Ici en juillet à Montréal, la courbe COVID s'est quelque peu aplatie et la ville s'est progressivement déconfinée (trop négligemment à mon avis, mais ce n'est pas le sujet de cet article). Premièrement, les magasins ont rouvert et les petits rassemblements en plein air ont été autorisés. Puis les garderies, les camps de jour et les sports de plein air ont ouvert. Les services thérapeutiques et esthétiques, tels que les dentistes, les physiothérapeutes, les massothérapeutes, les manucuristes et les coiffeurs ont repris le travail. Les restaurants et les bars ont rouvert. Et, enfin, les gymnases, les sports d'intérieur et, oui, les studios de danse. Mais… 

À juste raison, toutes ces activités sont sujettes à des limites. Les masques sont obligatoires ou fortement recommandés pour la plupart des activités intérieures, le nombre de participants est limité et les directives de distanciation sont toujours en place. Pour le tango, cela signifie que pour l'instant c'est une activité réservée aux couples. Dans notre studio, nous avons quelques cours de technique pour les danseurs solo. Pour les autres types de cours, les gens doivent venir avec leur propre partenaire et il n'y a aucun changement de partenaire dans aucun de ces cours ou pratiques. Le nombre de participants est également considérablement réduit afin que nous puissions assurer une distance physique sur et hors de la piste de danse. Pour le moment, il n’y a plus de milongas avec 50 ou 100 personnes qui se grouillent. Actuellement, notre activité la plus occupée est une courte pratique guidée que nous limitons à huit couples, ou 16 personnes, qui portent tous des masques. 

Cela m’attriste, car même si je suis l'un des chanceux qui a un très bon partenaire de tango, je n'ai jamais considéré le tango comme une activité de couple. C’est une activité sociale. Nous le dansons en couples, mais nous le partageons avec tous nos amis du tango. Je suis presque sûre que plus de gens vont aux milongas en tant que célibataires qu’en tant que couples, et même ceux qui se présentent en couple changent généralement de partenaire presque autant que quiconque. Nous savons tous que changer de partenaire améliore nos habiletés à guider et à suivre, tout en insufflant du piquant. J'ai ressenti un sentiment de culpabilité lorsque j'ai annoncé sur Facebook une activité réservée aux couples et que quelqu'un a réagi en affichant un visage triste. Malheureusement, c'est pour les couples seulement ou rien du tout. Nous préférons faire quelque chose que rien. Et vous savez quoi? C'est toujours une activité sociale. Toutes les personnes présentes partagent leur amour de la musique et de la danse. Ils se présentent derrière leur masque et discutent - à distance - de leurs expériences sur la façon dont les choses étaient, sont et seront. Alors, même si ce n'est pas le même tango que nous dansions il y a un an, c'est toujours du tango et c'est toujours un bon moment. 

Mon partenaire et moi, ainsi que de nombreux autres, craignons que le « retour à la normale » ne survienne pas avant longtemps. Certaines personnes prédisent qu'il faudra un an ou deux avant que nous ne soyons de retour dans des milongas bondées, changeant de partenaires à volonté. Avec optimisme, j'estime au moins six mois de plus de masques et de couples uniquement. En attendant, nous essayons d'évoluer avec la situation et de faire du tango ce qu'il peut être dans ce contexte: un ensemble de tandas en ligne, un cours de technique, une session de pratique pour les couples, un blog bien pensé. Certains danseurs sont heureux de chaque miette qu’ils peuvent avoir. Ils apprécient et savourent les petits morceaux en attendant que les choses reviennent un jour dans leur entièreté. Certains danseurs veulent le package complet – des pistes bondées, un choix de partenaires, des visages découverts – ou rien du tout.

Alors quel est le point que je tente d’emmener dans tout ceci? Le tango, pour moi, n'est pas qu'une chose et ce n'est pas un tout ou rien. Mais si c'est ce que c'est pour vous, si c'en est votre expérience, c'est un point de vue aussi valable que n'importe quel autre. Et tout comme je ne vous jugerai pas pour les compromis auxquels vous ne pouvez vous résoudre, vous ne devriez pas juger une autre personne qui fait du tango ce qu’elle peut en faire pour l'instant.

