Tuesday, 10 November 2015

C’est agréable d’être important, mais c’est plus important d’être agréable

Traduit par André Valiquette
Lire la version originale en anglais ici.

Quand une nouvelle venue reste assise toute la soirée en attendant d'être invitée,
les habitués ne savent peut-être pas ce qu'ils manquent.
Récemment, je me suis dit que notre communauté de tango, chez nous, aurait avantage à prendre à coeur la proposition mise de l’avant dans ce titre.

Une publication Facebook récente d’un danseur de notre région a déclenché une discussion passionnée pour avoir critiqué les organisateurs et les danseurs (particulièrement les danseurs masculins) de ne pas être plus ouverts à danser avec les nouveaux venus. Il pensait particulièrement aux touristes qui, peut-être, dans certaines milongas, ne reçoivent pas un accueil aussi chaleureux que possible, et la discussion a été relancée pour aborder le problème des nouveaux danseurs de quelques milongas et de ceux qui ne se sentent pas bien accueillis parce qu’ils ne font pas partie de la “crème” de telle ou telle milonga ou communauté. Ce n’était pas la première fois que ce danseur avait fustigé des danseurs pour avoir été trop exclusifs dans leurs invitations.

Beaucoup de danseurs ont commenté son point de vue, pour l’appuyer ou en rajouter, mais d’autres ont fait remarquer que le tango est une activité sociale que nous faisons par plaisir et que, donc, on ne devrait pas se sentir forcés de se taper des danses avec des gens avec qui on n’a pas envie de danser. Je suis d’accord que si un danseur est vraiment insupportable, nous avons toutes les raisons et le droit de nous en tenir loin, mais est-ce bien dans la catégorie “pénible” qu’on devrait ranger tous ceux qui sont juste dans la moyenne, ou sous notre propre niveau, ou encore débutants? Plusieurs de ces réactions font vraiment égocentriques, débordantes de “je-me-moi”. Oui, nous dansons le tango pour avoir du plaisir et nous amuser, mais c’est aussi une activité sociale qui s’inscrit dans une communauté et quand on danse, eh bien, on est deux. Alors, la joie, la satisfaction et le plaisir des autres ne devraient-ils pas être aussi importants que le nôtre?

La maxime que j’ai utilisée comme titre de ce billet, “C’est agréable d’être important, mais c’est plus important d’être agréable”, a été attribuée à beaucoup de gens, le plus souvent à l’homme d’affaires américain et milliardaire John Templeton, un des plus généreux philanthropes de l’histoire, et je crois que plusieurs d’entre nous auraient avantage à intégrer à notre pratique personnelle du tango un peu plus de cette générosité.

En contrepartie, il est important de se rappeler que le manque de générosité ne se vit pas qu’au masculin. Cela peut sembler le cas si on pense aux femmes qui attendent toute la soirée d’être invitées et ça a vraiment l’air de cela dans les milongas où les femmes sont en surnombre par rapport aux hommes, ce qui est souvent le cas. Mais les femmes peuvent être tout aussi sélectives, centrées sur elles-mêmes et égocentriques.

Récemment, mon partenaire et moi-même donnions une minileçon gratuite à des débutants pendant une milonga également gratuite, en plein air, que nous organisons chaque été. Il y avait deux jeunes hommes qui voulaient participer, mais ils n’avaient pas de partenaires. Mon partenaire a demandé à une femme que nous connaissons tous les deux et qui ne dansait pas à ce moment-là, si elle pouvait aider quelques minutes en dansant avec un des débutants. Sa réponse : “ Jamais! ” Je ne suis pas sûre si cela voulait dire qu’elle ne désirait jamais nous aider ou qu’elle n’aiderait jamais un débutant, mais de toute façon, pourquoi ne voudriez-vous jamais encourager un nouveau danseur? Son attitude n’aurait peut-être pas dû me surprendre, parce que cette même personne, après deux ans de cours, avait annoncé de façon arrogante, en ma présence, qu’elle ne prendrait plus de cours. Vu qu’elle était arrivée à un point où elle avait apparemment appris tout ce dont elle avait besoin, elle n’était pas intéressée à en aider d’autres à avancer.

C’est, à mon sens, un exemple extrême d’une attitude déjà trop répandue.

Une autre femme qui fréquente nos milongas levait les yeux au ciel en me regardant, juste après avoir refusé une danse, et disait: “ Pourquoi devrais-je me forcer? ” Je n’ai rien dit, j’ai seulement souri poliment, et je crois qu’elle a réalisé ce qu’elle avait laissé échapper, parce qu’elle a immédiatement essayé de se justifier en ajoutant, “ Je veux dire, tu es obligée de le faire parce que tu es une professeure, moi je n’ai pas à le faire ”.