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Traduit par François Camus
Lire la version originale en anglais ici

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises au sujet et par l’intermédiaire de cette danse si plaisante et si exigeante.

Leçon no 15 : Travailler fort et avoir du plaisir ne sont pas mutuellement exclusif.

Quelque part entre les phases débutant et intermédiaire, il devient clair pour plusieurs sinon la plupart des élèves de tango que cette danse sociale amusante est plus difficile et requiert plus de travail qu’ils n’avaient anticipé.

Cette prise de conscience peut avoir une variété d’effets sur les personnes.

Certains concluent que de passer des heures à pratiquer chaque semaine et à subir des blessures à leur ego par les corrections qu’ils reçoivent de leurs enseignants n’est pas la plaisante activité de couple qu’ils avaient en tête et ils abandonnent.

D’autres continuent, mais ils cessent de progresser. Ils ont éventuellement acquis suffisamment de mouvements et de partenaires pour s’amuser aux milongas. Alors pourquoi tuer leur plaisir en travaillant des choses difficiles et ennuyantes telles que la posture et – beurk – la technique? Ils sont satisfaits de ce qu’ils ont atteint et ils ne se sentent pas motivés à aller plus loin.

Puis il y a ceux qui sont alimentés par les défis présentés par cette danse à la fois simple et complexe, et ils travaillent encore plus fort, se sentant récompensés chaque fois qu’ils surmontent une difficulté, pour n’être confrontés qu’à la difficulté suivante. Pour ces danseurs, le dur labeur n’est pas seulement un moyen pour atteindre une fin, c’est en lui-même une large part de leur plaisir.

Ce qu’il y a de bien, c’est que plus vous travaillez fort, plus ça devient facile. Au fur et à mesure que vous améliorez votre posture et votre alignement, que vous fortifiez vos jambes et développez vos habiletés de communication tango, plus l’effort physique et mental pour danser diminue ainsi que tout le multitâche que ça requiert. Alors, si vous avez l’impression de vouloir abandonner prochainement, je vous suggère de poursuivre votre lecture et de persévérer encore un peu.

Voici quelques façons d’avoir du plaisir tout en travaillant fort pour améliorer votre danse :

Concentrez-vous sur les choses importantes. Presque tous les débutants sont impressionnés par les mouvements élaborés qu’ils voient dans les spectacles et sur YouTube. Les danseurs se mettent de la pression (ainsi qu’à leurs partenaires) pour apprendre des tas et des tas de mouvements élaborés et d’en exécuter le plus possible à chaque danse. Vos enseignants vous disent sûrement que les mouvements ne sont pas la chose importante, mais ceci n’est pas facile à croire à nos débuts. Après tout, c’est difficile de comprendre l’importance d’une étreinte bienveillante et confortable, de la précision musicale et d’une maîtrise de l’art de naviguer la piste de danse quand on n’a pas encore ressenti le plaisir dérivé de ces choses. Que puis-je dire d’autre que: "Croyez-nous!" Quelques mouvements simples bien exécutés dans le cadre d’une étreinte confortable et sincère, une musicalité précise et enjouée, ainsi qu’un déplacement fluide sur la piste de danse sont un bien meilleur objectif et bien moins stressant que d’essayer de mémoriser et d’exécuter tous les mouvements et adornos fous que vous avez vus. Oui, vous avez besoin d’un vocabulaire, mais vous n’avez pas besoin d’utiliser tout votre vocabulaire tout le temps.