Je n'étais pas impressionnée par son attitude, mais je dois admettre qu’elle m’a fait réfléchir. Est-ce que parfois je m’impose de danser avec un étudiant parce que c’est mon intérêt de leur faire plaisir? Oui, je suppose que ça arrive. Mais c’est aussi mon intérêt de ne pas me limiter à être une femme d’affaires, mais également une professeure – parce que je veux que mes étudiants pratiquent et se sentent encouragés – et une personne humaine – car j’essaie d’être une bonne personne qui se soucie du bien-être de mon entourage.

L’attitude qui consiste à ne pas “perdre notre temps” en dansant avec quelqu’un qui n’a pas notre niveau me semble inappropriée sur plusieurs plans. Premièrement, nous pouvons nous améliorer et, oui, même avoir du plaisir avec quelqu’un qui “n’a pas notre niveau”. Deuxièmement, est-ce vraiment une perte de temps que de contribuer à la joie et à l’avancement des autres?

Dans quelques communautés de tango, les gens ne dansent pas avec les nouveaux venus jusqu’à ce qu’ils les aient vus danser avec quelqu’un d’autre. Vous voyez, pour être sûrs qu’ils sont assez bons. Quand même, nous ne voudrions pas qu’un “bon” danseur, “cool” ou “populaire” nous voie danser avec quelqu’un qui est sous notre niveau, ce qui pourrait nous faire mal paraître et ternir notre réputation. Cette attitude empeste le snobisme et la suffisance. Est-il vraiment plus important de bien paraître que de contribuer à ce que des nouveaux se sentent bien accueillis? Et quel est le problème avec le fait de prendre ce risque de temps en temps? J’ai pris ces risques en acceptant de danser avec des gens que je n’avais pas observés auparavant. Cela veut dire que, de temps en temps, j’ai passé 12 minutes inconfortables. Mais j’ai aussi eu de délicieuses surprises et eu accès à des connexions nouvelles, formidables.

Dans la danse elle-même, la générosité est l’une des qualités essentielles d’un bon danseur, homme ou femme, guideur ou guidée. Les meilleurs danseurs qu’on peut rencontrer sont ceux qui s’oublient et font passer leur partenaire en premier. En d’autres mots, ceux qui modèrent leur ego et dansent avec générosité. Les gens qui ont un esprit généreux font passer les autres avant eux-mêmes; les danseurs de tango avec un esprit généreux font passer le plaisir de leur partenaire et leur bien-être avant le leur. Et la balle leur est retournée au bout du compte, car un danseur avec des partenaires heureux est sans aucun doute un danseur comblé.

Si, vraiment, vous êtes meilleur que les autres (SVP, surveillez votre ego quand vous vous autoévaluez), alors pourquoi ne pas leur offrir le plaisir et le bénéfice de votre expérience pour quelques minutes? Encore une fois, je ne suis pas en train de dire que nous devrions nous forcer à danser avec quelqu’un avec qui cela s’annonce vraiment difficile ou avec une personne désagréable, mais plutôt qu’une danse occasionnelle avec une personne nouvelle ou moins expérimentée peut générer des retombées positives à long terme. Cela peut les encourager à persévérer dans le tango ou à travailler plus fort pour améliorer leur danse, et nous aurons contribué à élargir la communauté du tango dans son ensemble tout autant que nous aurons apporté du plaisir et des compétences à un danseur en particulier.

La plupart des gens qui dansent le tango à un niveau avancé prennent cette activité au sérieux. Si cela nous amène à travailler fort pour améliorer nos compétences, cela nous permettra d’être de meilleurs danseurs et contribuera à l’évolution de notre danse elle-même. Mais tout en continuant de prendre notre art au sérieux, il est important de ne pas se perdre et de ne pas se prendre trop au sérieux. Rappelons-nous que nous sommes tous là pour avoir du plaisir, et pour partager ce plaisir.

Nous pouvons retirer beaucoup en aidant quelqu’un d’autre. Et il nous reste bien peu lorsque nous devenons égoïstes. L’égoïsme entrave notre capacité d’apprendre, alors que la générosité génère de l’ouverture d’esprit, une attitude qui facilite l’apprentissage, la croissance, et notre amélioration et celle de nos partenaires, pour nous donner, en bout de piste, plus de plaisir.

Saturday, 10 October 2015

Alors, vous croyez que vous êtes trop avancés pour le groupe...

Traduit par André Valiquette

Quand vous essayez d’apprendre le tango, un peu de conscience de soi peut vous amener loin. C’est vrai, tant pour les hommes que les femmes, les guideurs que les guidées. Les sentiments de supériorité qui se manifestent peuvent se présenter différemment selon les sexes et les rôles, mais ils existent bel et bien des deux côtés.

Dans la dernière année, plus d’une étudiante m’a approché avec une plainte dans ce genre-ci : « Je crois que je devrais être intégrée à un niveau plus élevé parce que je n’arrive pas à suivre un seul leader de ma classe actuelle, alors que je n’ai aucun problème lorsque je danse avec le professeur. »

J’ai tendance, personnellement, à être plus diplomate qu’il ne le faudrait pour répondre à ce type de remarques. Ce que je devrais peut-être faire est de placer sur-le-champ l’étudiante à un niveau moins avancé, mais je mets plutôt mon agacement de côté et je choisis la façon la plus avenante de lui expliquer que, en réalité, si on est capable de ne suivre que le professeur, cela ne signifie pas qu’on est trop avancée, mais plutôt qu’on ne l’est pas assez.

Le professeur peut vous guider, comme il réussit à guider tout le monde. À titre de professeurs, nous sommes habitués de danser avec des gens de différents niveaux et nous savons comment nous ajuster et compenser les lacunes de nos partenaires. Si les seules personnes qui peuvent vous guider sont vos professeurs, c’est parce que vous ne donnez pas votre juste part. Vous n’êtes pas assez réceptive pour lire au-delà des signaux les plus clairs, les plus évidents. Ou bien vous manquez de force ou d’équilibre pour vous tenir fermement sur vos deux jambes et vous dépendez de votre partenaire pour rester stable. Ou encore vous devez assimiler comment votre corps devrait réagir et compléter un mouvement, du point de contact jusqu’au torse, aux hanches et aux pieds. Ou, plus probablement, toutes ces interprétations s’appliquent.

Si vous pouvez seulement guider le professeur, 
c’est davantage un révélateur de votre propre niveau 
plutôt que de celui de vos partenaires.

Les plaintes des leaders tournent autour du nombre de « mouvements » qu’ils croient devoir apprendre. Eux aussi adoptent souvent les danseuses les plus faciles à guider ou les plus avancées du groupe, ce qui peut se comprendre, mais une fois encore, si vous pouvez seulement guider le professeur, ou les guidées les plus expérimentées du groupe, c’est davantage un révélateur de votre propre niveau plutôt que de celui de vos partenaires.

Comprenez-moi bien, je ne veux insulter personne, tout un chacun est concerné par ces questions qui font partie du cheminement normal des danseurs, à divers niveaux ou degrés selon les individus. Mais il est important de reconnaître, pour nous-mêmes, que nous avons besoin d’y travailler, et que nous pouvons le faire, quelle que soit la personne avec qui nous dansons. En fait, nous sommes amenés à travailler plus fort sur notre propre technique quand nous dansons avec des partenaires moins avancés, parce que si nos partenaires sont vraiment bons, ils assument leur bonne part du travail, compensent nos insuffisances et peuvent nous amener à relâcher notre technique.

Donc, il est important de faire la différence entre être capables de danser avec certains genres ou niveaux de danseurs et avoir du plaisir à danser avec eux.

Même si, règle générale, je vais trouver plus facile et plaisant de danser avec un partenaire expérimenté, je peux suivre n’importe qui, sans pour autant négliger ma posture ou ma technique.


Plus vous êtes vraiment avancés, 
plus facile ce sera pour vous 
de danser avec qui que ce soit. 

Après avoir enseigné le tango pendant 15 ans, je peux vraiment dire que les étudiants qui se plaignent à propos du niveau des autres participants dans la classe ne sont jamais les étudiants les plus avancés du groupe. Ceux qui ont déjà une très bonne technique, ou qui comprennent l’importance d’une bonne technique, ne blâment pas les autres étudiants pour leurs fautes ou leurs faiblesses. Ils comprennent que c’est la responsabilité de tout un chacun d’améliorer son propre niveau de danse. Plus vous êtes réellement avancé, plus vous êtes capables de danser avec qui que ce soit.

C’est trop facile de blâmer nos partenaires. Je constate cela chaque jour, et je crois que tout le monde est tombé dans ce travers au moins une fois.

Chez les leaders, cette attitude se manifeste le plus souvent par des leçons ou des explications à nos partenaires à propos de mouvements qui n’ont pas fonctionné plutôt que d’essayer d’améliorer nos propres compétences pour guider. Chez les guidées, nous retrouvons l’attitude que les leaders sont là pour « nous faire danser », ce qui porte à la passivité et à la dépendance. Nous avons tous besoin de prendre nos responsabilités pour notre danse et la meilleure façon d’y arriver est de consolider nos connaissances de base et de pratiquer en solo certains mouvements. Si, par exemple, je ne peux conserver mon équilibre lorsque j’exécute seule un ocho arrière, comment pourrais-je y arriver avec un partenaire sans m’y accrocher comme si j’allais couler? Mon équilibre, mes pas, mes pivots et mon axe sont ma responsabilité, pas celle de mon partenaire.

J’ai commencé à écrire ce billet il y a quelques mois, après une conversation avec une étudiante qui exprimait son insatisfaction devant le rythme trop lent du cours qu’elle suivait. Premièrement, j’ai été surprise de son commentaire, car elle faisait partie des guidées qui s’étaient démenées très fort pour mieux maîtriser des techniques relatives à l’équilibre, à la force et à la dissociation. À titre d’exemple de ce sur quoi elle pourrait travailler, je lui ai indiqué une erreur technique bien précise que j’avais été amenée à corriger chez elle plus d’une fois dans les dernières semaines, ce à quoi elle m’a répondu qu’elle le faisait correctement auparavant, mais qu’elle avait régressé au contact de quelques leaders dans le groupe. Ce rejet de la responsabilité sur son partenaire – et le déni de ce qui s’était vraiment passé – a continué pendant des semaines, et ce n’était bien sûr pas la première fois que j’ai constaté cette attitude.