Croyez que le dur labeur apporte ses propres récompenses. Le processus d’apprentissage et de pratique ne sont pas qu’un moyen pour atteindre une fin. Il y a beaucoup de satisfaction à retirer du simple fait de faire un effort. Ceci est plus vrai en tango que nulle part ailleurs. Et bien des récompenses viendront automatiquement de ce travail, allant de devenir un partenaire de tango de plus en plus recherché, à l’amélioration des fonctions cérébrales (comme le démontrent de plus en plus d’études), au maintien d’une bonne posture et de la mobilité des articulations tout au cours de notre vie.

Concentrez-vous plus sur l’amélioration personnelle que sur ce que les autres font de mal. Concentrez-vous sur les défauts de votre partenaire et il est certain que vous en trouverez de plus en plus. Ceci mènera à de la frustration et de l’impatience des deux côtés. Mais concentrez-vous sur ce que vous pouvez faire pour rendre votre partenaire plus confortable et la danse se déroulera certainement plus en douceur, même si votre partenaire n’est pas très bon. Soyez contrarié chaque fois qu’un autre couple vous coupe ou est un peu trop près, et vous perdrez beaucoup de temps à vous sentir contrarié. Élaborez quelques solutions amusantes prêtes à utiliser face à ces réalités inévitables et vous pouvez transformer toute l’affaire en une sorte de jeu. Vous avez probablement entendu dire que vous ne pouvez pas contrôler les événements, seulement comment vous réagissez face à eux. Sur la piste de tango, ceci signifie que vous ne pouvez contrôler comment vont réagir votre partenaire ni les autres couples, mais vous avez le contrôle de la façon dont vous gérez votre réaction. Alors, lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu, ou qu’elles vont tout simplement mal, résistez à l’envie d’émettre des sons d’impatience ou de corriger votre partenaire. Choisissez plutôt d’examiner et de travailler vos habiletés: vous tenir plus droit, abaisser vos épaules, rapprocher vos jambes entre les pas, écouter davantage, ralentir. Vous aurez travaillé à vous améliorer, à donner à votre partenaire une expérience plus agréable et par la même occasion à faire de vous un danseur plus désirable.

Rappelez-vous que les autres ne sont pas responsables de vos mauvaises soirées. Parfois vous aurez de mauvaises soirées, peu importe qui vous êtes. Peut-être qu’à la leçon de la semaine dernière vous avez enfin senti que vous avanciez dans la courbe d’apprentissage. Mais ce soir, vous n’avez pas seulement atteint un plateau, vous avez frappé un mur. Peut-être que vous êtes arrivé à la milonga habillé sur votre 36 prêt à danser toute la nuit, mais vous n’avez obtenu que deux tandas et les deux étaient de qualité inférieure. Aussi dur que ce soit, la meilleure chose à faire est d’accepter qu’en effet, vous avez eu une soirée décevante, et passez à autre chose. Ne vous complaisez pas dans votre malheur, ne blâmez pas votre partenaire inadéquat, n’éprouvez pas de ressentiment envers votre enseignant ou les organisateurs de la milonga, et ne tenez pas rancune à tous les danseurs qui ne vous ont pas invité. Et n’allez pas non plus ventiler votre frustration partout sur Facebook. Ressentez comment vous vous sentez, acceptez les événements et ce que vous en pensez, puis faites ce que vous pouvez pour laisser aller. Ne laissez pas non plus une mauvaise soirée (ou même deux ou trois) vous détruire. Utilisez-le plutôt pour vous motiver à vous avancer sur la courbe d’apprentissage. Enregistrez-vous pour une leçon privée, demandez conseil à un enseignant ou à un danseur que vous admirez, faites des arrangements pour pratiquer avec un ami, prenez une entente avec votre partenaire d’être moins critiques l’un envers l’autre pendant les cours.