C’est bien d’être satisfaits du niveau où nous sommes rendus, 
aussi longtemps que nous ne laissons pas nos egos 
prendre le dessus sur nos habiletés en danse. 


Ensuite, il y a les danseurs qui croient qu’ils n’ont plus rien à apprendre. C’est une chose de faire une pause avec les cours ou même de décider qu’on ne veut pas aller plus loin dans notre apprentissage du tango. C’est tout autre chose de penser qu’on sait tout cela et que les cours à venir représenteraient une perte de temps. Dans les sports comme dans le monde des arts, ce sont les professionnels qui s’entraînent le plus intensément, en s’efforçant toujours de s’améliorer ou de rehausser leur savoir-faire, alors comment une poursuite de l’apprentissage pourrait-elle être une perte de temps pour un amateur? Les danseurs de tango qui continuent à danser, mais cessent d’apprendre, quelque part entre le niveau intermédiaire et avancé, sous-estiment souvent l’importance d’une bonne technique. Ils arrivent à un point où un bon nombre de danseurs dansent volontiers avec eux, donc ils ont du plaisir dans les milongas et ne sentent pas le besoin d’aller plus loin dans leur apprentissage.

En fait, on apprend aussi sur le plancher de danse des milongas : sur le plan de la polyvalence, des facultés d’adaptation et des capacités de navigation sur la piste. Et c’est aussi correct d’apprécier le chemin parcouru, tant et aussi longtemps qu’on reste conscient d’où on est vraiment arrivé et qu’on ne laisse pas notre ego grandir plus vite que nos compétences en danse.

Plus nous élevons notre niveau de danse, moins les maladresses techniques de notre partenaire nous affecteront. Les guidées qui restent solides sur la piste améliorent leur qualité de danse en ne se laissant pas malmener par des leaders brusques, mais aussi, elles rendent les choses plus faciles pour leurs guides, ce qui rend l’expérience de danse très agréables avec elles.


Mieux, elles n’auront pas besoin d’un guide trop fort et vont encourager leurs partenaires à conduire de façon plus légère, douce... et plus agréable. Sur le plan technique, les leaders qui ne guident pas de façon trop appuyée encouragent les guidées à répondre à des signaux subtils, et à leur tour amènent les autres leaders à guider de cette façon. Et ainsi de suite : en améliorant notre propre technique, nous encourageons nos partenaires à faire de même, et tous deviennent plus agréables dans la danse, reçoivent plus d’invitations ou d’acceptation et ont plus de plaisir à danser le tango!

Avant de nous surestimer – et par le fait même de sous-estimer nos partenaires –, nous devons toujours chercher ce que nous pouvons améliorer pour nous-mêmes. Si les deux côtés s’en tiennent à cela, nous ferons chacun notre part et nous nous rencontrerons à mi-chemin pour savourer la connexion, la musique et la conversation qu’est le tango. Souvenons-nous-en, nous dansons avec les bons danseurs pour les apprécier et non pas pour dépendre d’eux.

Finalement, si nos partenaires ne sont pas responsables de nos erreurs, ils ne sont pas responsables non plus de nos succès. Alors, nous pouvons être contents de nous-mêmes et nous sentir fiers lorsque nous savons que nous avons bien dansé.

Friday, 1 May 2015

Huit traits de personnalité qui feront de vous un meilleur danseur de tango



Traduit par André Valiquette
Read the original English version here.

Il est entendu que certaines aptitudes physiques facilitent l’apprentissage du tango (c’est vrai pour toutes les danses) : force, souplesse, équilibre, coordination, conscience corporelle, posture adéquate et sens du rythme, pour n’en nommer que quelques-unes.

Mais le tango se danse à deux, alors cela prend davantage qu’un port altier ou une démarche assurée pour devenir le danseur de tango qu’on s’arrache : il faut aussi acquérir des habiletés de communication interpersonnelle, qui ont plus à voir avec qui vous êtes qu’avec ce que vous pouvez accomplir.

Voici huit traits de personnalité qui vous permettront de devenir non seulement un meilleur danseur, mais aussi un partenaire extraordinaire.

Patience :

Nous savons tous que la patience est une vertu – et ce vieux dicton demeure vrai sur le plancher de danse. Nous devons d’abord être indulgents avec nous-mêmes si nous voulons apprendre à danser et le mettre en pratique. Le tango argentin est une danse exigeante qui demande beaucoup de concentration et d’entraînement. Je suis la première à dire que le tango est à la portée de tout le monde, mais nous pouvons apprendre de différentes façons et à différents rythmes, alors pour ceux qui se débattent avec cela (c’est-à-dire beaucoup de monde), l’impatience – et la frustration qui l’accompagne – est souvent une cause d’abandon.
Donc, ça ne fonctionnera pas si nos partenaires sont impatients avec nous. Ce qui veut dire qu’il nous faut être patients, pas seulement avec nous-mêmes, mais aussi avec nos partenaires. C’est un peu facile de blâmer l’autre pour les « erreurs » que l’on fait lorsqu’on danse. Avant de lâcher un soupir, rouler de gros yeux ou faire des petits commentaires agacés, nous devons nous rappeler que si nous sommes en apprentissage, ils le sont aussi.
Et c’est vrai pour chacun d’entre nous, depuis toujours. Bien sûr, c’est plus facile après dix ans qu’après dix semaines, mais nous n’avons jamais fini d’apprendre et de renforcer nos habiletés. La patience nous donne une capacité de laisser aller nos idées préconçues et de nous laisser porter par le moment présent, en passant par-dessus nos « erreurs » et celles de notre partenaire, des erreurs qui n’en étaient pas vraiment, tout juste des moments bien humains de manque dans la communication qui peuvent facilement se transformer en occasions de transformation et de créativité.
La patience va aussi nous aider à suivre la musique, et du même coup à en tirer davantage de plaisir, et d’accompagner la communauté des danseurs sur le plancher de danse plutôt que de prendre de la vitesse et de faire du slalom le long de notre ligne de danse en coupant les autres danseurs.

Confiance  :

Cette qualité n’est pas évidente, mais c’en est aussi une grande. Si nous voulons atteindre une connexion profonde, nous devons faire confiance à notre partenaire.
Pour les guides, cela signifie d’admettre que notre partenaire est capable non seulement de nous suivre, mais aussi de danser. Avoir confiance dans ces deux aspects entraîne que nous pourrons guider avec assurance et non avec hésitation, en étant clairs et en laissant notre partenaire chercher le contact avec nous et la musique. Également, si nous faisons confiance à notre partenaire, nous allons éviter l’erreur courante de « surguider ». Rappelez-vous, la responsabilité du guideur n’est pas d’amener son (ou sa) partenaire du Point A au Point B, mais de l’inviter et de lui permettre de faire ses pas.
Pour les guidées, nous devons faire confiance à notre partenaire pour guider quelque chose. Si je n’accorde pas ma confiance à mon guideur, je vais faire ce que je pense qu’il (ou elle) veut que je fasse plutôt que ce qui est vraiment guidé. Je n’ai pas besoin de savoir ce que mon leader est en train de penser, seulement ce qu’il est en train de faire. Donc, nous devons faire confiance à l’autre tout comme nous devons nous faire confiance. Si les leaders ont besoin de faire confiance aux guidées afin d’être clairs, ils ont aussi besoin d’avoir confiance en eux-mêmes, sinon, encore une fois, ils vont hésiter et transmettre cela à leur partenaire.
Pour les guidées, elles ont besoin de se faire confiance pour faire ce qu’elles ressentent et pour enchaîner un pas à la fois. Cela a l’air simple, mais trop de guidées se remettent en question constamment, se demandant, « Était-ce correct? » « C’était quoi ce mouvement qu’on vient de faire? » ou « Qu’est-ce qui s’en vient? ». Des questions inutiles à mesure qu’elles nous viennent à l’esprit. Aussitôt qu’un pas est amorcé, c’est joué et on ne peut revenir en arrière. Correct ou erroné, voulu ou non, ça ne sert à rien de vouloir en juger. Tout ce qu’un partenaire peut faire, c’est de poursuivre à partir de là, et c’est ce que le tango est censé être. Si on peut accepter cela, on va moins s’en faire et danser davantage.

Assurance :

Dans la même optique qui nous amène à nous faire confiance, l’assurance nous aidera à guider ou à suivre avec grâce et clarté et sans hésiter ou douter de nous-mêmes. Ce n’est pas toujours un trait de caractère facile à acquérir s’il ne s’affirme pas naturellement, mais cela peut venir avec le temps. Nous pouvons, évidemment, aider les autres danseurs à gagner de la confiance en eux en leur faisant confiance et en étant patients, entre autres. Et bien sûr, avec la pratique et un travail assidu vient une maîtrise grandissante de la danse, laquelle devrait mener à plus d’assurance. Lorsqu’on a conscience que l’on sait ce que l’on fait, cet état d’être se transmet à nos partenaires et les aide à nous faire confiance.
Mais nous n’avons pas besoin de beaucoup de vocabulaire ou d’années d’entraînement pour être capables de guider ou de suivre; c’est possible et encourageant d’élever son niveau de confiance à partir de la base qu’on a acquise. Les danseurs qui ont de l’assurance attirent plus de partenaires et, en retour, ils les aident à améliorer leurs capacités et à acquérir plus de confiance, ils gardent plus de partenaires réguliers, ainsi de suite.
Mais il faut distinguer la ligne de démarcation entre assurance et arrogance. Une véritable assurance à propos de ce que nous savons ne signifie pas que nous devrions croire que nous ne pouvons pas faire d’erreurs ou qu’on est meilleur que tout le monde.