Tous les jours je vis cet équilibre entre travailler fort et s’amuser fort dans l’exploitation de mon entreprise. Oui, je travaille fort, très, très fort. Plusieurs personnes le font, et quiconque exploite de près une petite entreprise le fait. Le travail me dépasse parfois et il y a des jours que cela me déprime. Je me préoccupe de mes pieds blessés, je suis frustrée de ma propre danse, j’ai des confrontations avec mon partenaire (lequel travaille tout aussi fort), j’affronte une compétition agressive, je grimace face au solde de mon compte de banque… mais les récompenses! Je suis constamment entourée de mouvement, de musique et de merveilleuses personnes. À chaque semaine je danse, j’enseigne, j’organise des soirées et je crée des listes de lecture de mes musiques préférées. Alors j’ai aussi du plaisir. Tellement de plaisir. Non pas malgré, mais à cause du fait que je travaille vraiment, vraiment fort.

Tuesday, 9 June 2020

Vingt leçons de tango : Quatorzième partie : Soyez gentils

Respectez votre partenaire, 
respectez-vous.
Traduit par François Camus
Lire la version originale en anglais ici

En 2017 j'ai souligné mes 20 ans en tango en écrivant une série de 20 articles, ou leçons, que j’ai apprises au sujet et par l’intermédiaire de cette danse qui est si merveilleuse, mais qui peut être intimidante aux nouveaux arrivants.

Leçon no 14 : Il est aussi important d’être gentil et généreux que de respecter les « códigos ».

Il y a un certain temps, j’ai écrit un article intitulé « C’est agréable d’être important, mais c’est plus important d’être agréable ». Il est intéressant de constater que c’est mon article le plus populaire jusqu’ici. Ce qui indique que les gens ne perçoivent pas nécessairement les autres danseurs de tango comme étant les gens les plus sympathiques.

En relisant cet article cependant, je crois nécessaire de faire la distinction entre ce que je veux dire par être « agréable » et être « gentil ».*

Ceux qui sont exagérément préoccupés d’être agréables sont souvent motivés par le besoin d’approbation ou de validation par les autres. En même temps, ils peuvent ignorer leur propre bien-être pour accommoder les autres.

La motivation pour être gentil, dans le sens d’être « bienveillant » ou de faire preuve de bonté, est plus interne. Les gens qui font preuve de bonté sont moins préoccupés par ce que les autres pourraient penser et plus intéressés à faire ce qui est bon. Mais leur respect pour les autres est équilibré par leur respect pour eux-mêmes.

En tango, les personnes « agréables » acceptent de danser avec tout un chacun parce qu’elles ne veulent pas blesser personne ou être perçues comme impolies ou snobs. Bien que c’est une bonne chose de ne pas vouloir blesser les gens, si une expérience précédente avec une personne a été très désagréable, vous ne devriez pas vous sentir obligé de recommencer à votre propre détriment.

D’autre part, les danseurs gentils peuvent réserver quelques tandas pour les danseurs de niveau inférieur qui travaillent fort ainsi que pour les nouveaux venus solitaires qui n’ont pas dansé de la soirée, mais ils savent encore quand dire non.

Dans ma jeunesse, j’avais l’habitude d’être une personne excessivement « agréable », dans la vie et dans la danse, alors je laissais parfois les gens me marcher dessus et je me sentais coupable à chaque fois que je devais dire non à quelqu’un. Ce type de personnalité ne fonctionne pas très bien comme parent ni en affaires. J’ai appris en grandissant que je peux être une bonne personne sans nécessairement être toujours agréable.

Si vous voulez vraiment être une bonne personne en tango, je crois que vous devez danser occasionnellement avec des débutants. Ceci étant dit, il est important de souligner ce que plusieurs lecteurs ont mentionné dans leurs commentaires sur cet article: Un débutant n’est pas la même chose qu’un mauvais danseur qui n’a pas tenté de s’améliorer depuis une décennie. Alors, si je connais quelqu’un qui prend encore des cours et qui travaille fort, je suis contente de danser avec, sans égard à son niveau. Mais quelqu’un qui se croit vraiment bon simplement parce qu’il danse depuis 15 ans mais qui zigzague partout sur la piste de danse et qui corrige ses partenaires quand elles n’exécutent pas le mouvement qu’il essayait de guider recevra mon refus poli.

Je crois personnellement que l’enseignement devrait se faire par des encouragements et des renforcements positifs. Cela signifie que je m’assure de dire aux étudiants non seulement ce qu’ils font mal, mais aussi ce qu’ils font de bien. Pour moi, c’est la partie facile. Au début, il m’était difficile de pointer aux gens leurs erreurs d’alignement et leurs défauts posturaux, particulièrement lorsqu’ils en étaient tout à fait inconscients et que cela signifiait que je devais crever leur bulle. Mais les étudiants viennent à moi pour apprendre et la plupart d’entre eux apprécient un peu de franchise. De plus, j’ai découvert que la plupart des gens ont la peau plus dure que je ne pensais. De toute façon, un bon professeur peut faire prendre conscience aux étudiants de leurs défauts et de ce qui doit être amélioré sans les diminuer ni les critiquer d’une manière négative ou blessante.

Tel que j’ai déjà mentionné dans mon dernier article, je crois fermement qu’il est important de respecter les códigos de la milonga et que cela améliorera ultimement l’expérience de tout le monde. Je crois aussi qu’injecter une dose de générosité dans notre personnalité de milonguero contribuerait grandement à l’amélioration du bien commun. Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs. Par exemple, j’encourage pleinement l’utilisation du cabeceo, mais je ne rejette pas les invitations verbales juste par principe. Je serai heureuse de danser avec vous, j’accepterai votre invitation visuelle ou verbale, en autant qu’elle soit respectueuse.

Sur la piste de danse, les danseurs avec lesquels il est le plus agréable de danser sont ceux qui mettent leur égo de côté et qui dansent avec générosité. Bien sûr que le niveau d’habileté contribue au plaisir de danser, mais que votre partenaire ait ou non une technique stellaire, s’il vous fait ressentir qu’il prend soin de vous, vous vous sentirez pas mal bien.

Voici comment vous pouvez prendre soin de votre partenaire:
  • Dansez à leur niveau en faisant en sorte qu’ils se sentent bien à propos de leur danse, plutôt que de vous préoccuper de démontrer tous vos meilleurs mouvements et adornos.
  • Faites tout votre possible pour éviter les collisions sur la piste de danse. Si un accident survient, assurez-vous que personne n’est blessé et présentez vos excuses à tous ceux impliqués. Ne tombez pas en mode défensif et ne cherchez pas quelqu’un à blâmer.
  • Ignorez ou riez des erreurs ou des mauvaises communications. Acceptez que les erreurs font partie du tango et, peu importe ce que vous faites, évitez d’enseigner, de corriger ou de commenter la danse de votre partenaire lorsque les choses ne se passent pas comme prévu.
Faites ceci et ceux avec qui vous dansez continueront d’en redemander. Les gens ayant un esprit généreux font passer les autres avant eux-mêmes; les danseurs de tango ayant un esprit généreux font passer le plaisir de leur partenaire en premier, sans sacrifier leur propre bien-être. Si les deux partenaires font cela, alors les deux se sentiront en sécurité, connectés et à l’aise. Ils pourraient même vouloir que la tanda n’ait pas de fin, et ils chercheront certainement à en avoir une autre plus tard.

On retire bien peu à être égoïste, ceci bloque notre empathie autant que notre capacité à apprendre. Soyez gentils et généreux et vous contribuerez en fin de compte à la croissance et à l’amélioration des autres, de vous-même, et de la communauté dans son ensemble.

* La traduction des mots « nice » et « kind » utilisés dans la version anglaise n’était pas évident, car il y a une distinction claire entre les deux termes en anglais, ce qui ne semble pas exister en français. On a choisi « agréable » pour « nice » et « gentil » pour « kind », mais ces mots ne sont pas tout à fait équivalents. En anglais, être « nice », c'est être agréable surtout pour plaire aux autres. Cette qualité serait motivée par la nécessité d'une acceptation et d'une approbation extérieures. Être « kind » signifie avoir une nature véritablement prévenante et attentionnée, motivée par une sincère compassion pour les autres.

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