Sens de l’humour :

Si nous voulons améliorer notre danse, nous devons nous y consacrer sérieusement, mais sans pour autant nous prendre trop au sérieux.
Le tango est une danse d’improvisation, donc cela ne va pas toujours selon le plan établi, et ça ne devrait d’ailleurs pas aller selon un plan établi.
Presque chaque danseur s’est déjà rendu coupable d’un mouvement d’impatience momentané envers son partenaire ou envers lui-même ou bien en s’excusant trop lorsque des « erreurs » sont faites. Plusieurs danseurs ont aussi la fâcheuse habitude de signaler chaque erreur ou d’expliquer ce qui aurait « dû » être fait.
Encore une fois, les erreurs, souvent, n’en sont pas, donc, elles n’ont pas besoin d’être mentionnées, normalement. Mais même lorsqu’une erreur de communication est flagrante et, sans conteste, maladroite, c’est du tango et on est censé le danser pour le plaisir, alors, pourquoi ne pas simplement en rire? Souriez, soyez indulgent envers votre partenaire, ne vous culpabilisez pas. Ainsi, tout le monde pourra relaxer et aller de l’avant plutôt que de repenser à des moments difficiles qui ont amené un inconfort qui pourrait perdurer lors de prochaines danses ou toute la soirée, qui autrement aurait pu bien se passer.

Passion :

C’est du tango, après tout. Il est assez rare de rester tiède vis-à-vis du tango si on s’accroche assez longtemps pour être capable de le danser. Il est communément admis que le tango est la plus complexe des danses de couple, à cause de sa position rapprochée, de son étreinte assez intime et de son caractère improvisé, alors nous avons besoin de lui consacrer pas mal de temps si nous voulons approcher un niveau relativement avancé. Une fois par semaine n’est pas assez, les leçons doivent êtres combinées avec des périodes de pratique et de danse en milongas, en fait six mois d’expérience ne sont rien. Alors, si nous avons envie de dépenser une part significative de notre temps et, oui, de notre budget dans le tango, c’est que cette activité nous passionne. Par ailleurs, la passion rehausse la qualité de notre danse au-delà de la maîtrise technique et d’un bon sens du rythme. Les spectateurs le captent et, naturellement, nos partenaires le ressentiront aussi.

Générosité : 

Les danseurs talentueux sont populaires, pour des raisons évidentes, et bien sûr, les danseurs jeunes et attirants aussi. Mais il y a un autre type de danseurs qui ont du succès : les danseurs sympathiques. Si je danse avec vous et que j’ai du plaisir, je vais sûrement chercher à répéter l’expérience, et mieux, je vais passer le mot. Beaucoup de facteurs peuvent contribuer à mon plaisir, parmi lesquels le niveau d’habileté et de sens de la musicalité, mais les danseurs qui donnent le plus de plaisir sont ceux qui font attention à leur partenaire. Si nous prenons soin de nos partenaires – en s’adaptant à leur niveau et en les faisant se sentir confortables avec leur performance, en ignorant les erreurs ou riant des petits faux pas, en n'utilisant pas les partenaires comme des boucliers ou des armes sur le plancher de danse – ils reviendront danser avec nous de nouveau. Les gens qui ont une attitude généreuse font passer les autres avant eux-mêmes; les danseurs de tango qui ont cette qualité font passer le plaisir de leur partenaire et leur bien-être avant le leur. Et cela leur est rendu, parce qu’un danseur qui rend ses partenaires heureux est à coup sûr un danseur heureux.

Une bonne capacité d’écoute : 

Dans la vie comme dans le tango, les meilleurs communicateurs sont des gens qui savent écouter. Les guidées se font expliquer dès le départ qu’elles doivent suivre - ou être à l’écoute - de leur partenaire. Cela vient naturellement à plusieurs d’entre elles, et pas si facilement à d’autres. Avec le temps, les guidées apprennent que leur rôle va bien au-delà de simplement suivre et qu’elles ont avantage à s’exprimer dans la danse. C’est là que le vrai plaisir commence, mais ceux qui l’apprennent dans cet ordre – écouter d’abord et ensuite s’exprimer – deviennent les meilleures. Ceux qui « parlent » trop et écoutent peu tendent à deviner et à anticiper et n’établissent pas cette connexion qui autrement serait si agréable à éprouver dans la danse.
Quant aux guides, ils ont appris à guider, mais ce que souvent ils ne voient pas est qu’ils ont aussi besoin de suivre. Le leader invite sa partenaire à faire un pas, la laisse s’engager dans ce mouvement et ensuite l’accompagne dans son déplacement, ou, en d’autres mots, lui permet de parler et écoute ce qu’elle a à dire. Dans ce sens, le leader s’assure de permettre à sa partenaire de compléter un mouvement avant de suggérer un nouveau pas. Que penser de ces leaders très contrôlants, qui font sentir aux guidées que leur rôle est passif? Ces guides sont ceux qui n’écoutent pas. Les leaders attentifs sont ceux qui permettent à leurs partenaires de s’exprimer, d’embellir la danse, et de contribuer à dessiner la musique. Ce sont ceux qui apportent le plus de plaisir et de bénéfices à leurs partenaires, qu’elles soient débutantes ou plus avancées.

Présence :

La présence, au sens physique, est essentielle pour les danseurs de tango. Un leader passif est difficile suivre, de même qu’une guidée passive sera ennuyante. Les danseurs font souvent allusion à la « résistance » ou à la « pression » qu’ils ressentent de leur partenaire. Je n’aime pas ces deux qualificatifs, car ils sous-entendent que, d’une certaine façon, nous bloquons ou poussons nos partenaires. À mon sens, le mot adéquat est plutôt « présence » qui traduit l’idée que nous devons être vigoureux dans notre danse, tout en recherchant un échange d’énergie avec notre partenaire.
Mais il y a un autre type de présence qui est très aidante pour les danseurs de tango, et c’est l’art de vivre pleinement et complètement le moment présent. Si on pense au prochain mouvement, en ajustant notre position vers ce mouvement attendu ou bien si nous nous jugeons nous-mêmes ainsi que notre partenaire, nous ne serons pas vraiment présents et notre connexion sera pauvre. L’une des choses que je préfère en tango est de m’abandonner à la danse, peut importe ce qui vient d’arriver ou ce qui suivra. J’irais même jusqu’à dire (et je ne suis pas la première à le dire) que j’entre dans un état méditatif quand je danse le tango argentin. Ceux qui on un don pour vivre le moment présent pourront se sentir plus facilement à l’aise dans le tango, et ceux pour qui ce n’est pas inné pourront y trouver une voie pour s’abandonner davantage.

Si vous avez certaines des qualités que nous venons de discuter, vous pourrez assimiler plusieurs dimensions du tango facilement. La bonne nouvelle, c’est que le tango vous permettra éventuellement de développer certaines de ces habiletés que vous ne possédez pas naturellement, mais qui vous seront utiles pour d’autres domaines de votre vie.

(Après tout, la vie est un tango, n’est-ce pas?)

Sunday, 15 March 2015

Un point de vue différent sur la musique de tango


Traduit par André Valiquette
Read the original English version here.

J’aime le tango. J’aime les mouvements, la connexion, la conversation, le sens de l'abandon et, bien sûr, la musique.

Je suis une danseuse et, comme bien d’autres avant moi, j’ai découvert la musique de tango par la danse. Pendant mes dix premières années de tango, je me suis toujours arrangée pour être sur le plancher de danse, que ce soit pour danser, pour enseigner ou pour donner une démonstration. Mais depuis que j’ai lancé ma propre école et une milonga il y a sept ans, je me suis surprise à éprouver une grande passion pour jouer le rôle de DJ. J’ai été étonnée de découvrir toute la satisfaction que je pouvais ressentir en étant assise derrière la console et en amenant les autres sur la piste.

J’aime être DJ pendant la milonga elle-même, mais j’ai du plaisir aussi à la préparer. Je prends souvent mon temps pour rechercher, rassembler ou choisir des pièces musicales – alors que je devrais m’occuper d’engagements plus pressants! Je commence par me dire que je vais seulement vérifier les dates de quelques enregistrements connus de Donato... et trois heures plus tard, je suis encore en train de télécharger, compiler, évaluer, classer ou planifier de nouvelles tandas pour ma prochaine milonga. Et j’ai ensuite ma récompense... de ressentir de la satisfaction quand la musique amène chaque danseur sur le plancher pour une belle tanda de valse, ou quand six personnes viennent tour à tour me demander des détails sur une tanda vraiment intéressante de tango alternatif.

Oui, vous m’avez bien lu : du tango alternatif. Je présente aussi de la musique alternative et je n’ai pas honte de le dire! Même si parfois j’ai l’impression que je devrais.

Ces derniers mois, j’ai pris connaissance de quelques discussions sur le web à propos de la musique alternative. Deux conversations ont été lancées par des danseurs qui remarquaient que les DJ de leur région ne présentaient pas vraiment un grand choix musical. Bon, après quelques remarques de danseurs qui avaient la même impression, les attaques ont commencé. Ce qui m’a surprise, ce n’étaient pas les différences de goût ou d’opinions entre le camp des « gardiens de la tradition » et celui des « nuevo toujours plus »; la variété des goûts est une bonne chose et n’a pas à nous surprendre. Ce qui me dérange, par contre, c’est l’attitude dédaigneuse affichée par certains qui ont un penchant « puriste » contre ceux qui apprécient aussi le courant alternatif. Sans compter le mépris exprimé par certains DJ pour le grand public des danseurs, en particulier pour les danseurs moins expérimentés.

J’ai pas mal réfléchi à ce qui me dérange dans cette posture et, aussi, pourquoi moi-même je préfère penser et danser en dehors des chemins tracés, de temps en temps.

Il m’est arrivé de lire un message d’un DJ de tango qui déclarait avec fierté n’avoir JAMAIS fait jouer une chanson demandée par un danseur. Jamais. J’étais estomaquée, parce je crois vraiment que, comme DJ, nous sommes là pour les danseurs : pour leur apprendre quelque chose, bien sûr; pour élargir leurs horizons, sûrement; mais aussi, tout simplement, pour leur faire plaisir.

Est-ce qu’un DJ devrait faire jouer n’importe quoi qui lui est demandé? Bien sûr que non. Quant à moi, je me dois de connaître une chanson et de l’apprécier pour la faire jouer, sans oublier qu’elle devrait aussi pouvoir s’insérer dans une tanda et dans l’ambiance générale de la milonga; alors ce ne sont pas toutes les demandes qui sont acceptables. Mais certaines le sont! Mieux, elles m’inspirent parfois pour renouveler des tandas, quitte à surprendre les danseurs et moi également. Et mon répertoire n’est certainement pas coulé dans le béton avant le début d’une milonga. Je tiens compte d’un cadre général, en n’oubliant pas que même le meilleur plan peut évoluer. Est-ce qu’un bon DJ ne devrait pas s’adapter à l’ambiance de chacune des milongas? N'est-ce pas pour cela qu'on a de vrais DJ, et non pas des listes de lecture préfabriquées?

Si nous dansons le tango, nous devrions aimer - ou au moins apprécier - la musique de tango. Pour ma part, j’aime la musique de tango passionnément, mais comme danseuse et DJ, j’ai envie d’expérimenter de temps en temps des rythmes alternatifs, du tango nuevo dans toutes ses variantes jusqu’au blues, jusqu’à la musique pop et d’autres genres musicaux. Le fait est que je n’aime pas seulement la musique de tango, j’aime simplement la musique. À titre de danseuse de tango qui aime une grande variété de genres musicaux, je m’amuse de voir quels sont les types de musiques que je peux danser, tout en ressentant que je danse le tango. Quels que soient mes goûts et mes envies du moment, je ressens chaque chanson différemment et c’est ce que j’exprime quand je danse. Et d’après mon expérience des milongas où j’ai été DJ, je ne suis pas la seule.

Autant je crois que tous les types de danseurs ont leur place dans le monde du tango, autant les genres musicaux ont tous un rôle à jouer. À côté du danseur expert qui a une technique sûre, il y a le danseur sans prétention qui a des mouvements entraînants et va amener toutes les femmes à vouloir faire au moins une tanda; ce danseur-là contribue à quelque chose d’important dans une milonga, en amenant un grand nombre de gens à s’amuser et à se sentir bien.

C’est le même phénomène pour la musique : quelques orchestrations contemporaines ne sont pas habitées par le souffle d’un classique de Juan D'Arienzo et Alberto Echagüe ou bien dépassent les frontières strictes du tango. Mais si elles font plaisir aux gens et les amènent à danser davantage et à s’amuser, ne méritent-elles pas un minimum de respect, tout comme ceux qui les dansent et les DJ qui osent les faire jouer?

Que vous la détestiez, la tolériez ou l’aimiez, la musique moderne de tango sert à coup sûr un important objectif : il rend la musique de tango davantage accessible au grand public. De la fusion expérimentale de groupes comme Gotan Project et Otros Aires aux orchestrations modernes du répertoire classique de groupes tels Unitango et Sexteto Milonguero, la riche sonorité de ces orquestas contemporains sont plus accrocheuses pour les oreilles non entraînées d’un danseur novice que les vinyles usés du répertoire classique. Avec 18 ans d’expérience de danse en tango argentin, je sais bien que nos goûts changent et évoluent avec le temps et que notre sensibilité aux subtilités complexes du tango de l’Âge d’or ne pourra que s’approfondir. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui a été réécrit après 1960 ne mérite pas plus qu’un rejet prétentieux, ou que les goûts des danseurs débutants et intermédiaires ne devraient pas être écoutés.

J’aime toujours plus les tangos classiques de l’Âge d’or et je ne me lasse pas de les connaître ou de les redécouvrir. Mais je crois aussi que le tango moderne mérite d’être diffusé dans les milongas, parce que ce sont les musiciens d’aujourd’hui qui font évoluer la musique. Tout comme les meilleurs tangueros, à mon sens, ont de solides assises techniques, mais se permettent des fantaisies de temps en temps pour surprendre et amuser leurs partenaires, les meilleures – et les plus amusantes – milongas sont basées sur le répertoire classique, avec des morceaux surprenants, de temps en temps, pour faire réagir et divertir les danseurs.

Tout au long de l’histoire, les changements et l’évolution ont rencontré de la résistance au nom de la crainte d’altérer la pureté de ce à quoi les gens étaient habitués. Mais finalement, ce qui n’évolue pas finit par mourir. Je crois que nous pouvons respecter la riche et belle histoire du tango en lui permettant de respirer, de grandir et de survivre.